Une ombre près de l'arbre câlin
# Nuit d'extase L’air vibrait de bass sourdes et de murmures chargés, mais Mathis n’entendait plus que le silence électrique entre eux. Il tenait Camille par la taille sur la piste du club l’Extasia, son corps aux formes généreuses pressé
Chapitre 1
L’air vibrait de bass sourdes et de murmures chargés, mais Mathis n’entendait plus que le silence électrique entre eux. Il tenait Camille par la taille sur la piste du club l’Extasia, son corps aux formes généreuses pressé contre son torse mince. Elle bougeait avec une grâce langoureuse, ses yeux bleus brillant d’un éclat qu’il connaissait trop bien : celui de la provocation délibérée. Il l’avait vue jeter des regards alentour, comme si elle cherchait quelque chose, ou quelqu’un. Son sourire était un piège qu’il adorait voir se refermer.
Il sentit ses doigts se desserrer autour de sa hanche. Subtilement, elle se dégagea. Elle lui caressa le menton du bout des doigts, un geste presque tendre, avant de reculer d’un pas. L’espace qui s’ouvrait entre eux était une faille, un gouffre de possibilités interdites. Elle secoua doucement ses cheveux bruns, les lèvres entrouvertes sur un message silencieux qu’il comprit aussitôt.
« Trouve-moi », semblaient-elles murmurer.
Puis, elle pivota et se fondit dans la masse des corps en transpiration. Un éclair de robe, une touche de peau, et elle disparut dans l’obscurité du couloir menant aux jardins. Le jardin câlin. Son cœur cogna soudain plus fort que la musique.
Les lumières étaient tamisées sous la pergola, baignant les feuillages d’une lueur rougeâtre. L’air, plus frais, était saturé de bruits humains : des gémissements étouffés, des halètements, des rires bas. Mathis avançait, les sens en alerte, le désir mêlé à une angoisse crue qui lui tordait le ventre. C’était son fantasme, là, palpable. Et cela le consumait.
Il l’aperçut enfin, adossée au tronc lisse d’un arbre. Un homme était penché sur elle, grand et svelte, avec des muscles saillants sous sa chemise ouverte. Des cheveux bruns. Sa main large était posée sur la courbe de son flanc, son autre main disparaissait sous l’ourlet de sa robe, remontant lentement le long de sa cuisse. Camille avait la tête rejetée en arrière, offrant la ligne pure de son cou. Ses yeux étaient fermés, mais un petit sourire jouait sur ses lèvres. Elle savait qu’il était là.
Le sang de Mathis battait à ses tempes. Il resta dans l’ombre, fasciné, impuissant. Il vit l’inconnu murmurer quelque chose à son oreille, et son rire léger, clair comme une source. L’homme glissa un genou entre les siens. Camille ouvrit alors les yeux, et son regard bleu traversa la pénombre pour se fixer sur Mathis. Il y lut un défi pur, une jouissance cruelle à le voir ainsi, prisonnier de son propre désir.
L’homme s’agenouilla soudain devant elle, et sa robe fut soulevée. Mathis retint son souffle. Dans la pénombre, il distinguait les formes pleines de Camille, la peau lisse de ses cuisses, et la tête sombre de l’homme qui s’y enfouissait. Un gémissement trahit Camille, un son étouffé qui sembla vibrer dans l’air même. Elle ne regardait plus Mathis ; elle était perdue dans la sensation, les doigts agrippés aux cheveux bruns de l’inconnu. Un autre homme, plus large, sortit de l’ombre et posa une main sur son épaule. Elle se tourna vers lui sans une hésitation, l’attirant pour un baiser profond et vorace. Elle était prise entre eux, abandonnée, libre. Totalement dévergondée.
La jalousie le transperça comme une lame, mais elle était brûlante, addictive. Son fantasme se déroulait sous ses yeux, plus intense qu’il n’avait jamais osé l’imaginer. Camille, sa Camille, avait franchi toutes les limites pour lui, pour ce jeu pervers qu’ils partageaient. Et au cœur de cette scène brutale, elle trouvait son plaisir en sachant qu’il la regardait, qu’il brûlait pour elle.
Chapitre 2
La scène se transformait, les contours des corps se fondant dans l’ombre épaisse des jardins. L’homme agenouillé devant Camille travaillait avec une lenteur délibérée, ses mains maintenant fermement ses cuisses ouvertes. Les sons qu’elle étouffait – entre le gémissement et le soupir – filtraient jusqu’à Mathis, chacune de ces notes aiguisant sa torture. L’autre homme, plus massif, ne se contentait plus de l’embrasser. Ses mains larges remontaient le long de ses flancs, dégrafèrent quelque chose dans son dos, et la robe de Camille glissa sur ses épaules, dévoilant la courbe pâle de ses seins dans la lueur rouge.
Mathis vit sa poitrine se soulever vivement sous les caresses rudes. Un cri étouffé lui échappa quand la bouche de l’homme à ses pieds changea de rythme, devenant plus vorace, plus bruyante. Elle arc-bouta son bassin vers lui, les doigts crispés dans ses cheveux bruns. Son abandon était total, obscène, et chaque mouvement était un coup porté à Mathis.
Elle ouvrit les yeux alors que le deuxième homme descendait à son tour, glissant une main entre elle et le premier pour palper ce que Mathis ne pouvait voir mais devinait : la chatte humide et offerte de Camille. Elle gémit plus fort, un son rauque qui brisa le murmure ambiant. Ses yeux bleus, vitreux de plaisir, cherchèrent à nouveau Mathis dans l’ombre. Cette fois, il y lut plus qu’un défi : une jouissance absolue à être ainsi possédée, exposée, et à le savoir témoin impuissant de sa propre déchéance.
Camille repoussa soudain l’homme à ses pieds d’une pression sur son épaule. Elle se redressa contre l’arbre, haletante, la robe en désordre autour de la taille. Elle regarda l’homme massif et murmura quelques mots trop bas pour être entendus. Il acquiesça avec un sourire fendu. Il se pencha alors sur elle et la souleva avec une facilité qui fit frémir Mathis. Il plaça Camille contre le tronc d’arbre, face à l’écorce.
Mathis comprit ce qui allait suivre avant même de le voir. Son ventre se noua d’une anticipation douloureuse. L’homme écarta les pans de sa robe relevée tandis que le premier s’agenouillait à nouveau derrière elle. Camille tendit les mains vers l’écorce pour s’y agripper.
Le premier homme plongea son visage entre ses fesses avec un grognement sourd tandis que le second alignait son corps contre le sien. Mathis vit les muscles du dos de Camille se tendre lorsque l’homme derrière elle entra d’un coup puissant dans sa chair ouverte.
Le souffle manqua à Mathis.
Le bruit était mouillé et franc.
L'homme qui la pénétrait prit un rythme brutal et saccadé aussitôt.
Camille enfonça son visage dans son bras pour étouffer un hurlement qui n'en fut pas moins déchirant.
Chaque poussée faisait trembler tout son corps.
Chaque retrait était suivi d'un claquement gras et d'un nouveau jaillissement profond.
L'homme à ses pieds léchait avec frénésie là où ils étaient joints.
Elle était prise,
envahie,
complètement dépassée par une sensation si violente qu'elle en perdit toute contenance.
Un deuxième cri monta,
puis un troisième,
jusqu'à ce que sa voix ne soit plus qu'un sanglot ininterrompu mêlé au halètement des hommes.
La vague la frappa sans avertissement.
Son corps entier se raidit comme frappé par une décharge électrique.
Un long gémissement rauque jaillit de sa gorge tandis que des spasmes violents la parcouraient.
Elle se mit à jouir sous les assauts qui continuaient,
chaque secousse intime visible dans les tremblements de ses cuisses et l'arque désespérée de son dos.
Le plaisir semblait la consumer,
la vider,
la rendre étrangère à elle-même sous les yeux brûlants de Mathis.
L'homme en elle accéléra encore,
les coups devenant plus profonds,
plus rapides,
jusqu'à ce qu'il grogne à son tour et s'immobilise en elle dans un frisson brutal.
Un silence haletant suivit,
rompu seulement par le bruit mouillé lorsqu'il se retira lentement.
Camille glissa contre l'arbre,
les jambes flageolantes.
Les deux hommes s'écartèrent d'elle avec une indifférence troublante.
Elle resta là quelques secondes,
le front contre l'écorce rugueuse,
respirant par grandes goulées rauques.
Puis elle releva la tête et chercha du regard dans l'ombre.
Elle retrouva Mathis instantanément.
Son visage ruisselant était empreint d'une satisfaction épuisée et cruelle.
Ses yeux bleus accrochèrent les siens au milieu du chaos sensoriel encore palpable entre eux trois.
Elle ne dit rien.
Elle détourna simplement les yeux comme si elle venait de constater un fait banal,
se redressa avec une grâce retrouvée malgré la faiblesse évidente de ses membres,
et ramena sa robe sur ses épaules sans hâte.
Puis elle tourna les talons et disparut vers un autre couloir du jardin,
laissant Mathis seul avec le spectacle obscène de son abandon récent encore imprimé sur sa rétine brûlante
et dans l'air humide qu'il respirait,
chargé d'elle
et des autres hommes
Chapitre 3
La tente était un cocon de velours sombre, éclairé par la seule lueur d’une lampe à huile suspendue qui dessinait des ombres mouvantes sur les parois. L’air était dense, chargé de chaleur humaine, de parfums musqués et du bruit mouillé des caresses.
Mathis se figea dans l’entrebâillement.
Camille était au centre, allongée sur une pile de coussins et de fourrures sombres. Elle n’était plus vêtue que de son collier et de ses bas de contention, un contraste de noir contre sa peau laiteuse. Un homme était agenouillé entre ses cuisses écartées, sa bouche et sa barbe enfouies dans sa chatte avec une avidité méthodique. Ses mains massaient l’intérieur de ses cuisses, l’obligeant à rester ouverte. Un autre homme, debout, lui tenait la tête, la guidant doucement mais fermement sur sa queue dressée qu’elle suçait avec une concentration paisible, ses yeux fermés, absorbée par la sensation. Un troisième homme, assis près de ses hanches, passait ses doigts sur ses seins offerts, pinçant et roulant ses tétons durcis jusqu’à ce qu’elle frémisse.
Elle était le point focal d’un culte silencieux. Les quelques spectateurs, un homme et deux femmes, observaient avec une attention gourmande, se touchant à peine, hypnotisés.
Le spectacle était d’une obscénité calculée, un étalage de sa chair pour le plaisir d’autrui, et elle y semblait totalement abandonnée. Elle gémissait doucement autour de la verge qui emplissait sa bouche, ses hanches soulevées répondant aux coups de langue profonds entre ses lèvres humides. Un fil de salive argenté reliait ses lèvres à l’homme qu’elle suçait.
Mathis sentit son propre désir se tordre en lui, mêlé à une douleur aiguë. Elle ne le cherchait pas du regard. Elle ne regardait rien. Ses paupières restaient baissées, son visage n’exprimant qu’une sérénité sensuelle, une acceptation totale de son rôle d’objet de luxure. C’était pire que du mépris. C’était l’effacement complet.
L’homme entre ses cuisses sonda plus profondément avec sa langue, et son corps se cambra soudain, un spasme la parcourant de la tête aux pieds. Un long gémissement sourd, étouffé par la verge qu’elle avait en bouche, traversa la tente. Ses doigts s’agrippèrent aux fourrures sous elle. Elle était au bord, visiblement, exquise et offerte.
Alors, comme si elle avait ressenti le point de rupture, elle ralentit son mouvement de bouche. Elle se mit à lécher plutôt qu’à sucer, calmant le rythme. L’homme à ses pieds leva la tête, son menton luisant, et ralentit à son tour, ses lèvres ne faisant plus qu’effleurer son clitoris tuméfié. Ils la maintenaient là, suspendue sur ce pic vertigineux, sans la laisser choir.
Et Camille se laissait faire. Elle retomba sur les coussins, haletante, son ventre palpitant, les yeux toujours clos. Un sourire infime, de pure jouissance intérieure, courut sur ses lèvres gonflées. Elle savait qu’il était là. Elle savait qu’il brûlait. Et en l’ignorant si parfaitement, elle le possédait plus entièrement que si elle l’avait regardé.
Chapitre 4
Un frisson, à peine perceptible, parcourut le corps de Camille. Ce n’était pas celui du plaisir, pas encore. C’était l’anticipation pure. Alors que les trois hommes commençaient à ralentir leurs caresses méthodiques, elle sentit le poids de leur attention se déplacer. L’air, déjà chargé, se modifia.
Une des femmes qui observait, une brune aux yeux perçants et aux lèvres pulpeuses, échangea un regard avec l’homme assis près des hanches de Camille. Un sourire entendu, une connivence qui excluait toute parole. D’un geste presque négligent, il se décala, faisant de la place sur les fourrures à côté d’elle.
La brune s’approcha, ses mains fines déjà posées sur les genoux de Camille. Le contact était différent : plus froid, plus précis. « Tu as l’air… affamée », murmura-t-elle, sa voix un filet de soie rugueuse. Camille n’ouvrit pas les yeux, mais un nouveau sourire, plus profond, plus sombre, naquit sur ses lèvres.
Les doigts de la femme remontèrent lentement le long de ses cuisses intérieures, passant sur la peau moite et les poils frisés humides de salive. Elle ignora d’abord son sexe ouvert, explorant plutôt les plis sensibles de son aine, la pression sourde des muscles sous la peau. Puis elle arriva enfin au centre, chaude et boursouflée. Deux doigts s’y posèrent en croix, appuyant sans pénétrer, étalant simplement l’humidité.
« On dit que nous comprenons mieux », chuchota une autre voix, celle de la deuxième spectatrice qui venait de s’agenouiller près de la tête de Camille. Celle-ci avait des mains plus larges, des gestes plus fermes. Elle prit le visage de Camille entre ses paumes et la détourna doucement de la verge qu’elle suçait encore avec langueur. « Que nous savons où ça fait mal… et où ça fait *tellement* de bien. »
L’homme dont elle venait de se détacher grogna d’impatience, mais la femme aux larges mains lui jeta un regard qui le fit reculer. Elle prit sa place. Son pouce glissa sur la bouche entrouverte de Camille, dessinant le contour de ses lèvres avant d’y pénétrer. Camille suça instinctivement, et un éclair de satisfaction traversa le visage de la femme.
Pendant ce temps, les doigts de la brune commençaient leur travail. Ils ne foncèrent pas, ne cherchèrent pas à pénétrer avec force. Ils jouèrent. Un doigt s’enfonça d’un millimètre, puis se retira pour frotter le petit bouton durci à vif avec une pression alternée, circulaire, insupportablement lente. Puis deux doigts écartèrent ses lèvres rougies, exposant totalement le nœud de nerfs palpitant aux regards avides des hommes restants.
« Regardez comme elle est belle quand on sait où toucher », dit la brune, et son autre main descendit vers l’autre orifice, plus secret. La pointe de son majeur se posa sur le petit pucker serré, appuya juste assez pour faire comprendre la menace, la promesse. Le corps de Camille se tendit dans une arche parfaite, un gémissement étouffé par les doigts dans sa bouche.
La femme près de sa tête se pencha alors, et sa bouche se posa sur un sein. Mais ce n’était pas une succion douce. Elle mordilla le téton déjà sensible, tirant la chair entre ses dents avec une férocité calculée jusqu’à ce qu’un cri aigu s’échappe enfin de Camille. La douleur était nette, brillante, et elle se répandit dans son bassin en une onde de chaleur humide.
Elle était prise dans un étau de sensations contradictoires. La caresse experte et tortueuse à son clitoris, la pression interdite contre son anus, le pinçament cruel à ses seins, et cette main dans sa bouche qui l’empêchait de crier trop fort. Son esprit flottait, dépassé, offert. Elle était leur pantin, leur jouet sophistiqué, et chaque outrage subtil qu’elles infligeaient creusait en elle un désir plus profond, plus sale.
Ses hanches se soulevèrent, cherchant désespérément plus de contact, mais les doigts de la brune se retirèrent complètement, ne laissant qu’un frôlement léger, insuffisant. La frustration fut un coup de poing au ventre. Camille ouvrit enfin les yeux, son regard bleu noyé implorant silencieusement dans la pénombre dorée.
La femme aux larges mains retira ses doigts de sa bouche, trempés de salive. « Tu en veux plus ? » demanda-t-elle simplement.
Le souffle coupé, incapable de parler, Camille inclina imperceptiblement la tête.
Un sourire carnassier fendit le visage de la brune.
« Alors montre-nous jusqu’où tu es prête à aller. »
Chapitre 5
La question, « Tu en veux plus ? », resta suspendue dans l’air chaud de la tente. Camille, pantelante, ne pouvait que hocher la tête. Son regard ne suppliait plus ; il exigeait.
La brune aux doigts froids échangea un sourire avec la femme aux larges mains. « Alors montre-nous, » répéta-t-elle, sa voix basse devenant une lame. « Montre-nous que tu es prête à tout subir. »
Un ordre silencieux circula. Les hommes, jusque-là observateurs ou acteurs secondaires, se levèrent. Ils s’approchèrent, formant un cercle serré autour du lit de fourrures où elle gisait, offerte. L’un d’eux, celui qui l’avait pénétrée dans le jardin, défit sa ceinture avec un cliquetis métallique.
« À genoux, » ordonna la femme aux larges mains, retirant complètement sa main de la bouche de Camille.
Camille obéit, ses membres tremblants lui obéissant à peine. Elle se mit à genoux au centre du cercle, le velours sombre du sol froid sous ses genoux. Les deux femmes reculèrent, devenant spectatrices à leur tour.
L’homme à la ceinture s’avança. « Ouvre la bouche, » dit-il simplement, sans douceur.
Elle le fit, les yeux levés vers lui, son souffle court faisant vibrer ses lèvres entrouvertes. Il ne lui donna pas ce qu’elle attendait. Au lieu de sa queue, il pressa le cuir froid de sa ceinture pliée contre sa langue. « Tiens ça. Ne le laisse pas tomber. »
Le goût de cuir et de transpiration lui remplit la bouche. Un autre homme vint se placer derrière elle. Ses mains se refermèrent sur ses hanches, l’immobilisant. Elle entendit le froissement d’un préservatif, puis la pression brûlante, familière, à l’entrée de son sexe déjà largement ouvert.
« Vas-y, » murmura l’homme derrière elle, et il entra d’une poussée unique qui la fit crier, le son étouffé par le cuir entre ses dents.
Le rythme fut brutal d’emblée, chaque coup de bassin la propulsant vers l’avant. L’homme devant elle saisit ses cheveux, maintenant sa tête en place. Un troisième homme s’agenouilla sur le côté, et sans un mot, il guida son membre gonflé vers ses lèvres. Elle n’eut pas à bouger ; il utilisa sa prise sur ses cheveux pour lui faire prendre toute sa longueur, lui enfonçant sa queue profondément dans la gorge à chaque poussée venue de l’arrière.
Elle étouffa, les yeux pleins d’eau, son corps devenant un seul point de friction et de pénétration. La douleur du cuir écrasé contre sa langue, le martèlement en elle, l’étouffement régulier : tout se mélangeait en un tourbillon sensoriel qui abolissait la pensée. Elle ne pouvait plus qu’exister dans cette soumission totale.
« Regardez-la, » dit la voix de la brune, pleine d’une admiration cruelle. « Elle prend tout. Elle veut tout. »
L’homme qui la pénétrait par derrière grogna, son rythme devenant saccadé, chaotique. « Je vais… » commença-t-il, sa voix rauque.
Celui qui utilisait sa bouche se retira brutalement, laissant Camille haleter, un filet de salive reliant sa lèvre à son gland luisant. « Dans sa chatte, » ordonna-t-il. « Laisse-la marquée. »
L’assaut final fut une décharge de violence contenue. L’homme derrière elle la cloua sur place, poussant une dernière fois au plus profond avec un grondement sourd. Camille sentit le frisson chaud, étranger, du préservatif se gonfler en elle, et son propre corps, sans qu’elle ne puisse le contrôler, se contracta violemment autour de lui en réponse.
Le plaisir qui l’arracha à elle-même fut une déflagration silencieuse. Aucun son ne sortit de sa gorge obstruée. Seule une vibration profonde, un tremblement cataclysmique qui parcourut chaque muscle, chaque nerf, la laissant vacante, vidée, alors même que l’homme se retirait.
Elle tomba en avant, le cuir tombant de sa bouche sur les fourrures. Elle respirait par grands hoquets rauques, son corps entier palpitant de l’onde de choc.
Une main se posa doucement sur son dos en sueur. Celle de la femme aux larges mains. « Bien, » murmura-t-elle, et ce simple mot, chargé d’une approbation sombre, fit monter aux yeux de Camille des larmes de soulagement absolu.
Elle avait tout subi. Et elle était toujours là. Brisée, mais pleine.
Chapitre 6
La main sur son dos, chaude et ferme, resta un instant. Camille haletait, le front contre le velours moite du sol. Elle sentit la présence des deux femmes se rapprocher, puis une voix, celle de la brune, tomba comme une sentence.
« On n’a pas fini, petite gourmande. »
Un frisson parcourut Camille, plus intense qu’un sanglot. Elle ne s’était pas trompée. Ils n’allaient pas s’arrêter. Un murmure de satisfaction monta dans la tente.
« Reste comme ça, » ordonna l’autre femme. « En levrette. Offre-nous tout. »
Sans qu’on ait à la toucher, Camille reprit sa position. Ses genoux tremblants s’écartèrent davantage sur le sol. Elle arqua le dos, présentant la pleine courbe de ses fesses, rougies et luisantes de sueur. L’entrée de son sexe, encore béante et frémissante, était offerte au regard de tous, un spectacle de soumission totale. Elle ferma les yeux, abandonnant son poids sur ses avant-bras.
« Regarde, » dit la brune, s’adressant à quelqu’un dans l’ombre. « Elle n’attend même pas qu’on la force. Elle demande. »
Des pas lourds s’approchèrent. Une nouvelle paume, calleuse, se posa sur la courbe de sa hanche, la caressant avec une lenteur presque révérencieuse. Un autre homme.
« Elle est prête à tout, c’est ça ? » Sa voix était grave, chargée d’une curiosité brutale.
« Elle veut que ça continue, » répondit la femme aux larges mains. « Tu vois bien. Elle en redemande. »
La main sur sa hanche se resserra, l’immobilisant. Elle sentit la pression d’un nouveau corps derrière elle, plus massif, plus chaud. L’odeur du cuir et de la transpiration fraîche lui emplissait les narines. Il ne se pressait pas.
« Tu veux que je reprenne là où l’autre s’est arrêté ? » murmura-t-il à son oreille, sa bouche si près qu’elle sentait son souffle.
Camille ne put que gémir, un son rauque et brisé qui valait tous les « oui ». Elle poussa ses fesses vers lui dans un mouvement d’une obscénité parfaite, un appel muet et désespéré.
Il rit, un grondement bas et satisfait. « D’accord. Mais on va y aller à ma façon. Lentement. »
Il guida son membre, large et déjà ruisselant, contre son entrejambe. Il se contenta d’abord de le faire glisser dans la fente humide, de haut en bas, pressant contre son clitoris sensible à chaque passage, sans pénétrer. Chaque frottement était une torture exquise, un rappel cruel de ce qu’elle désirait et qui lui était refusé.
« S’il te plaît… » souffla-t-elle, la voix méconnaissable.
« S’il te plaît, quoi ? » demanda l’homme, s’arrêtant net.
Elle tourna la tête, son regard noyé cherchant le sien par-dessus son épaule. « Prends-moi. »
Son sourire s’élargit. Il positionna enfin son gland à l’entrée palpitante et, avec une lenteur calculée qui la fit crier, commença à s’enfoncer. C’était une pénétration interminable, millimètre par millimètre, remplissant et dilatant son intimité déjà si sensible. Elle sentait chaque veine, chaque pulsation de sa queue alors qu’il conquérait son intérieur, comblant un vide qu’elle n’avait même pas su nommer.
« Serre-moi, » ordonna-t-il doucement, une fois entièrement logé en elle, immobile. « Montre-moi que c’est là que tu me veux. »
Elle obéit, contractant ses muscles intimes autour de lui dans un spasme épuisé. Un grognement de plaisir lui répondit.
« Parfait. Maintenant, ne bouge plus. C’est moi qui vais bouger. »
Et il commença. Un va-et-vient profond, régulier, qui ne cherchait pas la vitesse mais l’impact. Chaque poussée la propulsait légèrement vers l’avant, chaque retrait créait un vide douloureux et délicieux. La main de l’homme sur sa hanche l’empêchait de fuir, l’obligeant à recevoir chaque coup avec une passivité totale. Les autres formaient un cercle silencieux, leurs souffles se mêlant au sien, leurs regards brûlant sa peau offerte. Elle était leur chose, leur spectacle, et cette pensée même alimentait le feu qui rampait à nouveau dans son ventre, plus intense, plus insistante que jamais. La vague montait, inexorable, mais il maintenait son rythme implacable, la maintenant sur ce bord aigu où tout était sensation pure, où le monde se réduisait à cette friction divine et à l’attente du prochain mouvement.
Chapitre 7
Le lent pilonnage s’arrêta. L’homme massif resta enfoui en elle, immobile, brûlant.
« Tu as dit “prends-moi”, » murmura la brune, qui s’était agenouillée devant Camille. Elle lui releva le menton du bout des doigts. « Mais tu veux plus que ça, non ? On voit cette petite pensée dans tes yeux. C’est quoi ? »
Camille haletait, son esprit noyé de sensations et de désirs confus. Puis, l’image s’imposa, claire et impérieuse. Elle ouvrit les yeux, son regard bleu voilé se fixant sur la femme. Sa voix sortit, rauque et pleine de défi.
« Je… Je veux les deux. En même temps. »
Un silence électrique parcourut le petit cercle. Puis la brune sourit, un sourire de fauve.
« Une double pénétration. Le fantasme ultime de la petite cochonne. » Elle caressa la joue de Camille. « Tu es sûre ? C’est une frontière. Tu ne reviendras pas en arrière. »
« Oui, » souffla Camille sans hésiter. « Je vous en supplie. »
La femme se tourna vers l’homme massif. « Tu entends ? Elle veut être comblée. Complètement. » Puis son regard balaya l’assistance. « Qui veut l’autre place ? La prendre par son autre chemin ? »
Un autre homme, plus jeune, aux épaules carrées, sortit de l’ombre. Il avait déjà sa queue à la main, longue et fine, qu’il lubrifiait lentement avec la salive. « Moi, » dit-il simplement.
Dans l’obscurité plus épaisse, à l’orée de la tente, Mathis étouffa un gémissement. Il était à genoux, une main étouffant ses propres râles, l’autre saisissant son membre raidi avec une force presque douloureuse. Il se masturbait d’un mouvement frénétique, les yeux rivés sur Camille, sur l’obscénité de ce qu’elle demandait. La vision de son abandon était un poison délicieux. Il se sentait invisible, impuissant, et pourtant, chaque coup de poignet était une tentative dérisoire de la posséder à distance.
« Prépare-la, » ordonna la brune.
L’homme massif se retira d’un coup lent, laissant Camille vide et frissonnante. La femme aux larges mains s’approcha alors avec un flacon d’huile parfumée. Elle en versa une généreuse quantité entre les fesses de Camille, faisant couler le liquide chaud sur son périnée et sur l’entrée déjà offerte de son sexe.
« Il faut être très détendue, ma belle, » murmura-t-elle tandis que son pouce expert commençait à masser le muscle tendu de son anus, imprégnant d’huile, appuyant avec une douceur insistante. « Lâche tout. Pour nous. »
Camille gémit, enfouissant son visage dans le velours du sol. La sensation était étrange, intrusive, mais le massage était habile et l’huile chaude. Une vague de honte excitante la submergea alors qu’elle se sentait s’ouvrir, petit à petit, sous cette pression patiente.
« Elle est prête, » constata la femme après un moment, son doigt ayant pénétré la première jointure sans résistance.
Les deux hommes se positionnèrent. Le massif revint derrière elle, guidant de nouveau son membre large à l’entrée de sa chatte ruisselante. Le plus jeune, lui, se plaça plus haut, alignant la pointe fine de son sexe avec le chemin étroit et huilé qu’on venait de préparer.
La brune se pencha à l’oreille de Camille. « Rappelle-toi. C’est toi qui l’as voulu. Maintenant, reçois. »
Le massif entra le premier, d’une poussée profonde qui fit crier Camille de plaisir. Puis, alors qu’elle était pleine, étirée, le second homme commença à pousser. La pression était différente, plus aiguë, un étirement brûlant et inouï. Camille sanglota, ses doigts s’agrippant au sol. C’était trop. C’était immense.
« Doucement, » murmura l’homme massif, tenant fermement ses hanches.
Ils avancèrent en synchronisation cruelle, millimètre par millimètre, la remplissant au-delà de ce qu’elle avait imaginé. Quand ils furent tous deux entièrement logés en elle, Camille resta figée, bouche bée, incapable de respirer. Elle était comblée, percée, possédée de part en part. La sensation d’être absolument prise, sans échappatoire, était à la fois terrifiante et d’une puissance érotique cataclysmique.
« Tu vois ? » chuchota la brune. « Tu es à nous. Totalement. »
Dans l’ombre, Mathis sentit ses propres muscles se tendre à craquer. Sa main allait et venait sur sa queue à un rythme désespéré, synchronisée malgré lui avec la scène. La sueur lui coulait dans le dos. Il était au bord, terriblement au bord, hypnotisé par cette image de Camille, sa Camille, transpercée et offerte. Le plaisir montait en lui comme une marée noire, inarrêtable.
Chapitre 8
La brune eut un rive bas, satisfait. « La bouche aussi ? Mais tu es insatiable, ma belle. Tu veux être remplie à tous les niveaux. »
Elle fit un signe de tête. Un troisième homme, celui qui les avait observés plus tôt, s’approcha. Il tenait déjà sa queue à la main, une chose épaisse et palpitante. Il se plaça devant Camille, son membre à quelques centimètres de ses lèvres entrouvertes.
« Ouvre, » ordonna-t-il simplement, d’une voix grave.
Camille obéit. Elle tendit le cou, et la pointe du gland vint se poser sur sa langue. Le goût salé et musqué l’envahit. Elle le prit en bouche, lentement, en serrant ses lèvres, tandis que les deux autres hommes en elle commençaient à bouger. Le mouvement était lent, roulant, chaque poussée de l’un correspondant au retrait de l’autre, la maintenant dans un étau de plaisir constant et écrasant. La sensation d’être percée de part en part, gorge comprise, était d’une obscénité totale. Un gémissement étouffé vibra dans sa gorge, faisant vibrer la queue qu’elle suçait.
« Elle adore ça, » ricana la brune, qui s’était accroupie pour mieux voir. « Regarde ses yeux. Elle est ailleurs. Complètement possédée. »
Le rythme s’accéléra. Les coups de bassin derrière elle devinrent plus profonds, plus puissants. L’homme devant elle saisit ses cheveux, guidant doucement mais fermement l’aller-retour de sa tête. Camille se laissait faire, un ruisseau de salive coulant sur son menton, ses propres sons étouffés par la chair qui emplissait sa bouche. Le plaisir montait en une spirale incontrôlable, se concentrant en un noyau de feu brûlant dans son ventre. Elle était l’instrument, le point de convergence de tous leurs désirs.
« Elle est sur le point, » haleta l’homme massif, les dents serrées.
« Laisse-la aller, » murmura la brune. « Laisse-la choir. »
La permission fut l’étincelle. La vague se brisa. Un cri sourd, étranglé par la gorge pleine, jaillit de Camille tandis que son corps se convulsait. Son sexe se contracta violemment autour des deux queues qui la pilonnaient, et son propre jus chaud jaillit. Elle sentit l’homme devant elle grogner, puis un jet brûlant inonderait sa bouche. Elle avala par réflexe, à peine consciente. Presque simultanément, l’homme en elle se raidit et déchargea à son tour, un flot puissant qui la remplit jusqu’à l’étouffer. Le troisième suivit, déversant sa propre semence dans ses entrailles déjà comblées.
Le monde devint flou, un tourbillon de sensations brutes. Elle n’était plus qu’un réceptacle, vidée, remplie, achevée.
Quand ils se retirèrent d’elle, l’un après l’autre, Camille s’effondra sur le côté, tremblante de tous ses membres. Un silence lourd, seulement troublé par leur respiration haletante, régna dans la tente. La brune s’approcha, écarta doucement une mèche de cheveux collée de sueur sur son front.
« Tu as été parfaite, » dit-elle, et pour la première fois, sa voix était presque tendre.
Camille ferma les yeux. Il n’y avait plus de défi, plus de pensée. Juste un épuisement profond, et l’écho lointain d’une jouissance qui l’avait brisée et reconstruite.
Chapitre 9
La piste de danse était un océan de mouvements syncopés. Mathis était resté là, près de la balustrade, le corps tendu et le regard perdu dans la direction où elle avait disparu. Il avait tout vu, chaque détail. L’image de Camille vidée, comblée, utilisée par ces hommes, se répétait en boucle dans sa tête. Une jouissance tordue se mêlait à une douleur aiguë, le laissant figé, brûlant.
Puis, elle émergea de l’obscurité du couloir.
Elle avait pris le temps de se rhabiller, sa robe noire ajustée de nouveau sur ses formes généreuses. Elle s’était rafraîchie, mais rien ne pouvait effacer les marques : ses lèvres étaient légèrement gonflées, ses yeux bleus brillaient d’une lassitude profonde et triomphante. Elle avançait à travers la foule avec une grâce altérée, comme si chaque pas était un souvenir charnel.
Elle le vit. Leurs regards se verrouillèrent. Un sourire lent, intime, éclaira son visage. Elle contourna un couple enlacé et vint se poser devant lui, dans le cercle de son silence.
Sans un mot, elle glissa ses mains autour de son cou. Elle l’attira à elle et l’embrassa. Ce n’était pas le baiser fiévreux et provocant du début de la soirée. C’était profond, langoureux, empreint d’une tendresse charnelle qui le désarma. Il pouvait encore y goûter, subtilement, les souvenirs des autres sur sa langue. Il répondit au baisé, ses mains se refermant sur ses hanches comme pour s’assurer qu’elle était réelle, qu’elle était revenue à lui.
Elle se détacha de ses lèvres, gardant leur fronts collés. L’odeur de leur souffle mêlé, chaud et sucré, flottait entre eux.
« Tu as tout vu, n’est-ce pas ? » murmura-t-elle, sa voix un peu rauque, usée.
Il hocha la tête, incapable de former un mot.
Elle se pencha, ses lèvres frôlant le lobe de son oreille. Son souffle était une brûlure douce. « Tu as voulu que je réalise ton fantasme… » chuchota-t-elle, chaque syllabe chargée d’une connaissance obscène. « J’ai adoré. »
Elle s’écarta légèrement pour plonger son regard dans le sien. Dans ses yeux bleus, il ne lut aucune honte, aucun regret. Seule une flamme nouvelle, sauvage et insatiable.
« J’y ai pris goût, Mathis. Un goût de… tout. De soumission, de puissance, d’être leur chose. » Elle passa la langue sur ses lèvres, comme pour en savourer encore l’écho. « Et je ne vais plus m’arrêter maintenant. »
La déclaration tomba entre eux, plus lourde que la musique assourdissante. Ce n’était pas une question, ni une menace. C’était un fait. Une révélation.
« Tu veux… continuer ? » parvint-il à articuler, sa propre voix étranglée par un mélange d’excitation et d’effroi.
Un éclat vicieux traversa son regard. « Ce n’était qu’un début. Ils étaient… généreux. Mais ils sont partis. » Elle glissa une main entre eux, la paume à plat sur son torse, sentant son cœur battre la chamade. « Toi, tu es encore là. Et tu brûles pour moi. Je le sens. Tu brûles de voir ça, et de ne pas y avoir touché. »
Sa main descendit lentement, traçant un chemin sur son abdomen jusqu’à la ceinture de son pantalon. Elle palpa la tension évidente, dure contre le tissu.
« Ta queue est toute raide pour moi, » murmura-t-elle, la voix emplie d’une possession douce-amère. « Pour moi, qui viens d’être remplie par trois autres hommes. C’est ça, ton vrai fantasme, non ? La voir être possédée, et en garder les traces pour toi seul après ? »
Elle appuya sa paume, exerçant une pression circulaire et calculée. Le plaisir était immédiat, pervers, lié à tout ce qu’il venait de vivre par procuration.
« Emmène-moi quelque part, » ordonna-t-elle, ses doigts s’attardant sur la fermeture éclair. « Mais pas pour dormir. Pour reprendre ce qu’ils ont eu. Pour le faire à ta manière. Et pour que je te montre… à quel point j’ai pris goût. »
Elle se mordilla la lèvre inférieure, un geste délibérément provocant. « J’ai encore leur foutre en moi. Tu le sens quand je t’embrasse ? Tu veux savoir s’il en reste quand tu m’auras toi-même ? »
La question, crue et directe, le traversa comme une décharge. Son désir était un animal affamé, libéré par ses propres aveux. Il saisit sa main qui jouait avec sa braguette et l’entraîna, loin de la piste, vers la sortie du club. La nuit les attendait, humide et complice. Le jeu venait de changer de nature. Elle n’était plus seulement l’actrice de son fantasme. Elle en était devenue l’architecte assoiffée.
Chapitre 10
La voiture giclait dans la nuit moite, collant Mathis au siège conducteur. Le silence, à peine troublé par le ronronnement du moteur, était plus éloquent que tous les cris du club. À côté de lui, Camille fixait la vitre ruisselante, son reflet flou semblant contempler des secrets intérieurs. Le parfum d’elle, mêlé à celui, plus âcre et étranger, qu’elle portait encore sur sa peau et en elle, emplissait l’habitacle. Une tension palpable, presque électrique, reliait leurs corps immobiles.
« Tourne à gauche, » murmura-t-elle soudain, sans quitter la vitre. « Là, vers les anciens entrepôts. »
Il obéit, la voiture s’engageant dans une ruelle mal éclairée, bordée de bâtiments industriels décatis. Les réverbères espacés dessinaient des poches d’ombre profondes.
« Arrête-toi ici. »
Il cala le véhicule dans une anfractuosité sombre, coupant le contact. L’obscurité les enveloppa, à peine percée par la lueur orange d’un lampadaire lointain. Les gouttes de pluie crépitaient doucement sur le toit.
Camille se tourna enfin vers lui. Dans la pénombre, ses yeux brillaient d’un éclat noir.
« Tu voulais sentir que je t’appartenais encore ? » dit-elle, sa voix basse et rauque. « Alors prends-moi. Maintenant. Sans rien me dire. »
C’était un ordre, un défi, une absolution. Le moteur de la désir de Mathis, chauffé à blanc par des heures de torture voyeuriste, vrombit. Il sortit d’un mouvement brusque, fit le tour du véhicule et ouvrit sa portière. Il la saisit par le poignet, pas brutalement mais avec une fermeté qui ne souffrait pas de discussion, et la tira dehors, dans la fraîcheur humide de la ruelle. Il la poussa contre le flanc froid et rugueux de la brique, son corps s’encastrant dans le sien.
Il n’y eut pas de baiser, pas de caresse préliminaire. Ses mains remontèrent sa robe, retrouvant la peau tiède de ses cuisses, les bas résille déchirés. Un grognement sourd lui échappa lorsqu’il constata qu’elle ne portait plus de culotte. L’évidence était crue, obscène. Elle était ouverte, offerte, encore imprégnée de l’histoire de la nuit.
« Tu sens ? » haleta-t-elle, tandis que ses doigts à lui tâtaient l’entrée moite et chaude. « Tu sens que je suis pleine d’eux ? »
Il répondit en dégrafant sa braguette d’une main nerveuse. Son sexe, raide et douloureux de désir, jaillit. Il aligna son gland contre sa fente humide, sentant la texture différente, le mélange de leurs fluides et des siens. C’était exactement ce qu’il voulait, ce qu’il redoutait, ce qui le rendait fou.
« À moi, » gronda-t-il, la voix étranglée.
Et il la pénétra d’un coup sec et profond.
Camille cria, un son aigu qui se perdit dans le clapotis de la pluie. Son corps se cambra violemment contre le mur, ses mains s’agrippant à ses épaules. L’intrusion était brutale, réclamante, sans finesse. Elle était encore sensible, tendue, et il remplissait l’espace avec une urgence animale.
« C’est ça… » elle souffla, les yeux fermés, les dents serrées. « Vas-y… Reprends tout. Marque-moi par-dessus. »
Il se mit à bouger, des coups de bassin courts et puissants qui les faisaient claquer contre la paroi froide. Le son mouillé de leurs chairs qui se rencontraient se mêlait à leur souffle haletant. Il plongea son visage dans son cou, inhalant son parfum, la sueur, l’odeur sexuelle mêlée.
« Dis-le, » il exigea entre deux poussées, sa voix un râle contre sa peau. « À qui tu es ? »
Elle gémit, la tête roulant d’un côté sur les briques. « À toi… Pour l’instant… »
La réponse, équivoque, le fit aller plus fort, plus vite. Il sentait le nœud de son propre plaisir se serrer à une vitesse vertigineuse. La vision de tout ce qu’il avait vu, le son de ses gémissements pour d’autres, la sensation de la reprendre ainsi, sale et partagée, tout convergeait en un point de combustion pure.
« Je vais… » il avertit, les mots coincés.
« Fais-le, » ordonna-t-elle, lui griffant le dos à travers le tissu. « Viens. Montre-moi que tu peux m’effacer. »
Ce fut trop. La vague le brisa avec une violence inouïe. Un grondement rauque lui déchira la gorge tandis qu’il s’enfonçait au plus profond d’elle et jouissait, des spasmes longs et brûlants qui semblaient vouloir tout chasser. Son corps à elle se contracta violemment autour de lui, et un cri étouffé s’échappa de ses lèvres – un orgasme volé, arraché par la brutalité même de la prise.
Il resta planté en elle, pantelant, son front contre le mur près de sa tempe. Leur respiration chaude formait des nuages dans l’air frais. La pluie fine les enveloppait.
Camille desserra lentement ses doigts cramponnés à ses épaules. Elle posa une main à plat sur son torse, sentant son cœur fou s’emballer contre sa paume.
« Alors ? » murmura-t-elle, sa voix étonnamment douce dans le fracas de leur silence intérieur. « Est-ce que j’suis à toi, maintenant ? »
Il n’eut pas de réponse. Seulement le constat que, dans le mélange chaud et intime qui lui coulait maintenant le long des cuisses, il était impossible de dire où finissaient les autres et où il commençait. Il ne l’avait pas effacée. Il s’était joint à eux. Et elle, le regard voilé dans l’ombre, semblait savourer cette vérité plus que n’importe quel mensonge de possession.
Chapitre 11
L’humidité de la nuit les enveloppait toujours. Camille se redressa lentement, son dos quittant la rugosité de la brique, sa robe retombant sur ses cuisses tremblantes. Elle posa une main sur le torse de Mathis, encore haletant, le sentant vibrer sous sa paume.
« Rentrons à la maison, mon amour, » murmura-t-elle, sa voix douce et rauque à la fois, empreinte d’une tendresse absolue qui contrastait brutalement avec la scène qu’ils venaient de vivre.
Elle glissa une main dans la sienne, ses doigts fins se refermant sur ses phalanges avec une douceur possessive. Il la suivit, silencieux, le corps lourd et l’esprit embrumé.
Le trajet fut silencieux. Elle conduisait, ses mains sur le voliant propres et délicates. Le parfum de sa lotion pour le corps, une odeur vanillée et apaisante, commençait à masquer les autres effluves. Elle lui jeta un sourire doux en passant une vitesse, un sourire d’épouse aimante.
Dans l’ascenseur de leur immeuble, elle se blottit contre lui, posant sa tête sur son épaule.
« Tu as passé une bonne soirée ? » demanda-t-elle, comme s’ils rentraient d’un dîner entre amis.
Il avala sa salive. « Tu le sais très bien. »
« Je veux l’entendre de ta bouche, Mathis. »
« C’était… incroyable. Et insupportable. »
Elle caressa doucement sa joue. « Je suis désolée que ça t’ait fait souffrir. Mais tu avais tellement envie de me voir comme ça, non ? Une vraie salope. »
Le mot, dans sa bouche douce, était une caresse et un coup de fouet.
« Oui, » admit-il, la voix brisée.
« Alors ne souffre pas. Réjouis-toi. Ta femme est exactement ce que tu as toujours voulu. »
La porte de l’appartement claqua derrière eux. Camille se déchaussa avec une grâce naturelle, rangeant ses escarpins dans l’entrée. Elle se dirigea vers la salle de bain, se retournant sur le seuil.
« Viens. Je vais te laver. Et tu vas me laver, surtout. Il faut tout enlever. »
Elle ne parlait pas de la sueur.
Sous le jet brûlant, elle se fit docile. Elle lui tendit le gant de crin, tournant son dos à lui, offrant la courbe de ses épaules, la longue ligne de sa colonne. Il savonna son corps avec une application presque religieuse, passant sur chaque centimètre de peau, comme pour en effacer les traces, les souvenirs des mains étrangères. Il insista entre ses cuisses, frottant doucement, profondément, jusqu’à ce que l’eau qui ruisselait d’elle soit parfaitement claire.
Puis, ce fut son tour. Elle le fit s’agenouiller dans la baignoire, et avec la même douceur méticuleuse, elle lava son sexe, ses mains expertes le nettoyant de ce qu’il avait déposé en elle. C’était un rituel d’appropriation et de pardon.
Enveloppés dans des peignoirs moelleux, elle le poussa sur le lit. Elle s’allongea sur lui, son poids chaud et familier, et plongea son regard dans le sien.
« Maintenant, écoute-moi bien, » dit-elle, ses doigts traçant des cercles sur sa poitrine. « Ce soir, c’était le début. Juste le début. Je ne vais pas m’arrêter. Je vais recommencer. Et encore. Et tu le sauras. Tu le verras peut-être, ou je te le raconterai. Mais je le ferai. »
Son cœur se serra. « Pourquoi ? »
« Parce que tu en as besoin, » chuchota-t-elle, ses lèvres effleurant les siennes. « Parce que voir cette jalousie te dévorer, te rendre si faible et si dépendant de mon simple regard… ça me prouve que tu es à moi. Complètement. Et moi, je t’aime. Follement. Alors je vais te donner exactement ce qui te rend fou, et ce qui te lie à moi pour toujours. Je serai ton ange doux, ta femme parfaite. Et je serai leur salope à tous, quand j’en aurai envie. C’est notre équilibre, maintenant. »
Elle l’embrassa, un baiser profond, lent, rempli d’un amour si immense qu’il en était étouffant.
« Tu es d’accord ? » demanda-t-elle en se séparant de lui, ses yeux bleus cherchant une capitulation totale.
Il ne pouvait que hocher la tête, perdu dans le vertige de son propre fantasme devenu monstre, et dans l’amour terrifiant qu’il portait à cette femme qui venait de sceller leur pacte. La vie allait changer. Elle avait déjà commencé.
Chapitre 12
La paix du lendemain matin était un leurre. Le soleil inondait leur chambre, le parquet réchauffé par ses rayons. Camille préparait le petit-déjeuner, une simple chemise de nuit en soie glissant sur ses formes. Elle chantonnait. Mathis, assis à la table de la cuisine, la regardait verser le café, ses gestes précis et domestiques. Chaque mouvement de sa hanche, chaque glissement du tissu contre sa peau était une torture délicieuse. Il se demandait, chaque heure qui passait, chaque jour qui s’écoulait, comment et jusqu’à quel point elle allait mettre en place leur nouvelle vie. Leur nid était vide, déserté par les rires des enfants partis vivre leurs vies. Ce silence, cette liberté absolue, était un terrain de jeu illimité.
« Tu réfléchis trop fort, » dit-elle sans se retourner, posant sa tasse devant lui. « On sent la fumée. »
« Je ne peux pas m’en empêcher. Cet appartement… il est si calme maintenant. »
Elle s’assit en face de lui, croisant les jambes. La soie s’entrouvrit, révélant un éclair de cuisse nue. « Et ? C’est une bonne ou une mauvaise chose, ce calme ? »
« C’est terrifiant. Et excitant. Je ne sais pas ce que tu vas en faire. »
Un sourire lent étira ses lèvres. Elle trempa un croissant dans son café, le portant à sa bouche avec une lenteur obscène. « Tu veux que je te le dise ? Mon planning ? » Elle mâcha, savourant. « Non. Tu vas le découvrir. Petit à petit. Ici, chez nous. »
Le mot « ici » tomba comme une promesse lourde. Leur sanctuaire allait devenir leur scène.
Elle se leva, contourna la table et vint s’asseoir sur ses genoux, enlaçant son cou. Son parfum, doux et familier, l’enveloppa. « Tu travailles de la maison aujourd’hui, n’est-ce pas ? »
Il acquiesça, les mains remontant d’elles-mêmes sous la soie pour saisir la chair ferme de ses cuisses. « Oui. J’ai cette conférence téléphonique à quinze heures. »
« Parfait, » murmura-t-elle contre son oreille, sa langue effleurant le lobe. « Moi, je sors. Des courses. Je vais peut-être traîner un peu. »
Le cœur de Mathis se serra. « Traîner ? Où ? »
« Oh, tu sais. En ville. Peut-être au nouveau café, celui avec la terrasse en bois. Il paraît qu’il est très… animé. Plein de monde. » Sa main descendit, palpa la fermeture de son jean, sentant le durcissement immédiat à travers le tissu. « Tu aimes ça, quand je te parle comme ça ? Quand je te laisse imaginer ? »
« Je déteste ça, » gémit-il, pressant son front contre son épaule.
« Tu adores ça. Et ce soir, quand je rentrerai, tu me demanderas. Et je te dirai peut-être. Ou peut-être pas. Peut-être que je sentirai encore le parfum d’un autre sur ma peau. Peut-être que mes lèvres seront un peu gonflées. Et tu devras faire avec. Ici. Dans notre salon, dans notre lit. »
Elle se leva, lui laissant le corps brûlant et l’esprit en ébullition. Elle partit une heure plus tard, après un baiser chaste à la porte, un « À ce soir, mon amour » qui résonna comme une sentence.
La journée fut un supplice. Mathis tentait de se concentrer sur ses mails, sur sa conférence. Mais son regard était sans cesse attiré par le canapé, par le lit visible depuis la porte du bureau ouvert. Ces meubles, ces lieux de leur quotidien, étaient maintenant chargés d’un potentiel obscène. *Elle pourrait.* L’idée était devenue une obsession. Elle pourrait ramener quelqu’un ici. Elle pourrait être touchée, prise, sur ce canapé où ils regardaient les films le dimanche. Leur intimité n’était plus un refuge. C’était le cœur même du jeu.
La clef tourna dans la serrure en fin d’après-midi. Son pas résonna dans l’entrée. Il se leva, le souffle court, et la rejoignit. Elle rangeait des sacs de courses, vêtue d’un simple jeans moulant et d’un chemisier léger.
« Alors ? » demanda-t-il, la voix rauque.
Elle se retourna, un sourire énigmatique aux lèvres. Elle s’approcha, très près. « Renifle-moi. »
Il se pencha, humant son cou, la naissance de ses seins. Il n’y avait que son parfum, et une légère odeur de café. Rien d’étranger.
« Rien, » dit-il, un mélange de déception et de soulagement l’envahissant.
« Pas aujourd’hui, » chuchota-t-elle. « Aujourd’hui, c’était juste un test. Pour voir si tu guettais. Et tu guettais. » Sa main se posa sur son entrejambe, pressant la bosse dure. « Tu es dans cet état juste à l’idée. Imagine quand ce sera réel. Quand tu entendras des bruits dans le salon, et que tu devras rester enfermé dans ton bureau, à écouter. À attendre ton tour. »
Elle défit sa ceinture, puis sa braguette, d’un geste expert. Ses doigts froids l’enveloppèrent, le serrant juste assez pour faire monter un gémissement dans sa gorge.
« Mais pas maintenant, » dit-elle en se redressant, le laissant dur et exposé au milieu de l’entrée. « Maintenant, tu vas m’aider à ranger ces courses. Et ce soir, tu me baiseras. Et tu penseras à ce que j’ai dit. À tout ce qui pourrait arriver, ici, dans notre nid douillet. La vraie liberté commence. »
Chapitre 13
La semaine qui suivit fut une agonie douce et calculée. Camille sortait, seule. Elle rentrait avec parfois une lueur différente dans le regard, parfois un vêtement subtilement défait. Mais elle ne racontait rien. Elle faisait durer le silence, savourant la tension qui nouait les épaules de Mathis chaque fois qu’il la regardait, cherchant des indices sur sa peau.
Un soir, alors qu’ils étaient allongés dans le noir, elle se tourna vers lui. Sa main traça un chemin sur sa poitrine.
« Tu veux savoir, » murmura-t-elle, ce n’était pas une question.
Son cœur fit un bond. « Tu sais que je veux tout savoir. »
Elle se mordilla la lèvre inférieure, un geste de petite fille qui contrastait avec l’audace de ses yeux. « C’est… c’est difficile à dire. »
« Dis-le comme tu le ressens, » insista-t-il, rougissant lui-même de l’ardeur dans sa voix.
Elle se blottit contre son épaule, sa joue chaude contre sa peau. « C’était aujourd’hui. Au jardin du musée. Il faisait beau, il y avait ce banc, caché par les glycines. »
« Qui ? » demanda-t-il, la gorge serrée.
« Un homme. Il dessinait. Il avait des mains… des mains d’artiste, tu sais ? Longues, fines. Il m’a regardée comme on regarde un modèle. »
Elle s’arrêta. Mathis sentit son propre souffle se bloquer. Il lui fallut pousser, extraire chaque mot. « Et alors ? Qu’est-ce que ces mains ont fait ? »
« Il m’a demandé si je voulais poser. Juste pour un croquis rapide. » Sa voix devint un murmure à peine audible. « Je me suis assise près de lui. Son genou a touché le mien. C’était accidentel, au début. Puis… ce n’était plus accidentel. »
« Où a-t-il posé ses mains, Camille ? » La question jaillit, rauque et directe.
Elle ferma les yeux, comme si la mémoire était trop vive. « Sur ma taille. Pour me repositionner, a-t-il dit. Sa paume était si chaude à travers ma robe. Puis… il a glissé. Juste un peu. Le long de ma hanche. Sa main a remonté, sur le côté de ma cuisse. »
Le silence qui suivit était électrique. Mathis l’imaginait, figée sur ce banc public, le souffle court tandis qu’une main étrangère explorait les courbes de son corps sous le prétexte de l’art.
« Et toi ? Qu’as-tu fait ? » chuchota-t-il.
« Rien. Je n’ai pas bougé. J’ai laissé faire. J’ai pensé à toi. À ce que tu dirais si tu voyais ça. Si tu savais que je le laissais faire. » Sa main à elle descendit sous la couette, trouvant la fermeture de son boxer. Ses doigts froids l’enveloppèrent, le serrant doucement. « Il a murmuré que j’étais belle. Que ma peau devait être douce. Il a fait glisser sa main plus haut, sous ma robe, sur l’intérieur de ma cuisse. »
Mathis gémit, incapable de se retenir. « Il t’a touchée… là ? »
Elle secoua la tête, les joues en feu même dans l’obscurité. « Non. Presque. Son pouce a frôlé… juste frôlé le bord de ma culotte. Je me suis raidie. J’ai cru que j’allais crier, ou partir en courant. Mais je suis restée. Je voulais savoir ce que ça faisait. De se sentir désirée comme ça, par un inconnu, en sachant que toi, tu ne le saurais peut-être jamais. »
Sa main sur lui commença un mouvement lent et régulier, synchronisé avec ses confessions timides.
« Et après ? »
« Après, il a retiré sa main. Il a souri. Il a dit qu’il avait assez pour son croquis. Il est parti. » Elle ouvrit les yeux, son regard bleu noyé d’une honte excitée. « Et moi, je suis restée assise sur ce banc, tremblante, mouillée, avec cette chaleur entre les jambes qui ne partait pas. Je n’ai pensé qu’à ça en rentrant. À son toucher. Et à toi. À la façon dont tu vas me regarder maintenant que tu le sais. »
Mathis la retourna d’un mouvement brusque, l’enlaçant par-derrière, son corps épousant ses formes généreuses. Sa main glissa entre ses cuisses, trouvant la soie humide de sa culotte.
« C’est pour ça ? » il grogna à son oreille, pressant sa paume contre elle, sentant la chaleur l’envelopper même à travers le tissu. « Tu voulais que je sache à quel point tu étais excitée par ça ? »
Elle poussa un petit cri, arquant son dos contre lui. « Oui. J’ai marché jusqu’à la maison en me frottant discrètement contre la couture de mon jean, juste pour entretenir cette brûlure. Pour te la rapporter intacte. »
Il déchira la fine barrière de soie, ses doigts rencontrant enfin sa peau trempée, ses lèvres gonflées. Elle était glissante, chaude, offerte. Un gémissement long et brisé s’échappa d’elle tandis qu’il explorait sa chair, traçant des cercles autour de son point le plus sensible avant de plonger deux doigts en elle, profondément, recréant l’intrusion qu’elle avait tant désirée et redoutée.
« C’est ça que tu voulais ? » il haleta, la pénétrant de ses doigts au rythme saccadé de sa propre montée. « Que je te possède avec l’image d’un autre dans la tête ? »
« Oui ! » elle sanglota, les mains agrippées aux draps, son corps se cambrant, se tendant, mais se refusant encore à la chute. « Je suis à toi… mais je suis sale à cause de lui… et c’est ça qui t’excite… »
C’était vrai. La jalousie, la trahison, l’image d’elle immobile et consentante sous la main d’un étrangèrent attisaient un feu en lui plus vorace que tout. Il la pénétra alors, d’une poussée qui les fit crier tous les deux, remplissant l’espace qu’elle avait laissé vacant, marquant son territoire avec la fureur d’un homme qui sait que sa femme a goûté à un autre fruit défendu. Il la prit avec une intensité brutale, chaque coup de hanche un rappel, une revendication. Elle se laissait faire, pleurant de plaisir et de culpabilité, son corps accueillant le sien avec une avidité qui disait tout de son besoin partagé.
La vague monta, inexorable, les emportant tous deux vers le bord du précipice. Leurs souffles se mêlaient, leurs peurs et leurs désirs fusionnant dans cette union violente et tendre. Ils étaient suspendus, à un cheveu de la rupture, lorsque Camille murmura, la voix déchirée par l’effort :
« Dis-moi… dis-moi que tu me gardes malgré ça… »
Et il la serra plus fort, sentant son propre corps prêt à se briser sous la tension, mais retenant la tempête, la maintenant là, avec lui, dans cet instant parfait et torturé où elle était à la fois sienne et autre, pure et souillée, sa femme et la femme de son fantasme le plus noir.
Chapitre 14
Le lendemain de sa confession, Camille se réveilla avec un mélange de honte et d’excitation qui lui nouait l’estomac. Mathis avait déjà quitté le lit pour le travail. Le silence de l’appartement était lourd de leurs fantômes nocturnes. Elle se leva, passa sous la douche, l’eau chaude ne lavant pas le sentiment trouble qui persistait.
Elle avait *voulu* ce banc, cette main d’inconnu. Elle l’avait cherché. Et maintenant, elle en voulait plus. Mais la réalité était moins simple que les fantasmes de Mathis. On ne croisait pas un bel inconnu prêt à tout sur commande. Il fallait qu’elle attire, qu’elle séduise, qu’elle donne des signes. Et ça, c’était terrifiant.
« Et si je ne plaisais pas ? » murmura-t-elle à son reflet dans le miroir embué. La peur de l’échec était aussi forte que celle de réussir.
Elle passa la journée à errer dans Paris, ses pas la menant inconsciemment vers des lieux où les regards pouvaient se croiser : un café bondé près de Saint-Germain-des-Prés, les allées du Jardin du Luxembourg. Elle portait une robe légère qui moulait ses hanches, un décolleté discret mais prometteur. Elle se sentait à la fois vulnérable et puissante, comme un appât vivant.
Au parc Monceau, elle s’assit sur un banc, un livre à la main qu’elle ne lisait pas. Un homme d’une quarantaine d’années, élégant, s’assit à l’autre extrémité. Son cœur se mit à battre la chamade. *C’est le moment. Regarde-le. Souris.* Mais son sourire se figea, devenu crispé. Elle baissa les yeux sur son livre, les doigts tremblants.
L’homme finit par partir sans un mot.
La frustration lui brûla les joues. Ce n’était pas seulement l’excitation qui la motivait ; c’était une pression sourde, celle de satisfaire Mathis – et de se prouver à elle-même qu’elle en était capable.
Le soir, elle rentra épuisée et nerveuse. Mathis était déjà là, préparant le dîner.
« Alors ? » demanda-t-il sans même se retourner, en coupant des légumes. Sa voix était trop neutre.
« Alors rien », soupira-t-elle en jetant son sac sur le canapé. « C’est… c’est difficile, Mathis. Tu crois que c’est facile de draguer quelqu’un ? De faire en sorte qu’il te veuille ? »
Il posa son couteau et se tourna enfin vers elle. Il y avait dans ses yeux une lueur inquiète qui tempéra son excitation habituelle.
« Je ne veux pas que tu te forces », dit-il doucement en s'approchant. Il prit son visage entre ses mains. « Jamais. Tu comprends ? Ce jeu… il n'existe que si toi aussi tu y prends du plaisir. Pas de la souffrance. »
Elle ferma les yeux, s'appuyant contre sa paume.
« C'est juste que… je culpabilise », avoua-t-elle dans un murmure.
« De quoi ? »
« De tout ! » s'exclama-t-elle en ouvrant les yeux, pleins d'une angoisse soudaine. « De vouloir ça alors que je t'aime. De te faire du mal en te racontant tout après… et en même temps, cette liberté que tu m'offres… » Sa voix se brisa.
Mathis l'attira contre lui, enfouissant son visage dans ses cheveux encore humides.
« Écoute-moi », murmura-t-il contre sa tempe. « Cette culpabilité… elle fait partie du désir pour moi aussi. C'est tordu, je sais. Mais je t'aime *avec* ça maintenant. Avec cette part de toi qui veut explorer ailleurs et qui revient me le raconter pour qu'on en brûle ensemble ensuite.»
Il recula d'un pas pour la regarder dans les yeux.
« Mais si tu as peur… on arrête tout là maintenant.»
Le silence tomba entre eux.
Camille sentit une boule dans sa gorge.
Arrêter ?
Cela signifierait renoncer à ce frisson nouveau qui courait dans ses veines depuis le club.
Renoncer au pouvoir étrange qu'elle avait découvert sur lui – et sur elle-même.
Elle secoua lentement la tête.
« Non », dit-elle d'une voix plus ferme.
« Je ne veux pas arrêter.
Je veux juste…
Je veux réussir.
Pour moi.»
Un lent sourire éclaira le visage de Mathis,
un mélange de fierté
et d'une avidité sombre qui fit frissonner Camille.
« Alors on va t'aider »,
dit-il,
ses mains descendant le long de ses bras.
« Demain,
tu vas porter cette petite robe noire,
celle qui te serre à la taille
et s'arrête mi-cuisse.
Tu vas aller au café-bibliothèque,
celui avec les grandes tables en bois.
Tu vas t'asseoir,
et tu vas lire.
Et tu ne feras rien d'autre.
Juste être là.
Magnifique
et inaccessible.»
Ses doigts glissèrent sous l'ourlet de son tee-shirt,
effleurant la peau nue de son ventre.
Camille retint son souffle,
sentant le désir renaître,
plus aigu,
plus ciblé.
« Et si personne ne vient ? »
chuchota-t-elle.
Il se pencha,
ses lèvres frôlant son oreille.
« Alors tu rentreras ici,
et je te montrerai exactement
à quel point tu es désirable.»
Sa main remonta plus haut,
frôlant le bas de son sein à travers le tissu fin de son soutien-gorge.
Un gémissement étouffé lui échappa.
Ce n'était plus seulement l'excitation du dehors ;
c'était celle-ci,
précise et orchestrée par lui,
qui lui donnait des jambes coupées.
« D'accord »,
souffla-t-elle,
s'abandonnant au contact
tout en sentant déjà
l'appel sourd et effrayant
de demain
Chapitre 15
Le lendemain, Camille se prépara minutieusement, comme si elle sortait en soirée avec Mathis. Elle voulait être parfaite.
Elle choisit la petite robe noire, celle qui lui serrait la taille et s’arrêtait à mi-cuisse comme il l’avait ordonné. Les coutures soulignaient chaque courbe, le tissu mat contrastant avec la peau laiteuse de ses épaules découvertes. Elle passa un temps infini à lisser ses bas noirs, à ajuster la profondeur de son décolleté, à appliquer un rouge à lèvres foncé qui faisait ressortir le bleu glacial de ses yeux. Dans le miroir, une étrangère la regardait, une femme prête à être chassée. Elle était parfaite.
« Tu vas les rendre fous », murmura Mathis derrière elle, entrant dans la chambre.
Il s’arrêta pour la détailler, des pieds à la tête. Son regard n’était pas seulement admiratif ; il était calculateur, comme un metteur en scène vérifiant son décor.
« Tu es sûre ? » demanda-t-elle, tournant sur elle-même, sa voix trahissant une pointe de fragilité.
« Plus que sûr. » Il s’approcha, ses mains se posant sur ses hanches gainées de soie. « Tu es l’appât le plus alléchant de Paris. Rappelle-toi : tu ne fais rien. Tu es là, tu lis. Tu es belle et tu ignores le monde. C’est ça qui les attirera. »
Il glissa une main sous l’ourlet de sa robe, ses doigts froids contrastant avec la chaleur de sa peau. Ils trouvèrent le haut de son bas, puis glissèrent plus haut, sur la chair nue de sa cuisse. Camille ferma les yeux, un frisson la parcourant.
« Et toi ? » souffla-t-elle. « Qu’est-ce que tu fais pendant ce temps ? »
« Je pense à toi. Je t’imagine. Et j’attends. » Ses doigts s’écartèrent, effleurant l’intimité de son entrejambe à travers la fine barrière de sa culotte. Elle retint un soupir. « Maintenant, vas-y. »
***
Le café-bibliothèque était un lieu calme et chaleureux, loin de l’agression sensorielle de l’Extasia. L’odeur du café frais et du vieux bois dominait. Camille choisit une table près de la grande baie vitrée, à la lisière de la lumière. Elle posa son livre, un roman qu’elle n’avait aucune intention de lire, et commanda un thé.
Elle se sentait exposée, comme un spécimen sous verre. Chaque mouvement lui semblait amplifié : le croisement de ses jambes gainées de noir, le geste de porter sa tasse à ses lèvres, le fait de tourner une page. Elle gardait les yeux baissés, mais ses sens étaient aux aguets. Elle percevait les regards qui glissaient sur elle, certains rapides et discrets, d’autres plus appuyés.
Un homme d’une trentaine d’années, assis deux tables plus loin avec un ordinateur, la fixa un peu trop longtemps. Il avait un regard doux, intelligent. Son cœur se mit à battre plus vite. *C’est le moment. Regarde-le.* Mais la peur la paralysa. Elle détourna les yeux, fixant les lignes floues de son livre.
L’homme finit par retourner à son écran.
Une bouffée de déception mêlée de honte l’envahit. Elle était ridicule. Elle avait tous les atouts, et pourtant elle était incapable de faire ce premier pas. Elle imaginait le regard de Mathis plus tard, teinté de pitié. *Elle n’a pas su.*
Elle était sur le point de rassembler ses affaires, vaincue, quand une voix masculine, posée et chaude, retentit à son oreille.
« C’est un bon choix. »
Elle leva les yeux. Un homme se tenait debout près de sa table, souriant légèrement. Il avait le visage anguleux, des yeux marron clair et des cheveux bruns coupés court. Il était habillé simplement, un pull sobre sur un jean, mais il dégageait une assurance calme. Il désigna son livre du menton.
« Le dernier chapitre est décevant, par contre », poursuivit-il, son sourire s’élargissant.
Camille sentit un afflux de chaleur lui monter aux joues. Elle ne savait même pas de quel chapitre il s’agissait.
« Ah… vous l’avez lu ? » réussit-elle à dire, sa voix un peu rauque.
« Oui. Et je peux vous dire que vous n’êtes pas à la bonne page pour apprécier la révélation du chapitre sept. »
Il parlait sans agressivité, presque avec complicité. Il ne lui demandait pas la permission, il ne s’excusait pas de la déranger. Il était simplement là, présent, occupant l’espace entre eux avec une aisance naturelle.
« Je… je relisais mes passages préférés », mentit-elle, trouvant enfin ses mots.
Son sourire s’adoucit, comme s’il voyait à travers elle. « Les menteuses ont souvent les plus beaux yeux. »
Il laissa le silence s’installer un instant, son regard plongeant dans le sien sans la quitter. Puis il fit un geste vers la chaise libre en face d’elle.
« Je vous dérange ? »
C’était la question clé. Le point de non-retour. Camille sentit un frisson d’excitation mêlé à de la panique lui parcourir l’échine. Elle pensa à Mathis, à son attente à la maison, à ses mains qui la préparaient ce matin même. Elle inspira profondément.
« Non », dit-elle, sa voix plus ferme qu’elle ne l’aurait cru. « Pas du tout. Asseyez-vous. »
Chapitre 16
« J’adore ce roman », dit l’homme, sa chaise grattant légèrement le parquet en s’avançant. Il s’appelait Mathieu. Sa voix était un filet doux qui capturait toute l’attention de Camille. « Mais je trouve que le personnage féminin a peur d’assumer ce qu’elle veut. »
Camille posa son livre, ses doigts tremblant un peu sur la couverture. « Et que veut-elle, selon vous ? »
Il se pencha légèrement, les avant-bras posés sur la table, dansant à la limite de son espace personnel. « Elle veut de l’intensité. Une preuve tangible qu’elle existe, qu’elle désire et qu’on la désire. Mais elle a tellement peur du jugement… surtout de celui de son homme. »
La remarque était si juste qu’elle en eut le souffle coupé. Elle pensa à Mathis, à l’attente qui devait le dévorer chez eux. La jalousie qu’il éprouverait. La fierté aussi, si elle réussissait. Elle inspira.
« Peut-être que son homme veut la même chose qu’elle », osa-t-elle, croisant son regard marron. « Peut-être qu’il a besoin de la voir désirée pour la désirer encore plus lui-même. »
Mathieu sourit, un éclair de compréhension dans les yeux. « C’est une pensée dangereuse. Et terriblement excitante. »
Le dialogue s’installa, fluide et chargé de sous-entendus. Il parlait de littérature, de voyages, mais chaque phrase était une caresse indirecte, chaque regard une main invisible qui effleurait sa peau à travers la robe noire. Camille se surprit à rire, à se pencher vers lui, oubliant sa nervosité initiale. Elle *se laissait faire*. Elle se laissait séduire.
« Tu es d’une beauté… déstabilisante », murmura-t-il soudain, abandonnant le « vous ». Sa main reposait à plat sur la table, si près de la sienne qu’elle sentait sa chaleur rayonner. « On dirait que tu attends quelque chose. Ou quelqu’un. »
Elle ne détourna pas les yeux. « Je n’attends plus rien. Je suis là. »
Son expression changea, devenant plus sombre, plus directe. Il baissa la voix. « Ta robe est magnifique. Mais je meurs d’envie de savoir ce qu’il y a dessous. »
Le désir monta d’un coup en elle, chaud et liquide. Elle se mordilla la lèvre inférieure, un geste qu’elle savait provocant. « C’est un secret bien gardé. »
« Les secrets sont faits pour être découverts », répondit-il, et cette fois, il bougea. Son index effleura le dos de sa main, un contact électrique qui lui fit frémir toute la peau. « Viens. »
Ce n’était pas une question. C’était une invitation à laquelle elle avait déjà répondu. Elle sentit son cœur battre à tout rompre, non plus de peur, mais d’excitation pure. *Pour Mathis. Pour nous.* Elle se leva, ses jambes un peu faibles.
Il paya leurs consommations sans précipitation, avec cette même assurance calme. Puis il lui prit légèrement le coude pour la guider vers la sortie. Le contact était respectueux, mais possessif. Dehors, l’air du soir était frais.
« Ma voiture est là », dit-il simplement en désignant une berline discrète garée plus loin.
Camille hésita une dernière seconde, le visage de Mathis lui traversant l’esprit comme une lame brillante de jalousie et d’encouragement silencieux. Elle voulait cela. Pour elle-même. Pour leur couple malade et merveilleux.
Elle hocha la tête.
Dans l’habitacle feutré, l’odeur de cuir neuf et de son propre parfum envahit ses sens. Il démarra et mit le chauffage, mais une autre chaleur emplissait déjà l’espace exigu. Il ne démarra pas tout de suite. Il tourna son siège vers elle.
« Tu es sûre ? » demanda-t-il, ses yeux scrutant les siens dans la pénombre.
Elle pensa à Mathis, fier d’elle, brûlant pour elle souillée, et à elle-même, capable enfin de prendre ce qu’elle voulait. « Oui. »
Alors il se pencha et l’embrassa.
Ce n’était pas un baiser doux ou explorateur. C’était une prise de possession immédiate et experte. Sa langue força l’entrée de sa bouche avec une autorité qui la fit gémir dans son souffle. Une de ses mains vint se refermer sur sa nuque, l’immobilisant doucement, tandis que l’autre trouva sans hésiter son genou gainé de soie noire.
Camille s’abandonna au baiser, répondant avec une ardeur qui la surprit elle-même. La main sur son genou commença à remonter, lentement, infiniment lentement, le long de l’intérieur de sa cuisse. Le frottement du tissu des bas, puis la chaleur de sa peau nue au-dessus. Elle rompit le baiser pour haleter.
« Mathieu… »
« Chut », murmura-t-il contre ses lèvres, ses doigts atteignant enfin le bord élastique de sa petite culotte en dentelle noire. Il s’arrêta là, pressant simplement sa paume contre le tissu fin et la chair sensible en dessous. Le contact était torride, insupportablement suggestif. « Tu es trempée. »
Elle ferma les yeux, rougissant mais excitée au-delà de toute raison par cette observation crue. Elle *était* trempée. Pour lui. Pour cet inconnu aux mains habiles et au baiser vorace.
Sa main bougea alors, glissant sous l’élastique, trouvant enfin sa peau nue, ses poils soyeux, puis plus bas, la chair glissante et brûlante de son sexe tendu de désir. Un gémissement étouffé lui échappa quand ses doigts explorateurs effleurèrent son clitoris gonflé.
« C’est ça », murmura-t-il, sa voix rauque à son oreille tandis que ses doigts commençaient un mouvement circulaire lent et implacable. « Laisse-toi faire. Je vais te donner exactement ce que tu cherches. »
Et Camille comprit qu’elle avait gagné. Elle s’était prouvé qu’elle en était capable. L’amant était là, ses doigts en elle, sa bouche sur son cou maintenant, et Mathis… Mathis attendait à la maison, son imagination déjà en feu. La jalousie et la fierté allaient se mêler en lui comme jamais.
La pression des doigts de Mathieu s’intensifia, rythmant la montée irrésistible en elle. Elle s’agrippa à ses épaules, perdue dans cette vague qu’il provoquait, à la fois physique et mentale : le triomphe de s’être laissé séduire jusqu’au bord du vertige
Chapitre 17
Un gémissement guttural sortit de la gorge de Camille alors que les doigts de Mathieu insistaient sur son point le plus sensible. Le besoin physique était devenu une urgence brûlante, un appel auquel elle ne pouvait plus résister. Mais un éclair de lucidité la traversa, paniqué. Elle ouvrit les yeux, la vision légèrement floue.
« Arrête… » haleta-t-elle, sa main venant se poser sur la sienne pour freiner son mouvement.
Il s’immobilisa aussitôt, mais garda sa paume brûlante pressée contre elle. « Qu’y a-t-il ? »
Elle secoua la tête, la joue contre le cuir froid du siège passager. « Je veux… je veux te sentir en moi. Vraiment. Mais pas ici. » Ses yeux parcoururent l’intérieur de la voiture, puis la vitre teintée donnant sur la rue calme mais non déserte. « J’ai peur qu’on nous voie. »
Un sourire entendu étira les lèvres de Mathieu. Il retira lentement sa main, ramenant à ses narines ses doigts brillants de son humidité pour en humer le parfum musqué. Le geste, d’une obscénité crue, la fit frémir davantage.
« Tu as raison », murmura-t-il, sa voix encore plus grave. « Une chose aussi belle ne doit pas être bâclée dans un habitacle étriqué. Je connais un endroit. Proche, et… privé. »
Sans attendre sa réponse, il se redressa et démarra la voiture d’un geste vif. Camille se rattrapa à l’accoudoir tandis qu’ils s’élançaient dans la nuit urbaine. La tension était électrique entre eux, palpable comme un troisième passager. Elle sentait encore ses doigts traîner sur sa peau intérieure, une promesse brûlante.
« Où allons-nous ? » demanda-t-elle d’une voix qu’elle voulait ferme mais qui tremblait légèrement.
« Un appartement », répondit-il simplement en tournant dans une rue bordée d’immeubles haussmanniens discrets. « Un ami est parti pour le week-end. Il m’a confié les clés pour… arroser les plantes. »
Il jeta un regard de biais vers elle, une lueur complice dans les yeux.
Ils se garèrent quelques rues plus loin devant un bâtiment ancien aux portes en bois massif. Mathieu descendit et vint lui ouvrir sa portière avec une galanterie inattendue qui contrastait avec l’intensité brutale de leurs ébats minutes auparavant.
« Viens », dit-il simplement en lui tendant la main.
Elle prit sa main sans hésiter cette fois-ci, sentant sous ses doigts les mêmes mains qui venaient de la toucher si intimement. Il ouvrit une petite porte latérale avec un digicode et ils s’engouffrèrent dans une cage d’escalier sombre et silencieuse, sentant le vieux parquet ciré et le plâtre.
Ils montèrent deux étages sans un mot, leurs pas étouffés par une moquette épaisse. La respiration de Camille était courte, son cœur martelait ses côtes à grands coups sourds, mais ce n’était plus de la peur. C’était l’anticipation pure et crue du plaisir qui l’attendait derrière une porte close où personne ne pourrait les voir ou les entendre.
Il ouvrit enfin une porte avec une clé qu'il avait tirée de sa poche et poussa doucement Camille à l'intérieur avant lui avant d'entrer à son tour en refermant soigneusement derrière eux avec un clic définitif.
Dans l'obscurité totale du vestibule, il n'alluma pas tout de suite mais attrapa Camille par la taille pour plaquer son dos contre le mur frais . Elle poussa un petit cri étouffé dans sa bouche quand il captura ses lèvres dans un baiser dévorant , plus urgent encore que celui dans la voiture . Maintenant qu'ils étaient cachés au monde , aucune retenue ne semblait plus nécessaire .
« Alors ? » murmura-t-il entre deux baisers mordants sur son cou , ses mains remontant déjà le long des courbes offertes par sa robe . « Tu voulais aller jusqu'au bout ? Tu voulais être prise ? Montre-moi . »
Ses doigts trouvèrent à nouveau le bord élastique de sa culotte , glissant dessous sans préambule cette fois-ci . Un gémissement rauque s'échappa d'elle lorsqu'il pénétra directement deux doigts en elle , retrouvant sans peine le chemin déjà humide et chaud .
« Comme ça ? » souffla-t-il contre son oreille , scotchant son corps au sien tandis que ses doigts s'enfonçaient avec autorité . « C'est ce que tu voulais ? Que je te prenne enfin ? »
« Oui… », haleta Camille , arc-boutée contre lui , ses ongles s'enfonçant dans les muscles tendus de ses épaules sous le tissu fin . Elle était perdue , abandonnée à cette sensation violente et salvatrice . « Prends-moi … Fais-le … Maintenant . »
Son ordre fut suivi d'un rire sombre et satisfait . Sa main libre partit à la conquête du zip dans son dos tandis que ses doigts continuaient leur travail implacable à l'intérieur d'elle .
La robe glissa lentement le long de ses épaules puis tomba silencieusement autour de ses chevilles comme un soupir noir , ne laissant plus entre elle et cet inconnu que des bas noirs transparents tirés haut sur les cuisses et cette petite culotte en dentelle que ses doigts foulaient déjà impatiemment depuis dessous .
Le regard brûlant posé sur elle détailla chaque centimètre exposé ; appréciant visiblement ce qu'il voyait — ces formes généreuses offertes juste pour lui — avant qu'il ne baisse enfin ce même regard vers cet entrejambe où il caressait activement .
Puis sans prévenir il retira brutalement ses doigts mouillés , faisant gémir Camille d'insatisfaction aiguë . Mais aussitôt après il agrippa fermement ces bas fragiles au niveau des hanches — déchirant net ces derniers ainsi que sa culotte avec elles — libérant complètement son intimité au contact glacé puis brûlant des mains maintenant occupées autre part : celles-ci déboutonnaient rapidement sa propre braguette pendant qu'elle restait là appuyée contre ce mur trop froid comparée à l'incendie ravageur qui couvait en elle…
Elle pouvait sentir contre sa cuisse nue quelque chose d'autre : durci , impatient…
Les yeux fermés elle attendait juste cet instant final où il entrerait ; où Mathis n'existerait plus que comme pensée lointaine…
Chapitre 18
Un gémissement guttural sortit de la gorge de Camille alors que les doigts de Mathieu insistaient sur son point le plus sensible. Le besoin physique était devenu une urgence brûlante, un appel auquel elle ne pouvait plus résister. Mais un éclair de lucidité la traversa, paniqué. Elle ouvrit les yeux, la vision légèrement floue.
« Arrête… » haleta-t-elle, sa main venant se poser sur la sienne pour freiner son mouvement.
Il s’immobilisa aussitôt, mais garda sa paume brûlante pressée contre elle. « Qu’y a-t-il ? »
Elle secoua la tête, la joue contre le cuir froid du siège passager. « Je veux… je veux te sentir en moi. Vraiment. Mais pas ici. » Ses yeux parcoururent l’intérieur de la voiture, puis la vitre teintée donnant sur la rue calme mais non déserte. « J’ai peur qu’on nous voie. »
Un sourire entendu étira les lèvres de Mathieu. Il retira lentement sa main, ramenant à ses narines ses doigts brillants de son humidité pour en humer le parfum musqué. Le geste, d’une obscénité crue, la fit frémir davantage.
« Tu as raison », murmura-t-il, sa voix encore plus grave. « Une chose aussi belle ne doit pas être bâclée dans un habitacle étriqué. Je connais un endroit. Proche, et… privé. »
Sans attendre sa réponse, il se redressa et démarra la voiture d’un geste vif. Camille se rattrapa à l’accoudoir tandis qu’ils s’élançaient dans la nuit urbaine. La tension était électrique entre eux, palpable comme un troisième passager. Elle sentait encore ses doigts traîner sur sa peau intérieure, une promesse brûlante.
« Où allons-nous ? » demanda-t-elle d’une voix qu’elle voulait ferme mais qui tremblait légèrement.
« Un appartement », répondit-il simplement en tournant dans une rue bordée d’immeubles haussmanniens discrets. « Un ami est parti pour le week-end. Il m’a confié les clés pour… arroser les plantes. »
Il jeta un regard de biais vers elle, une lueur complice dans les yeux.
Ils se garèrent quelques rues plus loin devant un bâtiment ancien aux portes en bois massif. Mathieu descendit et vint lui ouvrir sa portière avec une galanterie inattendue qui contrastait avec l’intensité brutale de leurs ébats minutes auparavant.
« Viens », dit-il simplement en lui tendant la main.
Elle prit sa main sans hésiter cette fois-ci, sentant sous ses doigts les mêmes mains qui venaient de la toucher si intimement. Il ouvrit une petite porte latérale avec un digicode et ils s’engouffrèrent dans une cage d’escalier sombre et silencieuse, sentant le vieux parquet ciré et le plâtre.
Ils montèrent deux étages sans un mot, leurs pas étouffés par une moquette épaisse. La respiration de Camille était courte, son cœur martelait ses côtes à grands coups sourds, mais ce n’était plus de la peur. C’était l’anticipation pure et crue du plaisir qui l’attendait derrière une porte close où personne ne pourrait les voir ou les entendre.
Il ouvrit enfin une porte avec une clé qu'il avait tirée de sa poche et poussa doucement Camille à l'intérieur avant lui avant d'entrer à son tour en refermant soigneusement derrière eux avec un clic définitif.
Dans l'obscurité totale du vestibule, il n'alluma pas tout de suite mais attrapa Camille par la taille pour plaquer son dos contre le mur frais . Elle poussa un petit cri étouffé dans sa bouche quand il captura ses lèvres dans un baiser dévorant , plus urgent encore que celui dans la voiture . Maintenant qu'ils étaient cachés au monde , aucune retenue ne semblait plus nécessaire .
« Alors ? » murmura-t-il entre deux baisers mordants sur son cou , ses mains remontant déjà le long des courbes offertes par sa robe . « Tu voulais aller jusqu'au bout ? Tu voulais être prise ? Montre-moi . »
Ses doigts trouvèrent à nouveau le bord élastique de sa culotte , glissant dessous sans préambule cette fois-ci . Un gémissement rauque s'échappa d'elle lorsqu'il pénétra directement deux doigts en elle , retrouvant sans peine le chemin déjà humide et chaud .
« Comme ça ? » souffla-t-il contre son oreille , scotchant son corps au sien tandis que ses doigts s'enfonçaient avec autorité . « C'est ce que tu voulais ? Que je te prenne enfin ? »
« Oui… », haleta Camille , arc-boutée contre lui , ses ongles s'enfonçant dans les muscles tendus de ses épaules sous le tissu fin . Elle était perdue , abandonnée à cette sensation violente et salvatrice . « Prends-moi … Fais-le … Maintenant . »
Son ordre fut suivi d'un rire sombre et satisfait . Sa main libre partit à la conquête du zip dans son dos tandis que ses doigts continuaient leur travail implacable à l'intérieur d'elle .
La robe glissa lentement le long de ses épaules puis tomba silencieusement autour de ses chevilles comme un soupir noir , ne laissant plus entre elle et cet inconnu que des bas noirs transparents tirés haut sur les cuisses et cette petite culotte en dentelle que ses doigts foulaient déjà impatiemment depuis dessous .
Le regard brûlant posé sur elle détailla chaque centimètre exposé ; appréciant visiblement ce qu'il voyait — ces formes généreuses offertes juste pour lui — avant qu'il ne baisse enfin ce même regard vers cet entrejambe où il caressait activement .
Puis sans prévenir il retira brutalement ses doigts mouillés , faisant gémir Camille d'insatisfaction aiguë . Mais aussitôt après il agrippa fermement ces bas fragiles au niveau des hanches — déchirant net ces derniers ainsi que sa culotte avec elles — libérant complètement son intimité au contact glacé puis brûlant des mains maintenant occupées autre part : celles-ci déboutonnaient rapidement sa propre braguette pendant qu'elle restait là appuyée contre ce mur trop froid comparée à l'incendie ravageur qui couvait en elle…
Elle pouvait sentir contre sa cuisse nue quelque chose d'autre : durci , impatient…
Les yeux fermés elle attendait juste cet instant final où il entrerait ; où Mathis n'existerait plus que comme pensée lointaine…
Chapitre 19
« Regarde-moi », ordonna Mathieu d’une voix rauque.
Camille ouvrit les yeux. Dans la pénombre du vestibule, elle vit son regard fixé sur le sien, intense et possessif. Une main remonta pour lui saisir le menton, l’obligeant à maintenir ce contact.
« Je veux voir dans tes yeux le moment où tu cesses d’être à toi », dit-il.
Puis il se positionna. Le bout dur et chaud de son sexe heurta d’abord son entrée, cherchant, tâtonnant dans l’obscurité sensorielle. Camille gémit, ses hanches se cambrant d’elles-mêmes vers lui, dans un mouvement archaïque de quête. Dans ces moments-là, elle s’abandonnait complètement, comme à l’Extasia l’autre soir… elle voulait être prise, plus rien ne comptait plus que ça, se faire baiser.
« S’il te plaît… », supplia-t-elle, la voix brisée par le désir.
Il répondit par un grognement sourd et un coup de reins puissant. Il pénétra d’un seul mouvement profond, large, qui lui arracha un cri étouffé. Elle était si tendue, si avide, que la sensation fut à la fois un déchirement et un accomplissement parfait. Il s’enfonça jusqu’à la garde, remplissant l’espace vide qui la torturait depuis qu’elle avait quitté le club.
« Oh mon Dieu… », souffla-t-elle, les yeux révulsés un instant avant de retrouver son regard.
« C’est ça ? » demanda-t-il, immobile en elle, savourant l’étreinte brûlante et palpitante. « C’est ce que tu cherchais ? Te faire remplir par un inconnu ? »
Elle ne répondit que par un gémissement affirmatif, incapable de former des mots. Alors il commença à bouger. D’abord lentement, des va-et-vient mesurés qui faisaient grincer le mur derrière son dos. Chaque retrait était une torture, chaque poussée un soulagement brutal. Ses mains agrippèrent ses hanches pour accentuer chaque mouvement, ses doigts s’enfonçant dans sa chair moelleuse.
Le rythme s’accéléra rapidement. Les bruits de leurs corps qui claquaient l’un contre l’autre résonnaient dans l’appartement vide, mêlés à leurs souffles courts et à ses gémissements incontrôlés. Camille avait laissé tomber sa tête en arrière, les yeux fermés, totalement soumise aux sensations. La pensée de Mathis n’était plus qu’une ombre lointaine, chassée par la réalité physique écrasante de cette prise.
« Tu es tellement serrée », grogna Mathieu contre son cou, ses coups devenant plus violents. « Tu as besoin de ça, hein ? D’être baisée comme une salope ? »
Le mot vulgaire, au lieu de la blesser, acheva de la consumer. C’était exactement ça. Elle n’était plus que cela : un corps offert pour être pris. Elle hocha frénétiquement la tête.
« Oui ! Oui, c’est ça ! Vas-y ! »
Son encouragement le fit rugir. Il redoubla de force et de vitesse. Camille sentit la pression monter en elle, irrésistible, inexorable. Ses muscles se contractaient autour de lui à chaque enfoncement. Elle était au bord du gouffre, suspendue au mouvement régulier et impitoyable qui la pilonnait contre le mur.
Soudain, il glissa une main entre leurs corps frottés par la sueur et trouva son clitoris gonflé. Un simple effleurement circulaire suffit.
Ce fut trop. Le monde explosa en mille éclats silencieux. Un orgasme cataclysmique la traversa, volant son souffle, arrêtant le temps. Son corps se raidit en arc-de-cercle, muet sous le choc, puis fut secoué par des vagues convulsives qui semblaient ne jamais vouloir finir. Elle se vidait dans des spasmes interminables autour du sexe qui continuait de labourer son intimité avec une régularité mécanique.
Quelques secondes plus tard, alors qu’elle tremblait encore des derniers soubresauts de son plaisir, elle sentit Mathieu se bloquer en elle, profondément. Un long grognement rauque sortit de sa poitrine. Une chaleur liquide et abondante jaillit alors au plus profond de son ventre, pulvérisant tout reste de pensée. Il déchargeait en elle avec des soubresauts puissants, marquant son territoire intime du sceau brûlant de sa jouissance.
Lentement, il relâcha son étreinte et resta penché sur elle quelques instants, leur souffle haletant se mêlant dans l’air frais du vestibule. Puis il se retira doucement. Un filet tiède coula immédiatement le long de sa cuisse intérieure.
Camille glissa lentement le long du mur jusqu’à ce que ses fesses touchent le sol froid. Elle était épuisée, vidée, totalement anéantie. Mathieu s’accroupit devant elle, relevant doucement son visage avec deux doigts sous le menton.
« Tu vas bien ? »
Elle hocha faiblement la tête, incapable de parler encore. Elle allait bien. Mieux que bien. Elle était exactement où elle devait être : souillée, marquée, possédée. Et déjà, dans les profondeurs troubles de son être encore vibrant, une seule pensée émergeait : *Rentrer à la maison. Le raconter à Mathis. Voir brûler cette jalousie qui est notre nouvel amour.*
Chapitre 20
La chaleur liquide coulait toujours le long de sa cuisse intérieure, une traînée tiède et humiliante. Mathieu se relevait déjà, ajustant son pantalon avec un calme qui contrastait avec le chaos qui régnait en elle. Camille cligna des yeux, son esprit émergeant lentement du brouillard du plaisir. La première pensée claire fut une évidence : elle devait partir, rentrer, raconter. Mais une autre, plus sourde, se fit sentir dans le tremblement résiduel de ses muscles. Une dernière image. Une dernière preuve à s’offrir à elle-même.
Elle se leva, les jambes flageolantes, et ignora la porte de sortie. Au lieu de cela, elle se dirigea d’un pas traînant vers le grand canapé en cuir noir au centre de la pièce vide. La lumière d’un réverbère filtrait par la baie vitrée, traçant un rectangle pâle sur le sol.
« Tu t’en vas pas ? » demanda Mathieu, la voix encore un peu rauque.
Sans répondre, elle s’arrêta face au canapé. Elle le sentait la regarder, peser ses intentions. Puis, lentement, avec une indécence calculée qui lui fit monter un sourire aux lèvres, elle se pencha en avant. Ses mains s’agrippèrent au dossier du canapé, écartant ses bras. Elle cambra le dos, offrant à la pénombre la courbe pleine et généreuse de ses fesses, encore luisantes de sueur et des traces de leur union. Sa robe, simplement remontée sur ses hanches, ne cachait plus rien. Elle était ouverte, exposée, complètement vulnérable et délibérément provocante.
« Putain », souffla Mathieu dans son dos.
Elle entendit le bruit de sa fermeture Éclair qu’on abaissait à nouveau. Un frisson de triomphe sale la parcourut. Il n’avait pas résisté. Personne ne résistait à cela.
« Tu veux me regarder une dernière fois ? » murmura-t-elle, tournant à peine la tête sur le côté. Sa joue était pressée contre le cuir froid. « Tu veux voir à quoi ressemble ta salope, bien remplie, et prête à l’être encore ? »
Il était déjà derrière elle. Elle sentit la chaleur de son corps, puis la pression du bout de son sexe, déjà dur à nouveau, contre son entrée meurtrie et sensible. Elle était si ouverte, si offerte, qu’il pénétra sans effort, d’une longue poussée fluide qui lui arracha un gémissement aigu.
« Ouais, je veux voir », gronda-t-il, ses mains s’agrippant à ses hanches avec une force possessive.
Et il se mit à bouger. Cette fois, ce n’était pas la frénésie du mur. C’était un rythme profond, lancinant, presque contemplatif. Chaque va-et-vient était mesuré pour qu’elle sente tout : la plénitude, le frottement, le glissement des fluides entre eux. Elle ferma les yeux, se concentrant sur cette sensation de being used, d’être un simple réceptacle pour son désir.
« Dis-moi ce que tu ressens », ordonna-t-il.
« Je… je te sens tout au fond », haleta-t-elle, les mots lui échappant dans des souffles courts. « Je sens que tu m’as marquée. Et que tu recommences. »
Il accéléra légèrement, les coups devenant plus francs. « Et ton mec ? Il va sentir ça aussi ? Il va sentir que t’es pleine de moi ? »
L’évocation de Mathis, au lieu de la refroidir, jeta de l’huile sur le feu. Un spasme violent la parcourut.
« Oui ! » cria-t-elle. « Il va tout sentir ! Il va tout savoir ! »
C’était ça. C’était exactement ça. La trahison comme aphrodisiaque ultime. La pensée de rentrer vers Mathis, imprégnée de cet homme, la fit monter d’un coup. La pression explosa en elle sans préavis. Son orgasme la frappa comme une vague de fond, silencieux et dévastateur. Son corps se contracta violemment autour de lui, une étreinte pulsatile qui sembla l’aspirer plus profondément encore. Elle trembla de la tête aux pieds, muette, les ongles enfoncés dans le cuir.
Quelques secondes plus tard, il suivit. Un grognement étouffé, puis le jaillissement brûlant au plus profond de son ventre. Il resta planté en elle, déchargeant par à-coups puissants tandis qu’elle recevait chaque pulsation avec un frémissement extatique.
Quand il se retira enfin, elle s’effondra sur le canapé, le visage enfoui dans le coussin. Elle était ruinée, doublement remplie, vidée de toute volonté.
Mathieu s’assit lourdement à côté d’elle après s’être rhabillé. Il passa une main dans ses cheveux en sueur.
« Tu es… incroyable », dit-il simplement.
Camille tourna la tête vers lui. Dans la lueur faible, elle vit son regard, plus tendre maintenant.
« C’était ce qu’il me fallait », murmura-t-elle avec un petit sourire épuisé mais vrai.
Il hocha la tête, comprenant qu’il n’était qu’un chapitre dans une autre histoire. Il l’aida à se relever et à rajuster sa robe. Le trajet de retour serait long, chaque pas lui rappelant la possession dont elle était porteuse. Et chaque souvenir allait être une arme délicieuse à brandir devant Mathis.
Chapitre 21
Camille resta affaissée sur le canapé de cuir, les jambes molles, le bas-ventre encore palpitant et lourd de la seconde décharge de Mathieu. La logique lui soufflait de se lever, de partir, de courir vers Mathis et sa jalousie brûlante. Mais son corps refusait. Une étrange torpeur, douce et collante, la clouait sur place. Ce n’était pas de la fatigue, mais un attachement physique immédiat, presque animal, à l’homme qui venait de la posséder.
Mathieu s’était rassis près d’elle, silencieux. Elle tourna la tête. Dans la pénombre, son profil était net. Elle tendit une main, posa ses doigts sur sa joue. Il se tourna vers elle, surpris.
« Embrasse-moi », murmura-t-elle, la voix rauque.
Il ne demanda pas pourquoi. Il se pencha et prit ses lèvres dans un baiser profond, lent, explorateur. Ce n’était plus la voracité du début. C’était un baiser de reconnaissance, presque tendre. Le goût d’eux-mêmes, salé et métallique, se mêlait sur leurs langues. Camille s’y abandonna, gémissant faiblement dans sa bouche. Quand ils se séparèrent pour respirer, elle chercha immédiatement ses lèvres à nouveau.
« Encore », souffla-t-elle contre sa bouche.
Il l’embrassa de nouveau, plus longuement, une main remontant dans ses cheveux pour lui tenir la nuque. Elle se blottit contre lui, son corps épuisé cherchant sa chaleur. Elle avait l’impression de vouloir s’imprégner de lui, de cette sensation d’être *autre* qu’avec Mathis. Chaque baiser était un prolongement de la possession, une façon de retarder le moment où elle redevient Camille-la-fidèle, celle qui rentre à la maison.
Ils restèrent ainsi un long moment, échangeant des baisers languides et humides, leurs respirations synchrones. Finalement, c’est Mathieu qui rompit le charme, s’écartant de quelques centimètres.
« Il faut que tu y ailles, non ? » dit-il doucement, en essuyant du pouce un peu de baver à la commissure de ses lèvres.
Camille ferma les yeux, un conflit bref traversant son visage. Puis elle les rouvrit, son regard bleu accrochant le sien avec une franchise déconcertante.
« Oui. Mais… tu veux qu’on se revoit ? »
La question suspendit l’air entre eux. Mathieu la dévisagea, cherchant le piège, l’ambiguïté. Il ne vit qu’un désir brut et une vulnérabilité candide.
« Tu es sérieuse ? » demanda-t-il, méfiant. « Avec ton mec qui t’attend, et toute cette histoire… »
« C’est *à cause* de toute cette histoire », coupa-t-elle avec une petite pointe d’impatience dans la voix. « Ça fait partie du… du jeu. Et puis… » Elle baissa les yeux sur ses mains, puis les releva vers lui. « J’ai aimé ça. Vraiment. Pas seulement l’acte. Toi aussi. »
Un sourire traça une ligne sur le visage de Mathieu. Il semblait à la fois flatté et conscient des complications.
« Tu es une sacrée surprise, tu sais », admit-il. Il prit son menton entre ses doigts. « Oui. Je veux bien te revoir. À une condition : que tu sois claire avec moi sur les règles. Ton mec est au courant ? Il est… d’accord ? »
Camille hocha la tête, un frisson d’excitation parcourant son échine à évoquer ainsi leur arrangement toxique.
« Il est au courant. Il attend que je rentre pour tout lui raconter. En détail. » Sa voix se fit plus basse, confidentielle. « Ça l’excite. Et moi aussi. »
Mathieu siffla doucement entre ses dents. « Bordel. Vous êtes un couple spécial. » Il réfléchit un instant. « D’accord. On peut se revoir. Mais c’est moi qui choisis le moment et l’endroit la prochaine fois. D’accord ? Un peu de contrôle de ma part dans cette folie. »
Le terme « contrôle » fit briller les yeux de Camille d’un éclat particulier. Elle acquiesça.
« D’accord. »
Il se leva et l’aida à se mettre debout. Ses jambes flanchèrent légèrement. Il la retint fermement par la taille, son odeur musquée l’enveloppant une dernière fois.
« Alors va-t’en maintenant », dit-il en posant un dernier baiser rapide sur son front. « Va raconter ton aventure à ton jalous. Et pense à moi quand il te prendra ce soir. »
Ces mots furent comme un coup de fouet final. Camille se redressa, sentant un regain d’énergie perverse. Elle ajusta sa robe, sentant le liquide tiède couler encore un peu entre ses cuisses. C’était sa preuve. Son trophée.
« Je penserai à toi », promit-elle avec un sourire qui n’était plus du tout tendre. « À chaque coup. »
Elle se dirigea vers la porte, traînant ses talons sur le sol nu. Le trajet du retour allait être un long chemin pour savourer chaque détail, pour aiguiser chaque mot qu’elle dirait à Mathis. L’aventure avec Mathieu était terminée. Mais ce n’était que le premier chapitre. Et maintenant, elle avait une suite à lui promettre avant même d’être rentrée chez elle
Chapitre 22
L’ascenseur descendait avec une lenteur calculée, le miroir à l’arrière renvoyant à Camille l’image d’une femme défaite, mais triomphante. Son reflet était flou au bord de ses yeux brillants. Elle sentait encore le poids liquide de Mathieu entre ses cuisses, une sensation chaude et indécente qui la suivait à chaque pas. Elle avait aimé. Vraiment. Mais alors que les étages défilaient, un froid s’insinuait dans sa poitrine.
« Fallait-il tout dire à Mathis ? »
La question tournait en boucle, syncopée par le bourdonnement de la cabine. Elle avait promis. Le jeu reposait sur cette transparence corrosive, cette jalousie nourrie au détail cru. Mais là, dans le silence métallique de l’ascenseur, la peur la rattrapait. Elle venait de franchir une ligne. Ce n’était plus une scène de club, anonyme, collective. C’était un rendez-vous. Une complicité. Un deuxième round. Elle avait donné son numéro, accepté de le revoir. Elle avait *voulu* le revoir.
La porte s’ouvrit sur le hall désert. L’air nocturne, plus frais, la frappa au visage. Elle marcha vers sa voiture, ses talons claquant sur le bitume comme un compte à rebours. Chaque pas faisait remonter en elle un souvenir précis : le goût de la bouche de Mathieu, l’autorité de ses mains sur ses hanches, le moment où elle s’était abandonnée, *vraiment* abandonnée, en oubliant jusqu’à l’existence de Mathis.
C’était ça, la trahison. Pas le sexe. L’oubli.
Elle s’installa au volant, les mains tremblantes sur le cuir froid. Elle alluma le moteur mais ne bougea pas. Les réverbères projetaient une lumière orange sur le tableau de bord.
« Et s’il ne le supportait pas ? » murmura-t-elle dans le silence de l’habitacle.
Sa propre voix lui fit peur. Elle avait joué avec un feu qu’elle croyait maîtriser, le feu de leur désir mutuel, de leur pacte tordu. Mais si, au lieu d’attiser les flammes, elle venait de jeter de l’huile ? Si la jalousie de Mathis cessait d’être un jeu excitant pour devenir une blessure réelle, inguérissable ? L’image de son regard, plus tard, dans leur salon – non pas brûlant de désir, mais vide de déception – la traversa comme un coup de couteau.
Elle posa sa tête sur le volant. Un frisson la secoua. Elle ne voulait pas le perdre. Jamais. Cette peur était mille fois plus terrifiante que n’importe quel tabou franchi.
Puis, un souvenir émergea, net et cruel : sa propre voix, quelques heures plus tôt, lui disant avec un sourire de défi : *« Ça l’excite. Et moi aussi. »*
Elle releva la tête. Ses yeux, dans le rétroviseur, avaient changé. La peur était toujours là, palpable, mais elle était désormais mêlée à une détermination sourde. L’angoisse était le prix à payer. L’assumer faisait partie du jeu. Peut-être même en était-elle l’ingrédient le plus intense.
Elle sortit son téléphone. Sa main hésita un instant au-dessus de l’écran noir. Puis, d’un geste ferme, elle composa un message à Mathis, ses doigts tapant vite, comme si elle pouvait perdre courage.
*« Je rentre. Je suis… pleine de lui. De son goût, de sa trace. Tu veux tout savoir ? Même les choses qui font mal ? »*
Elle envoya le message avant de pouvoir réfléchir. Le point de non-retour était franchi, une seconde fois. Maintenant, il ne restait plus qu’à conduire, à traverser la ville, et à affronter le regard de l’homme qu’elle aimait, portant sur elle la marque indélébile d’un autre.
Chapitre 23
La clé tourna dans la serrure avec un cliquetis démesurément bruyant. Camille poussa la porte de leur appartement et le silence l’accueillit, plus lourd que toutes les musiques du monde. Dans l’entrée, seule une veilleuse diffuse baignait les murs d’une lueur orangée. Elle se figea sur le seuil.
Mathis était là, adossé au chambranle de la porte du salon. Il ne portait qu’un jean, la ceinture ouverte, le torse nu. Il la dévisageait, immobile, son visage un masque de tension contenue. Ses yeux sombres parcoururent son corps, de ses cheveux défaits à ses jambes nues.
« Tu es rentrée », dit-il, d’une voix trop plate.
Elle hocha la tête, incapable de produire un son. Sa main lâcha son sac à main qui tomba mollement sur le parquet. Elle se sentait exposée, vulnérable sous ce regard scrutateur. C’est alors qu’elle réalisa pleinement son état. Sa robe était froissée, et en dessous… rien. Un vide coupable. Elle serra instinctivement les cuisses, un geste qu’il remarqua aussitôt.
« Tu n’as plus de culotte », constata-t-il. Ce n’était pas une question.
« Non », murmura-t-elle, la gorge serrée.
« Et tes collants ? »
« Ils… ils étaient déchirés. Je les ai enlevés. Dans sa voiture. Avant… » La phrase se perdit dans un souffle. La honte montait en elle, chaude et écrasante, mais elle y sentait aussi, perversement, un frisson d’excitation à lui avouer ça.
Il avança d’un pas, lentement, comme on approcherait un animal sauvage. L’espace entre eux se réduisit, chargé d’électricité statique.
« Montre-moi », ordonna-t-il, sa voix gagnant une basse rauque.
Le cœur battant à tout rompre, Camille saisit l’ourlet de sa robe noire. D’un geste qui tremblait à peine, elle le souleva, révélant la peau pâle de ses cuisses, puis le triangle sombre et humide de son sexe, totalement exposé. L’air frais de l’appartement caressa sa chair sensible, lui rappelant brutalement chaque contact, chaque pénétration récente. Elle vit les yeux de Mathis se dilater, fixés sur cette intimité offerte, souillée.
« Il t’a prise comme ça ? » gronda-t-il. « Sans rien ? »
Elle hocha à nouveau la tête, des larmes d’émotion brute brillant au bord de ses cils. « Oui. Deux fois. La deuxième… c’était encore plus intense. Je n’ai pas pu résister. »
Un grognement sourd lui échappa. Il referma la distance d’un bond et ses mains agrippèrent ses hanches, ses doigts s’enfonçant dans sa chair avec une possessivité sauvage. « Et tu l’as aimé ? »
« Oui », avoua-t-elle dans un souffle, son front contre son torse. « J’ai oublié tout. Même toi. Pendant un moment, je n’étais plus que ça. »
La confession tomba comme un couperet. Elle s’attendait à de la colère, à de la violence. Mais ce fut pire : il se mit à trembler. Une vibration profonde qui parcourut tout son corps contre le sien.
« Tu sens encore… tu sens encore *lui* », chuchota-t-il avec une fureur désespérée en enfouissant son visage dans son cou. Il huma sa peau, puis glissa une main entre ses cuisses encore écartées par sa posture.
Camille gémit lorsque ses doigts rencontrèrent la moiteur chaude, le fluide épais qui la liait encore à un autre homme. « Mathis… »
« Tais-toi », coupa-t-il, mais sans dureté réelle. Il y avait dans sa voix une supplication rauque. Il retira ses doigts brillants et les porta à ses propres lèvres, goûtant le résidu de Mathieu sur elle avec une expression de dégoût et d’extrême excitation mêlés. « Je veux tout savoir. Maintenant. Chaque détail. Chaque mot qu’il a dit. Chaque endroit où il t’a touchée. »
Puis il l’embrassa. Ce fut un baiser brutal, possessif, assoiffé. Un baiser qui voulait à la fois punir et reprendre possession. Il goûta le souvenir d’un autre sur sa langue et cela sembla le rendre fou. Il la souleva comme une plume, ses mains sous ses fesses nues, et la porta contre le mur du couloir. Le choc fut rude contre son dos.
« Parle », ordonna-t-il entre deux baisers mordants sur sa bouche, son cou, tandis que sa main gauche maintenait fermement sa cuisse pour l’ouvrir davantage. De l’autre main, il défit rapidement son jean. « Raconte-moi comment il t’a baisée pendant que je te reprends. »
La crudité des mots, l’urgence dans ses gestes firent céder les derniers barrages en elle. L’excitation submergea la honte. Elle lui parla à l’oreille, d’une voix haletante et basse, tandis qu’il alignait son sexe dur et impatient contre le sien, trempé et accueillant.
« Il m’a mise sur le canapé… Il était si sûr de lui… Il a pris son temps pour me toucher partout… » Elle sentit Mathis pénétrer en elle d’un coup puissant, comblant le vide qu’un autre avait creusé. Elle cria, s’accrochant à ses épaules. « Oh mon Dieu… comme ça… Il est entré exactement comme ça… »
« Continue », gronda-t-il, commençant une cadence profonde et brutale contre le mur, chaque poussée un marqueur territorial.
« Il me tenait par les hanches… il allait plus vite… je ne pensais plus à rien… » Les mots se brisaient en sanglots de plaisir alors qu’elle sentait son propre corps répondre avec une avidité traîtresse à cette reprise violente. La jalousie de Mathis était un feu tangible qui les consumait tous les deux.
Son rythme s’emballa. Il plongea son visage dans son cou, murmurant des mots incohérents – de la colère, de la passion, de la possession pure. Camille sentit la tension monter en elle à une vitesse vertigineuse, amplifiée par les confessions salissantes et le sentiment écrasant d’être désirée à ce point extrême.
« J’ai joui pour lui », avoua-t-elle dans un dernier souffle provocateur, les yeux dans les siens. « Deux fois. Très fort. Et il est venu en moi… profondément… »
Ce fut l’étincelle finale. Avec un rugissement étouffé qui venait du plus profond de ses entrailles, Mathis explosa en elle. Des ondes de choc brutales parcoururent son corps tandis qu’il se vidait par pulsions brûlantes au plus intime d’elle, comme pour noyer, recouvrir toute autre trace. Camille suivit instantanément, emportée par le tourbillon émotionnel et physique. Son orgasme fut un cataclysme silencieux qui la plia en deux contre lui, un spasme prolongé qui sembla arracher toute culpabilité de son corps pour ne laisser qu’une sensation pure, terrible et partagée.
Longtemps après que les dernières vagues se furent dissipées, ils restèrent ainsi, scellés ensemble contre le mur, haletants et trempés de sueur. Son sexe palpitait encore doucement autour de lui alors qu’il demeurait en elle. Il posa enfin son front contre le sien, son souffle brûlant sur ses lèvres.
« Tu es à moi », murmura-t-il d’une voix éraillée par l’émotion. Ce n’était plus un ordre ni une menace. C’était un constat effrayé et émerveillé.
« Oui », chuchota-t-elle en retour, des larmes coulant enfin librement sur ses joues. Elle les sentit salées sur leurs bouches mêlées. Elle était à lui. Plus que jamais précisément parce qu’elle avait appartenu à un autre devant ses yeux. Le paradoxe était leur nouvelle vérité, leur pacte scellé dans la jalousie consommée jusqu’à l’os.
Chapitre 24
Mathis la guida, encore tremblante, jusqu’au salon. Ses doigts serraient son poignet avec une fermeté nouvelle. Il tira une chaise du coin repas, la plaça au centre de la pièce, et s’assit sans un mot. Le claquement du bois sur le carrelage résonna comme un ordre.
« Viens », dit-il, la voix rauque.
Camille obéit, les jambes flageolantes. Il l’attrapa par la taille, la coucha ventre sur ses genoux. Sa robe remonta d’un coup, dévoilant ses fesses nues à la lumière tamisée. La fraîcheur de l’air sur sa peau moite la fit frissonner. Elle sentit son sexe encore humide contre le jean de Mathis.
« Tu crois que je vais te laisser t’en tirer comme ça ? » murmura-t-il en passant une main lourde sur la courbe offerte. « Après ce que tu m’as fait ? Après ce que tu m’as raconté ? »
Elle déglutit, le cœur battant à tout rompre. « Je… je suis prête. »
« Tu vas compter », ordonna-t-il. Sa main se leva, retomba. La gifle claqua, sèche, sur sa fesse gauche. La douleur cuisante l’arracha à ses pensées. « Un. »
Elle haleta, les doigts crispés sur le pantalon de Mathis. Une seconde gifle, plus forte, sur l’autre fesse. « Deux. »
Sa peau chauffait, s’empourprait. Chaque coup la tirait hors d’elle-même, la réduisait à une sensation brute. Il frappa encore, alternant, rythmant ses questions. « Combien d’hommes ? Trois, quatre ? »
« Deux… » hoqueta-t-elle. Gifle. « Mais deux fois chacun… »
Sa main s’immobilisa sur la chair brûlante. Il caressa doucement la zone rougie, un contraste presque tendre. « Tu aimes ça, hein ? Être punie comme une petite fille désobéissante ? »
Elle gémit, les mots coincés dans sa gorge. Oui, elle aimait. La douleur et la honte se mêlaient à une excitation viscérale.
« Réponds », gronda-t-il.
« Oui, » avoua-t-elle dans un souffle.
Il la retourna d’un geste brusque, la coucha sur le dos en travers de ses genoux, ouvrant ses cuisses. Son sexe gonflé, trempé, luisait sous la lumière. Il glissa deux doigts en elle sans prévenir, la faisant gémir plus fort.
« Tu vas jouir pour moi maintenant », dit-il en accélérant le va-et-vient. « Et tu vas penser à ma main sur ton cul pendant que tu te répands. »
Camille cria sous la double sensation. Sa main libre frottait son clitoris en cercles précis, tandis que ses doigts la pilonnaient. Elle sentit la chaleur monter, irrésistible, amplifiée par la brûlure de ses fesses.
« Je… je vais… »
« Jouis », ordonna-t-il.
L’orgasme la frappa de plein fouet, un spasme qui la tordit sur ses genoux. Elle cria son nom, les yeux fermés, tandis que les vagues la submergeaient, emportant toute conscience du monde. Longtemps après, elle resta blottie contre lui, haletante, la joue contre sa cuisse.
Il retira ses doigts, les porta à ses lèvres, les lécha lentement. « C’est bien », murmura-t-il. « Tu es pardonnée. Pour ce soir. »
Chapitre 25
La vie de couple avait repris son cours, une semaine étrangement calme et tendue à la fois. Les routines les berçaient : le café du matin, les départs au travail, les repas partagés dans la cuisine trop blanche. Mais sous cette surface domestique, la tension couvait, chargée du secret que Camille gardait au fond de son sac, vibrante et brûlante.
Elle avait donné son numéro à Mathieu.
La veille, alors que Mathis était sous la douche, elle avait sorti le petit carnet en cuir noir de son sac. Elle l’avait regardé longuement, le poids de la trahison future au creux de sa main. Puis, d’une écriture rapide, elle avait griffonné ses dix chiffres sur un Post-it, avant de le glisser dans la poche de son jean. Elle l’avait donné à Mathieu dans un dernier baiser fiévreux, contre la portière de sa voiture. « Appelle-moi », avait-elle murmuré, et il avait hoché la tête, un sourire entendu aux lèvres.
Ce matin-là, alors que Mathis étalait de la confiture sur ses tartines, le téléphone de Camille vibra sur la table. Une courte secousse qui fit tinter son verre de jus d’orange.
Mathis leva les yeux. « Tôt pour un SMS. »
« C’est sûrement ma mère », mentit-elle, le cœur soudain emballé. Elle attrapa l’appareil, dissimulant l’écran du creux de sa main.
Le message s’affichait, bref et sans ambiguïté. *Inconnu : « Jeudi 20h. Même endroit. Cette fois, tu porteras ce que je te dirai. Ne sois pas en retard. »*
Un frisson lui parcourut l’échine, mêlé de peur et d’une excitation immédiate, coupable. Mathieu prenait le contrôle, comme promis.
« Tout va bien ? » demanda Mathis, sa voix trop neutre.
Camille leva les yeux, croisant son regard brun qui la scrutait. Elle sentit un afflux de chaleur à son visage. Elle aurait dû détourner les yeux, jouer l’indifférence. Mais quelque chose en elle se cabra, désireux de voir la réaction qu’elle allait provoquer.
« C’est lui », avoua-t-elle doucement, posant délibérément le téléphone face visible sur la nappe en plastique.
Le silence tomba comme une lame. Mathis cessa de mâcher. Ses doigts se refermèrent lentement autour de son couteau à beurre. Elle vit ses jointures blanchir.
« Il… il a déjà ton numéro ? » demanda-t-il enfin, d’une voix étranglée.
Camille hocha la tête, incapable de prononcer un mot.
« Et il te donne rendez-vous ? »
« Oui. Jeudi. » Sa propre voix lui parut lointaine.
Mathis reposa son couteau avec un cliquetis précis. Il se leva, contourna la table et vint se planter devant elle. Il ne la toucha pas, mais sa présence était écrasante.
« Montre-moi », ordonna-t-il.
Elle déverrouilla l’écran et lui tendit le téléphone. Il lut le message, ses traits se durcissant à chaque mot. L’air entre eux devenait électrique, chargé d’une jalousie brute qui sentait le soufre et le sexe.
« “Tu porteras ce que je te dirai” », répéta-t-il, les mots caressant dangereusement ses lèvres. Ses yeux plongèrent dans les siens. « Tu comptes y aller ? Comme ça ? En suivant ses ordres ? »
Camille sentit un émoi liquide et brûlant couler en elle. Elle releva le menton, défiant.
« Tu veux que j’y aille ? »
Il émit un grognement sourd, entre rage et désir. Sa main se referma enfin autour de sa nuque, pas doucement. Il l’attira vers lui, jusqu’à ce que leurs bouches ne soient qu’à un souffle l’une de l’autre.
« Je veux que tu aies si peur de ce qu’il va te faire que tu sois trempée rien qu’en y pensant », gronda-t-il contre ses lèvres. « Je veux que tu passes ta journée à imaginer ses mains sur toi, à te demander ce qu’il va t’obliger à porter, comment il va te prendre. Et je veux que tu rentres ici après, pleine de lui, et que tu me racontes tout. Chaque détail. En me regardant dans les yeux pendant que je te reprendrai. »
Son haleine était chaude, chargée de café et de colère noire. Camille frémit de tout son être, son sexe se contractant violemment dans son jean.
« Alors… alors je dois y aller ? » chuchota-t-elle, déjà perdue.
Mathis écrasa ses lèvres contre les siennes dans un baiser qui était une punition et une promesse. Un baiser qui goûtait la possession et le partage forcé.
« Oui », murmura-t-il en se détachant, les yeux brillants d’un feu sombre. « Tu y vas. Maintenant, finis ton café. Tu as une longue journée d’attente devant toi. »
Chapitre 26
La journée de jeudi fut un supplice raffiné. Chaque minute suintait l’attente, collante et anxiogène. À son bureau, les chiffres dansaient devant les yeux de Camille, insaisissables. Elle ne pensait qu’à ça. À l’heure qui approchait. Au message de Mathieu, toujours là, brûlant dans la mémoire de son téléphone. *« Tu porteras ce que je te dirai. »* Mais il n’avait rien dit de plus. Ce silence était la pire torture.
À midi, son portable vibra enfin. Son estomac se noua.
*Inconnu : « Une petite robe. Courte. Et pas de culotte. »*
Les mots s’incrustèrent dans son crâne. Pas de culotte. Une simple instruction, mais qui la livrait complètement. Elle fixa l’écran, une vague de chaleur lui montant aux joues, suivie d’un froid soudain dans le bas-ventre. Elle aurait pu l’ignorer. Elle aurait dû.
« Tu déjeunes ? »
Elle sursauta. Cécile, sa collègue, se tenait sur le seuil. Camille plaqua le téléphone à l’envers sur le bureau.
« Euh… non. Pas faim. »
Cécile haussa un sourcil. « Ça ne va pas ? Tu es toute pâle.
— Si, si. Juste… une migraine. »
La journée continua, lente comme un poison. Sa peur était un animal vivant dans sa poitrine, qui griffait ses côtes à chaque fois qu’elle visualisait la soirée. L’appartement de Mathieu. Lui, qui prendrait le contrôle. Mathis, qui attendrait son retour pour la reprendre. Le jeu dépassait les bornes, il pouvait tout briser. Et pourtant… entre ses cuisses, une pulsation sourde et humide répondait à chaque vague d’angoisse. Son corps trahissait sa peur, la transformant en désir.
Elle rentra plus tôt que d’habitude. L’appartement était vide, silencieux. Elle se planta devant son armoire, le cœur battant la chamade. Ses doigts effleurèrent les cintres avant de s’arrêter sur une robe en jersey noir, simple, qui tombait à mi-cuisse. Celle-là.
Elle se doucha lentement, essayant de se rassurer sous le jet brûlant. Mais elle savait que c’était inutile. En sortant, elle enfila la robe. Le tissu glissa sur sa peau encore humide, léger, impudique. Elle baissa les yeux sur ses jambes nues, puis passa la main sous l’ourlet du tissu. Rien. Juste la peau lisse et chaude de son pubis, déjà sensible au contact de ses propres doigts. Un frisson de honte et d’excitation la parcourut.
Le buzzer de l’interphone grésilla, la faisant sursauter.
« Camille ? »
La voix de Mathis, tendue.
Elle pressa le bouton pour déverrouiller la porte d’entrée, les mains moites. Elle l’entendit monter les marches, deux à deux. La porte du loft s’ouvrit brutalement.
Il était là, le souffle un peu court, comme s’il avait couru. Son manteau était encore ouvert. Il la balaya du regard, des pieds nus jusqu’à son visage sans maquillage. Ses yeux s’attardèrent sur le pli de sa robe, là où le tissu épousait ses hanches.
« Alors ? » demanda-t-il simplement, sa voix étrangement calme.
Camille croisa les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger.
« Il a envoyé un message », dit-elle, la gorge serrée.
Mathis hocha lentement la tête, ses yeux sombres ne la quittant pas.
« Je sais ce qu’il veut que tu portes ? » Il fit un pas vers elle. L’odeur du froid et de lui envahit l’entrée.
Elle détourna les yeux, incapable de soutenir son regard. « Une robe courte », murmura-t-elle.
Il était maintenant tout près d’elle. Sa main se leva, effleura l’épaule dénudée par le décolleté bateau de la robe.
« Et c’est tout ? » chuchota-t-il contre sa tempe.
Elle ferma les yeux. Le mensonge pesait trop lourd.
« Non », avoua-t-elle dans un souffle. « Pas… pas de culotte. »
L’air sembla se solidifier entre eux. Puis elle sentit la main de Mathis glisser derrière sa nuque, douce et ferme à la fois.
« Montre-moi », ordonna-t-il, sa voix maintenant empreinte d’une gravité qui la fit trembler.
Les yeux toujours fermés, Camille saisit l’ourlet de sa robe noire entre ses doigts tremblants. Lentement, elle releva le tissu jusqu’à ses hanches, exposant le triangle sombre de sa toison et la peau nue en dessous à la lumière crue du couloir et au regard de son mari.
Elle entendit son inspiration coupée, nette comme une gifle.
« Putain », souffla-t-il.
Ce n’était ni un juron de colère ni de désir pur. C’était quelque chose de plus profond, de plus troublé : la constatation brutale qu’elle avait déjà obéi aux ordres d’un autre homme, qu’elle se présentait ainsi à lui, prête à être livrée.
« J’ai peur, Mathis », chuchota-t-elle enfin, les yeux pleins de larmes qu’elle refusait de laisser couler. « J’ai tellement peur que ça casse tout… nous. »
Il resta silencieux un long moment, sa main toujours contre sa nuque, son autre main suspendue dans l’air comme s’il hésitait à toucher cette peau offerte.
« Moi aussi », admit-il enfin, d’une voix rauque. « Mais c’est déjà fait, Stéph. Tu es déjà là. Trempée pour lui avant même de partir. »
Il n’avait pas tort. La preuve coulait entre ses cuisses, chaude et indécente. Elle baissa la tête, écrasée par cette vérité humiliante et excitante.
« Alors… j’y vais ? » demanda-t-elle une dernière fois, cherchant dans ses yeux un interdit salvateur qu’elle savait ne pas vouloir vraiment entendre.
Mathis pencha son front contre le sien, leurs respirations se mêlant.
« Tu y vas », confirma-t-il, ses mots empreints d’une résignation douloureuse et désireuse. « Et je serai ici quand tu rentreras. À t’attendre. Maintenant… habille-toi pour partir. »
Il recula alors, brisant le contact. Il tourna les talons et se dirigea vers la cuisine sans un regard en arrière, lui laissant affronter seule les dernières minutes avant le rendez-vous, tremblante dans sa robe noire et sa nudité coupable.
Chapitre 27
Camille était perdue dans la spirale de son propre choix, l’estomac noué. Elle devait aller là-bas. Elle devait franchir cette porte, s’enfoncer encore plus loin dans le jeu. La peur était un bloc de glace dans sa poitrine, mais entre ses cuisses, une chaleur liquide et insistante répondait à chaque battement de son cœur. Elle avait obéi. La robe noire, courte. L’absence de sous-vêtements. Son corps était déjà une trahison offerte.
La voiture de Mathieu était une tache sombre au bord du trottoir. Elle approcha, ses pas feutrés sur l’asphalte humide. La vitre conducteur s’abaissa.
« Tu es à l’heure », dit sa voix, neutre, depuis l’intérieur obscur.
Elle s’arrêta à la portière, incapable de répondre. Il la détailla du regard, un lent parcours qui partit de ses cheveux lâches jusqu’à l’ourlet de sa robe, à mi-cuisse.
« Ouvre la portière arrière et monte », ordonna-t-il.
Ce n’était pas une invitation. C’était une instruction. Elle obéit encore, ses doigts tremblants trouvant la poignée. L’intérieur sentait le cuir neuf et un parfum épicé, masculin. Elle s’assit sur la banquette, le tissu de sa robe remontant encore plus haut sur ses cuisses.
Mathieu ne démarra pas tout de suite. Il tourna la tête, son profil dur découpé par la lueur d’un réverbère.
« Tu as bien fait de venir », dit-il, et cette fois, une pointe de satisfaction teinta sa voix.
« Et si je n’étais pas venue ? » parvint-elle à chuchoter.
Il eut un petit rire bref. « Mais tu es venue. Parce que tu le voulais. Parce que ton mari le voulait aussi. » Il se pencha en arrière, son bras reposant sur le dossier du siège passager. « Maintenant, allonge-toi sur le siège. »
Son souffle se bloqua. « Ici ? Dans la rue ? »
« La vitre est teintée. Allonge-toi. »
La panique lui griffa la gorge, mais son corps, lui, bougea déjà. Elle se laissa glisser sur le dos, ses épaules contre le cuir froid. La robe se déplaça, exposant la totalité de ses cuisses, la pâleur de sa peau dans la pénombre.
Elle vit son bras se tendre vers elle, sa main large venir se poser à plat sur son ventre, à travers le jersey fin. Le contact la fit sursauter.
« Calme-toi », murmura-t-il, et ses doigts s’enfoncèrent doucement dans son abdomen, un poids chaud et possessif. Puis ils commencèrent à remonter, très lentement, vers le bas de son ventre, vers le renflement de son pubis sous le tissu. « Tu es déjà mouillée, je parie. »
Elle ferma les yeux, incapable de soutenir son regard. Sa main s’arrêta là, à l’endroit où la tension était la plus vive, et appuya d’une pression circulaire, sourde. Un gémissement étouffé s’échappa de ses lèvres.
« Je ne vais pas te toucher. Pas encore », dit-il, et le « encore » résonna comme une promesse menaçante. « Je veux juste sentir. Sentir à quel point ton corps est excité de faire ça. De me désobéir à lui. »
Ses doigts pressaient toujours, transmettant une chaleur brutale à travers le tissu. Elle était à sa merci, étendue dans l’espace confiné de la voiture, offerte. Elle pensa à Mathis, qui attendait à la maison, qui avait exigé qu’elle y aille. Cette main sur elle était aussi la sienne.
Mathieu retira sa main. Le soulagement fut immédiat, aussitôt remplacé par un vide douloureux.
« On y va », annonça-t-il en se retournant vers le volant.
Le moteur rugit doucement. La voiture s’éloigna du trottoir, emportant Camille vers l’inconnu, son corps encore vibrant de l’empreinte de sa main, son désir et sa peur inextricablement mêlés en un seul nœud brûlant dans le creux de son ventre.
Chapitre 28
La voiture roulait dans le silence, seulement troublé par le léger vrombissement du moteur. Allongée sur la banquette arrière, Camille fixait le plafond sombre, la sensation de la main de Mathieu encore imprimée en creux sur son ventre. Ce vide, cette attente, étaient pires que tout contact.
« Tu sais pourquoi ton mari t’envoie ici ? » demanda-t-il soudain, sans quitter la route des yeux.
Sa voix la fit sursauter. « Parce qu’il… aime ça. Parce que je l’aime. »
Mathieu ricana doucement. « Non. C’est parce qu’il a peur. Il a peur que tu le quittes si tu ne passes pas par moi. Il utilise ma queue comme un test, comme un vaccin contre ta propre liberté. »
Les mots étaient crus, violents. Ils frappaient au cœur de son conflit intérieur. Elle se redressa lentement, ramenant sa robe sur ses cuisses. « Ce n’est pas vrai. C’est notre jeu. Notre pacte. »
« Ton pacte à toi, c’est de rester avec lui », rétorqua-t-il, jetant un bref regard dans le rétroviseur. Ses yeux rencontrèrent les siens. « Le mien, c’est de te prendre. Complètement. De te faire oublier qu’il existe, le temps que tu es avec moi. Tu veux ça ? »
Le désir lui vrilla le bas-ventre, aussi coupant que la peur. S’offrir totalement à Mathieu, c’était la tentation absolue. L’idée de se perdre dans une passion sans les règles tordues du jeu avec Mathis… Mais c’était aussi le risque de tout briser.
« J’ai peur », admit-elle dans un souffle, plus pour elle-même que pour lui.
« De quoi ? Qu’il te quitte ? » Il marqua une pause, sa voix se fit plus basse, presque compatissante. « Il ne partira pas. Un homme qui accepte ça ne part pas. Il se contente de souffrir en silence jusqu’au jour où il craque et trouve une petite femme simple, qui ne demande qu’à lui appartenir sans histoires. Une poupée. C’est ça, ta vraie peur ? »
Un frisson glacé la parcourut. Il venait de formuler son cauchemar. L’image de Mathis, las de cette jalousie dévorante, tournant le dos pour chercher un amour paisible, possessif mais simple. Une femme qui serait toute à lui, sans cette dualité déchirante.
« Arrête », murmura-t-elle.
« Pourquoi ? Parce que c’est vrai ? » La voiture ralentit et s’engagea dans une allée privée, menant à un petit pavillon discret. Il coupa le contact et se retourna enfin complètement vers elle, son bras posé sur le dossier du siège passager. « Écoute-moi bien, Camille. Je ne suis pas là pour le remplacer. Je suis là pour ce que lui ne te donne pas : l’interdiction sans culpabilité. L’abandon sans conséquence. Pour quelques heures, tu peux être impudique, totale, sans avoir à penser à après. »
Il sortit de la voiture et ouvrit sa portière. La nuit fraîche l’enveloppa. Il lui tendit la main.
« Viens. Laisse ta peur dans la voiture. Pour ce soir, offre-toi à moi. Pas à moitié. Entièrement. »
Son cœur battait la chamade. C’était le précipice. Un pas de plus et elle ne pourrait peut-être plus faire demi-tour. Elle regarda sa main tendue, puis leva les yeux vers son visage déterminé.
Elle posa sa main dans la sienne. Sa peau était chaude, ferme. Elle sortit de la voiture, ses jambes tremblantes. La robe courte remonta dangereusement.
« Bien », murmura-t-il en l’attirant contre lui.
Son corps dur rencontra le sien, et il l’embrassa. Ce n’était pas un baiser doux ou explorateur. C’était une prise de possession immédiate, sa langue s’imposant dans sa bouche avec une autorité qui lui coupa le souffle. Une de ses mains remonta le long de sa cuisse nue, trouvant sans effort l’entrée chaude et déjà trempée qu’elle lui offrait.
Elle gémit dans sa bouche, un son de reddition pure. Ses doigts à lui plongèrent en elle, courbes et habiles, cherchant l’endroit sensible avec une précision dévastatrice.
« Tu es à moi maintenant », grogna-t-il contre ses lèvres tandis que ses doigts s’activaient en elle, pressant et frottant avec un rythme implacable qui faisait monter la tempête en elle à une vitesse vertigineuse. « Oublie-le. Oublie tout sauf ça. »
Et dans le tourbillon de sensations, sous les étoiles indifférentes, Camille sentit le gouffre s’ouvrir. Elle s’y précipita, suspendue entre deux hommes, deux vies, deux versions d’elle-même, tandis que les doigts de Mathieu promettaient une délivrance qu’elle savait être un piège encore plus profond.
Chapitre 29
Son baiser était un verdict et son doigt, une promesse exécutée sans délai. Camille s’arc-bouta contre lui, un gémissement rauque déchirant sa gorge tandis que ses doigts à lui fouillaient sa chair avec une expertise brutale. La tempête montait, trop vite, un raz-de-marée qui menaçait de tout emporter.
« Non, pas… pas comme ça », haleta-t-elle en rompant le baiser, le front contre son épaule.
Il retira sa main d’un mouvement lent, gluant de son propre désir. « Pas comme ça ? Tu veux dire, pas contre une voiture ? » Sa voix était empreinte d’une condescendance excitante. « Tu veux un lit pour t’abandonner ? Pour oublier ton mari dans de vrais draps ? »
Elle leva vers lui un regard noyé. « Je veux tout oublier. Fais-moi tout oublier. »
Un sourire triomphant fendit ses lèvres. Il la prit par la main et l’entraîna vers le pavillon. La porte s’ouvrit sur un couloir sombre, puis sur une vaste pièce presque vide, seulement meublée d’un immense canapé bas et d’un tapis épais. Une seule lampe, au sol, projetait des ombres démesurées sur les murs.
« Ici, c’est nulle part », déclara-t-il en refermant la porte. Le cliquetis de la serrure fut définitif. « Ici, il n’y a pas de Mathis. Il n’y a que toi, et ce que tu oses être. »
Il s’approcha d’elle, et sans un mot de plus, fit glisser les fines bretelles de sa robe. Le tissu tomba en silence à ses pieds, la laissant nue sous la lumière crue. Elle ne tenta pas de se cacher. L’air frais sur sa peau était une caresse, la sensation d’être ainsi exposée, un vertige.
« Regarde-toi », ordonna-t-il, la faisant pivoter vers un grand miroir sur le mur. « Regarde la femme qui est là. Celle qui brûle pour un inconnu. Celle que son mari a envoyée ici. »
Elle se vit, les joues empourprées, les seins lourds et les pointes durcies, le triangle sombre de sa toison, luisant encore de l’humidité qu’il y avait laissée. C’était une étrangère, indécente, libre.
« Je la vois », souffla Camille.
Il se plaça derrière elle, son reflet imposant encadrant le sien. Ses mains se refermèrent sur ses seins, les pétrissant avec une force qui la fit se cambrer.
« Elle veut quoi, cette femme ? » murmura-t-il à son oreille, tout en pinçant ses pointes.
Elle ferma les yeux, mais il grogna : « Non. Regarde. Regarde-nous. »
Elle rouvrit les yeux, captant son propre regard affolé dans le miroir. « Elle veut… être prise. Complètement. Sans pitié. »
« Bonne réponse. »
Il la poussa doucement mais fermement vers le canapé. Elle s’y laissa tomber à genoux, la tête tournée vers le miroir. Il se débarrassa vite de son pantalon, libérant sa queue déjà raide, imposante. Il s’agenouilla derrière elle. Une de ses mains s’enfonça dans ses cheveux pour lui maintenir la tête haute, l’obligeant à regarder.
« Tu vois ça ? » dit-il, guidant son bout entre ses fesses, le faisant glisser le long de sa fente ruisselante. « C’est pour toi. Et seulement pour ce que tu es ce soir. »
Il n’y eut pas de pénétration lente. Il la prit d’une poussée profonde, brutale, qui lui arracha un cri. Le corps de Camille se tendit comme un arc, puis céda, acceptant toute sa longueur. La sensation de remplissage était violente, réelle, ancrée dans le présent le plus absolu.
« Oublie-le », gronda-t-il en commençant à bouger, des coups de hanche puissants qui la propulsaient vers l’avant.
Et elle oublia. Le rythme qu’il imposait, la vision de leur reflet s’unissant dans un mouvement animal, la main dans ses cheveux, la brûlure douce de l’étirement… Tout cela effaçait le visage de Mathis, la culpabilité, le jeu complexe. Il ne restait que cette chair contre cette autre chair, cette possession sans condition. Elle cria, des sons inarticulés, tandis qu’une pression immense s’accumulait en elle, plus vite qu’elle n’aurait cru possible.
« Tu jouis pour moi », ordonna sa voix dans son dos, rauque et autoritaire. « Maintenant. »
L’ordre fut l’étincelle. L’orgasme la brisa, un tsunami de sensations pures qui jaillit de son ventre, irradiant chaque muscle, lui volant la vue et le souffle. Elle se mit à trembler violemment, un long sanglot de délivrance s’échappant de ses lèvres.
Sentant ses contractions, Mathieu accéléra son tempo, ses propres grognements devenant plus rauques. Il se cambra soudain et elle sentit un jet chaud et puissant la remplir, pulsation après pulsation, alors qu’il atteignait à son tour son paroxysme avec un grondement sourd.
Le silence retomba, lourd de leur souffle haletant. Il se retira doucement, et elle s’effondra sur le côté, vidée, le corps parcouru de frissons résiduels. Il s’allongea près d’elle, passant un bras sous sa tête.
Pendant de longues minutes, ils ne dirent rien. Camille fixait le plafond, son esprit lent à émerger du néant où il s’était perdu. L’oubli avait été total. Et maintenant, dans le calme revenu, une seule pensée claire émergeait : elle reviendrait. Pour cette sensation-là.
Chapitre 30
Le trajet du retour fut un brouillard. Camille conduisait, les mains moites sur le volant, le corps encore vibrant des secousses de l’après-midi. La sensation de Mathieu en elle, la chaleur de son éjaculat qui lui coulait le long des cuisses sous sa robe, tout cela formait un halo physique qui l’isolait du monde réel. Elle ne pensait qu’à la chaleur de ses bras, à l’autorité tranquille de sa voix, à cet oubli total qu’il lui avait offert. Ce n’était pas du sexe. C’était autre chose. Une parenthèse où elle avait cessé d’être une épouse, une complice dans un jeu tordu. Elle avait juste été une femme.
La porte de l’appartement claqua derrière elle, un son trop sec, trop réel.
« Alors ? » demanda la voix de Mathis depuis le salon.
Elle sursauta. Il était assis dans le canapé, dans le noir, seul un halo de lumière de la rue éclairant son profil tendu.
« Alors quoi ? » répondit-elle en posant son sac, évitant son regard.
Il se leva d’un mouvement fluide. « Ne joue pas à ça avec moi. Raconte. »
Elle sentit son cœur se serrer. L’excitation malsaine du récit, cette pulsion qui les avait unis jusque-là, était absente. À la place, il n’y avait qu’une lourdeur coupable et un désir violent de retourner en arrière, dans le pavillon aux murs nus.
« Il… il m’a emmenée dans un endroit. Un pavillon », commença-t-elle mécaniquement, en se dirigeant vers la cuisine pour se verser un verre d’eau.
Il la suivit. « Et ? »
« Et il m’a prise. » Les mots étaient plats, sans vie.
« Où ? Comment ? Dans quel sens ? » insista-t-il, sa voix devenant plus aiguë, pénétrante. Il se planta devant elle, bloquant la sortie de la cuisine. « Je veux les détails, Camille. C’est notre pacte. Tu me dois les détails. »
Elle leva enfin les yeux vers lui. Dans la pénombre, elle vit non pas l’excitation jalousée des fois précédentes, mais une inquiétude froide et aiguë.
« Il m’a mise devant un miroir », dit-elle d’une voix monocorde. « Il m’a fait me regarder pendant qu’il me touchait. Pendant qu’il me prenait par-derrière. »
Elle vit la mâchoire de Mathis se contracter. « Et tu as aimé ça ? »
La question resta en suspens dans l’air chargé. Elle ne répondit pas tout de suite, buvant une gorgée d’eau pour s’hydrater la bouche sèche.
« C’était différent », finit-elle par murmurer.
« Différent comment ? » Sa main se referma sur son poignet, pas brutalement, mais avec une fermeté qui lui fit comprendre qu’il ne lâcherait pas prise.
Elle ferma les yeux un instant, et l’image du reflet dans le miroir lui revint : son propre visage déformé par le plaisir, ses seins dans les mains d’un autre homme, son regard perdu dans celui d’un inconnu qui la possédait sans condition.
« Il ne voulait pas que je pense à toi », avoua-t-elle enfin, les mots lui brûlant la gorge. « Il voulait que j’oublie tout. Et… j’ai oublié. »
Le silence qui suivit fut plus éloquent qu’un cri. La main de Mathis relâcha son poignet comme si sa peau était devenue brûlante.
« Je vois », dit-il simplement.
Et il voyait, en effet. Il voyait la distance dans ses yeux, la façon dont son corps restait tourné vers la porte comme une plante vers le soleil absent. Il voyait que ce n’était plus un jeu pour elle.
« Tu veux y retourner », constata-t-il, non comme une question mais comme une sentence.
Camille sentit les larmes lui monter aux yeux, non pas de tristesse mais de frustration et de confusion totale. « Je ne sais pas ce que je veux », mentit-elle.
Mais c'était faux.
Elle savait.
Elle voulait l'odeur de Mathieu sur sa peau.
Elle voulait ce néant salvateur.
Elle voulait retourner dans ses bras et ne plus jamais avoir à raconter quoi que ce soit à personne.
Mathis recula d'un pas, et l'espace entre eux devint soudain un gouffre infranchissable.
Le pacte était rompu.
Le jeu était terminé.
Il restait seulement deux étrangers dans une cuisine sombre,
et le fantôme d'un autre homme,
déjà plus présent qu'eux deux réunis