Dans la lumière orange du réverbère
# Lueurs du trottoir La nuit parisienne avale les regrets. Camille se plaque contre le mur froid de l’immeuble, serrant sa veste en jean trop légère contre ses formes généreuses. La séparation avec Antoine l’a laissée exsangue, sans un sou
Chapitre 1
La nuit parisienne avale les regrets. Camille se plaque contre le mur froid de l’immeuble, serrant sa veste en jean trop légère contre ses formes généreuses. La séparation avec Antoine l’a laissée exsangue, sans un sou, avec juste ce corps qu’elle ne savait plus où loger. Ses cheveux blonds, emmêlés par le vent, encadrent un visage parsemé de taches de rousseur que la lueur orange d’un réverbère rend presque dorées. Son piercing au nez capte un éclat de lumière.
Elle observe l’autre côté de la rue, le trottoir d’en face où des ombres bougent. Sa décision est prise, viscérale. Pas pour le plaisir. Pour survivre. Et, au fond d’elle, cette folle idée que peut-être, en se perdant ainsi, elle finira par le faire revenir. Antoine, petit, trapu, aux cheveux bruns en bataille. Son odeur lui manque.
Un moteur ralentit. Une voiture grise se range le long du trottoir. La vitre conductrice descend. Un homme, la cinquantaine, regarde droit devant, les mains sur le volant. Le cœur d’Camille cogne contre ses côtes. Elle s’avance, les jambes flageolantes. Ses bottes font un bruit sec sur l’asphalte.
« Tu montes ? » Sa voix est plus basse, plus rauque qu’elle ne l’aurait cru.
L’homme hoche la tête sans la regarder. « Où ? »
« Pas chez moi », souffle-t-elle aussitôt, une règle non négociable gravée dans la peur. « Un endroit calme. Proche. »
Il indique la banquette arrière d’un geste du menton.
À l’intérieur, l’odeur de cuir et de désinfectant lui prend à la gorge. L’homme conduit en silence jusqu’à un parking souterrain désert, éclairé par des néons blafards. Il coupe le contact. Le silence est brutal.
« Alors ? » fait-il, enfin tourné vers elle.
Ses doigts tremblent en déboutonnant sa veste. Elle la laisse glisser, révélant un bustier noir qui soulève généreusement sa poitrine, accentuant ses courbes. Elle le voit déglutir. Elle baisse les yeux, se concentre sur la braguette de son pantalon. Sa main, ornée d’un tatouage délicat au poignet, s’en approche.
« Doucement », murmure-t-elle, plus pour elle que pour lui.
Elle dégage son sexe, déjà dur. Elle s’incline, et ses cheveux blonds forment un rideau entre son visage et le sien. Elle prend une inspiration, puis place ses lèvres sur le gland. Le goût salé, l’odeur masculine, la submergent. Elle ferme les yeux, et dans le noir, c’est le visage de Antoine qu’elle voit. Sa bouche, ses gémissements étouffés.
Elle bouge la tête lentement, prenant plus de longueur, laissant sa langue jouer sur le frein. Sa main enserre la base, établissant un rythme. L’homme grogne, une main s’accrochant à l’appuie-tête. Elle accélère, le sentiment de puissance étrange et sale la faisant vibrer. Elle contrôle son souffle, sa salive, l’intensité de la succion. C’est un jeu. Un jeu dangereux où elle fixe les limites.
Soudain, il pose une main lourde sur sa nuque, poussant plus fort. Camille résiste, ralentissant à nouveau, reprenant le contrôle. Elle se retire complètement, laissant sa bouche humide et entrouverte à quelques centimètres, observant le membre luisant et tendu. Elle le caresse du bout des doigts, de la base au gland, d’un mouvement hypnotique.
« Continue », supplie-t-il, la voix rauque.
Elle se penche à nouveau, mais cette fois, sa langue trace un chemin lent le long du dessous, savourant chaque frémissement, chaque réaction musculaire. Elle savait qu’elle était douée pour ça. Antoine le lui disait souvent. La pensée lui brûle les yeux. Elle redouble d’application, comme pour prouver quelque chose à un fantôme, utilisant toute la chaleur de sa bouche, toute la pression de ses lèvres.
Le souffle de l’homme devient saccadé. Il est au bord. Elle le sent, à la tension extrême de son corps, au tremblement de ses cuisses. C’est là qu’elle s’arrête net, se redressant, essuyant le coin de sa bouche du revers de la main.
« C’est tout pour ce prix », dit-elle d’une voix qui ne tremble plus.
Il la fixe, abasourdi, frustré, le sexe dur et abandonné. Il jure entre ses dents mais sort son portefeuille. Il lui tend des billets froissés. Elle les attrape, les enfouit dans la poche de son jean sans les compter.
« Descends », ordonne-t-il, amer.
Elle ouvre la portière, l’air froid du parking la frappe de plein fouet. Elle referme sans un mot et s’éloigne, le dos droit, vers la sortie et les lumières du boulevard. L’argent pèse dans sa poche. Une bouffée de honte, chaude et écœurante, monte en elle. Mais dessous, enfoui profond, coule un filet sombre et brillant d’excitation. Elle vient de vendre un bout d’elle-même. Et dans l’ombre de ce parking, elle a imaginé que c’était pour lui. Pour qu’il revienne. Le frisson qui la parcourt n’est pas seulement dû à la nuit.
Chapitre 2
L’appartement sentait le vide et la poussière. Camille claqua la porte derrière elle, s’adossant au bois froid, les billets froissés brûlant dans son poing. La lumière du néon de la cuisine clignotait, jetant une lueur blafarde sur le carrelage sale. Elle respira un grand coup, l’odeur du cuir et du sexe de l’inconnu toujours collée à l’arrière de sa gorge.
Elle vida sa poche sur la table de la cuisine bancale. Les billets s’étalèrent, chiffons verts et gris. Elle les compta du bout des doigts tremblants, une, deux, trois fois. La somme était dérisoire. Juste assez pour ne pas crever de faim cette semaine. Pas assez pour effacer l’image de cette main sur sa nuque, lourde, possessive.
Une chaleur sale et familière monta entre ses cuisses. L’excitation du parking n’était pas retombée ; elle couvait, sourde, mêlée à l’amertume. Elle attrapa l’argent d’un geste vif et marcha jusqu’à la chambre, pièce nue où seul le lit défait témoignait d’une vie. Elle s’allongea, les billets serrés contre son sein gauche, sous le bustier noir.
Ses doigts retrouvèrent l’ourlet de son jean, le firent glisser avec ses culottes. L’air frais sur sa peau nue la fit frissonner. Elle écarta les jambes, les yeux fixant le plafond fissuré. Le premier contact de ses doigts sur son clitoris gonflé fut une décharge électrique. Elle ferma les yeux, et dans le noir, ce ne fut pas le visage du client qui apparut, mais celui de Antoine.
Son Antoine. Pas celui qui était parti, mais celui de ses fantasmes, rageur et désirant. Elle imagina sa main, petite et forte, à la place de la sienne. Elle pressa plus fort, le rythme s’emballant aussitôt. *C’est toi*, murmura-t-elle dans le silence, *c’est toi qui me fais ça*. Chaque caresse circulaire, chaque pression précise était son cadeau à lui, sa vengeance à elle. Elle imaginait son corps trapu plaqué sur le sien, son souffle court à son oreille, puis la poussée brutale, irrésistible, de son sexe en elle.
L’humiliation du parking se mêlait à cette fiction, l’enrichissait d’un sel pervers. Elle n’était plus dans son lit minable, elle était sous lui, offerte, achetée, et c’était lui le client. Sa main gauche agrippa le matelas, les billets froissés crissant contre le tissu. Son autre main travaillait son clitoris avec une férocité mécanique, cherchant à atteindre le point de rupture, à faire éclater cette tension ignoble. Sa respiration devint un halètement saccadé. Elle arqua le dos, offrant son ventre au fantôme.
L’orgasme la frappa par vagues successives, violentes et silencieuses. Un long spasme qui tordit son ventre, irradia ses cuisses, la laissant pantelante, les yeux grands ouverts sur le néant. Le plaisir était aigu, brillant, teinté d’une amertume qui en prolongeait l’écho douloureux.
Quand les derniers frissons s’estompèrent, le vide revint, plus lourd. Elle resta immobile, moite, l’odeur de son propre sexe dans l’air. Ses doigts, humides, se détachèrent d’elle. La réalité s’imposa, froide et crue. Les billets. Le parking. La semaine à venir.
Elle se redressa, le corps mou, l’esprit étrangement clair. Une décision se cristallisait, née de la sueur et du sperme imaginaire. Elle ne pouvait pas recommencer comme ça, dans son jean et son bustier noir, à jouer les amatrices dépassées. C’était un métier, maintenant. Il lui fallait des outils. Une armure. Une garde-robe.
Elle se leva, nue, et marcha vers la glace ternie de l’armoire. Elle s’y regarda, vraiment. Ses courbes généreuses, ses taches de rousseur, son piercing qui luisait faiblement. Il y avait du matériel, là. Il fallait juste savoir le présenter. L’exploiter. Elle sentit une nouvelle excitation monter, moins chaude, plus calculatrice. Celle du projet. Celle de la survie délibérée.
Elle iracheterait du linge. Des choses qui se retirent facilement dans l’habitacle d’une voiture. Des matières qui font du bruit. Des couleurs qui captent la lumière des réverbères. Elle en ferait un uniforme. Sa protection et son arme. Pour lui survivre. Et peut-être, secrètement, pour qu’il entende un jour parler d’elle, et qu’il regrette.
Chapitre 3
La boutique de prêt-à-porter discount sentait le plastique et la poussière. Camille passa deux heures à choisir. Elle écartait tout ce qui brillait ou se collait trop à la peau, cherchant une autre sorte d’efficacité. Elle sortit avec deux sacs en plastique : une petite robe en jean bleu pâle, évasée à la taille pour souligner ses hanches, qui se déboutonnait du haut vers le bas par une série de pressions métalliques. Une autre, noire, en maille fine, suffisamment ample pour glisser facilement mais qui moulait ses formes quand elle bougeait. Elle acheta aussi une paire de talons hauts à bouts ouverts, d’occasion mais peu portés, et une petite pochette de satin noir pour ranger l’argent. L’uniforme de la survie délibérée.
Ce soir-là, elle se prépara avec une méthode nouvelle. Elle se lava à l’eau froide pour aiguiser ses sens, appliqua un discret trait de khôl qui allongeait son regard, teinta ses lèvres d’un rouge bon marché mais frappant. Elle enfila la robe en jean, laissant les trois premières pressions du décolleté ouvertes, révélant le haut de son bustier noir et la courbe de ses seins. Ses cheveux blonds étaient relevés en une queue de cheval basse et négligée, accentuant la ligne de son cou et laissant son piercing visible. Elle glissa deux préservatifs et un paquet de lingettes dans sa pochette. Ses règles étaient claires, gravées au fer rouge dans son esprit : les mains ne dépassaient pas les vêtements. Sa bouche travaillait, mais rien ne devait finir sur elle ou dedans. Le contrôle était sa seule dignité.
Elle se posta au même coin de rue, mais légèrement en retrait, adossée à une devanture close. Elle ne se cachait plus. Elle croisait le regard des voitures qui ralentissaient, un léger hochement de tête répondant à leur hésitation. La première, une berline grise, s’arrêta au bout de cinq minutes. L’homme avait l’air jeune, nerveux. Elle monta à l’avant cette fois.
« Le parking de la gare de l’Est, ça vous va ? C’est calme, bien éclairé », proposa-t-elle d’une voix neutre, professionnelle. Elle avait repéré l’endroit la veille.
Il acquiesça, silencieux. Pendant le trajet, elle déboutonna tranquillement les pressions de sa robe, une par une, jusqu’à ce que le jean s’ouvre comme un écrin sur le satin noir du bustier et la peau laiteuse de son ventre. Elle ne le regardait pas. Elle regardait par la fenêtre, les doigts effleurant la fermeture métallique de son jean. À l’arrêt, avant même qu’il ne parle, elle se pencha.
Elle avait perfectionné la technique. Ses lèvres encerclaient sans étouffer, sa langue était une caresse mobile et précise sur le dessous du gland, son poignet établissait un rythme régulier, implacable. Elle se concentrait sur les bruits, les changements de respiration, la tension des cuisses sous le tissu du pantalon. Elle sentait monter en lui le désir brut, la perte de contrôle. Au moment où son souffle devenait rauque, où sa main se crispait sur le levier de vitesse, elle s’arrêta net, se redressant d’un mouvement fluide.
« Cinquante », dit-elle en essuyant délicatement le coin de sa bouche avec un dos de doigt.
Il paya sans discuter, les billets froissés et tièdes. Elle les rangea dans sa pochette de satin. « Merci. Bonne soirée. »
La seconde voiture était un vieux break. Le client, plus âgé, voulut poser une main sur sa cuisse alors qu’elle commençait. Elle immobilisa son poignet avec une fermeté qui le surprit.
« Les mains restent sur le volant, s’il vous plaît. C’est la règle. »
Il grogna mais obéit. Elle travailla plus vite cette fois-ci, utilisant la pression variable de ses lèvres, ralentissant au bord de l’apogée pour prolonger la frustration, donc le plaisir – et peut-être la mémoire qu’il aurait d’elle. Quand il fut au bord, le visage congestionné, elle se retira. Il jura entre ses dents mais sortit son portefeuille. Elle prit l’argent, descendit, et marcha d’un pas vif vers le trottoir pour chercher une nouvelle silhouette derrière un phare.
La nuit avançait, rythmée par ces arrêts brefs et méthodiques. La robe en jean s’ouvrait et se refermait. La robe noire, plus tard, glissait facilement sur ses épaules pour libérer l’accès à ses seins qu’elle gardait couverts du bustier, une tentation supplémentaire qu’elle contrôlait. Chaque fois, l’intensité montait d’un cran en elle aussi, une chaleur sourde et concentrée entre ses cuisses, alimentée par la puissance sale de ce commerce et le fantôme de Antoine qui hantait chaque geste. Elle pensait à lui alors qu’elle maniait un sexe étranger, imaginant que c’était sa colère à lui qu’elle provoquait, son désir qu’elle ranimait par cette abjection calculée.
Au troisième client, un homme au visage dur et aux mains calleuses, elle atteignit une maîtrise presque mécanique. Ses mouvements étaient fluides, économes, parfaitement calibrés pour maximiser le plaisir de l’autre sans jamais franchir ses propres limites. Elle sentait la pulsion monter en lui, violente, et en elle, une excitation perverse et froide. Elle le menait jusqu’au seuil, là où le corps se tend comme un arc, où les muscles de l’abdomen se contractent, où le souffle se bloque. Elle percevait l’imminence de la déflagration, le point de non-retour physique. C’était là qu’elle opérait sa retraite stratégique, rompant le contact au moment précis où tout en lui criait de se laisser aller. La frustration de l’homme était palpable, presque agressive, mais elle y puisait une étrange sensation de puissance. Elle ne vendait pas une conclusion, mais une montée interrompue, un désir suspendu dont elle seule tenait la clef.
Elle redescendit sur le trottoir, l’air froid de la nuit sur sa peau chaude. Sa pochette de satin était lourde, pleine de billets froissés. Elle avait dépassé son objectif. Le visage de Antoine était plus net que jamais dans son esprit, et sous la honte et la fatigue, coulait un filet sombre et inavouable de satisfaction. Elle survivait. Et elle apprenait à le faire selon ses propres règles, dans l’ombre épaisse où son amour perdu rôdait encore.
Chapitre 4
Le troisième jour, quelque chose cassa.
La discipline d’Camille, sa fierté de contrôle, se dissolvèrent dans un tourbillon vertigineux. Chaque bouche, chaque membre étranger dans sa gorge la laissait pleine d’un feu qu’elle ne pouvait plus canaliser. Elle avait sucé, manié, et était repartie le ventre en feu, la chatte ruisselante, sans jamais se laisser aller. C’était insupportable. Cette frustration était une folie qui grignotait ses pensées.
Ce soir-là, avant de sortir, elle se planta nue devant le miroir. Ses yeux étaient cernés, brillants d’une fièvre malsaine. Elle prit un crayon à lèvres rouge bon marché et écrivit, en lettres capitales sur le miroir terni, trois lignes :
SUC : 50 €
MAINS : +30 €
TOUT : 100 €
Une tarification. Une abdication. Elle sourit, un rictus sans joie. Elle enfila la robe en jean, laissant le décolleté béant.
Sur le trottoir, son attitude avait changé. Elle ne se contentait plus de croiser les regards. Elle les soutenait, avec une intensité qui brûlait. Quand une voiture s’arrêtait, elle s’approchait, penchait la tête à la vitre et disait, d’une voix rauque et directe :
« C’est quoi ton budget ? »
La première voiture, une vieille Renault grise, était conduite par un homme jeune, mal à l’aise. Il bredouilla : « J’ai… quarante. »
Elle le toisa, un mépris noir au fond des yeux. « Pour quarante, tu regardes. Cinquante, la base. Monte. »
Il obéit, silencieux. Elle conduisit, comme d’habitude, vers le parking désert. Arrivée, elle se tourna vers lui, les doigts sur les pressions de son jean.
« Cinquante. C’est clair ? Tu touches rien, tu bouges pas. »
Il hocha la tête, hypnotisé. Elle déboutonna la robe, se pencha, et appliqua son savoir-faire avec une efficacité froide et rapide. Ses lèvres et sa langue travaillaient, mais son esprit était ailleurs, rongé par le besoin urgent de son propre corps. Elle le mena au bord en moins de trois minutes, perçut le raidissement de ses cuisses, le souffle qui se bloquait. Elle se retira d’un coup sec, avant même le premier spasme.
« Allez, descends », lança-t-elle en essuyant sa bouche.
Il paya, honteux et frustré, et disparut dans la nuit. Elle resta dans la voiture, respirant fort, la chaleur entre ses cuisses devenue une douleur aiguë. Elle avait besoin de plus. Beaucoup plus.
La deuxième voiture était un SUV noir, propre. L’homme à l’intérieur, la quarantaine, portait une veste en cuir. Il la regarda s’approcher avec un calme qui sentait l’habitude.
« Budget ? » aboya-t-elle, la tête à la fenêtre.
Il sourit légèrement. « Montre-moi ce que tu as. »
« Suçage, cinquante. Avec les mains, quatre-vingts. Le grand jeu, cent. Tu choisis. »
Son regard parcourut sa robe ouverte, le bustier noir, la peau laiteuse de son ventre. Il sortit un portefeuille épais et extirpa un billet de cent euros.
« Le grand jeu. »
Un frisson d’excitation sale parcourut Camille. Elle monta à l’avant. « Conduis vers le quai, derrière les entrepôts. C’est sombre. »
Il obéit sans un mot. Arrivés sur place, éclairés seulement par la lune et les reflets de la Seine, il coupa le moteur. Le silence était épais.
« Alors ? » dit-il, la voix basse.
Ses doigts tremblaient, mais de désir cette fois. Elle se débarrassa complètement de la robe en jean, la laissant tomber à ses pieds. Elle resta en bustier noir, talons hauts, la peau frissonnante dans l’air frais.
« Les mains d’abord », murmura-t-elle.
Elle se pencha, défit sa braguette, et sortit son sexe déjà dur. Elle l’enveloppa d’une main, ferme, et commença un lent mouvement de va-et-vient, son pouce caressant le gland à chaque passage. De l’autre main, elle attrapa la sienne et la guida sous son bustier, sur la courbe de son sein, sur son mamelon durci à travers le satin.
« Comme ça », haleta-t-elle. « Touche-moi. »
Il gémit, ses doigts se refermant sur la chair généreuse. Elle accéléra le rythme de sa main, sa propre respiration s’emballant. La sensation de cette main sur son sein, chaude et autoritaire, la fit frémir de la tête aux pieds. Elle était au bord, son propre désir enfin nourri, exacerbé par le contact et le pouvoir de cette transaction nouvelle.
Elle s’arrêta soudain, le laissant pantelant.
« Maintenant la bouche. Mais tu gardes ta main là. »
Elle se pencha, prit la longueur de son sexe dans sa bouche, et cette fois, elle ne se retint pas. Elle se laissa aller au goût, à la texture, au rythme qu’elle imposait. Sa langue jouait, ses lèvres serraient, tandis que sa main continuait son travail à la base. La sienne, sur son sein, se faisait plus pressante, plus possessif. La double sensation – donner et recevoir – la submergeait. Elle sentait son propre sexe palpiter, humide, exigeant, à chaque mouvement de sa tête. La folie des trois derniers jours se libérait dans ce geste vorace, dans cette permission qu’elle s’octroyait enfin. Elle était en train de vendre son corps, mais pour la première fois, elle en retirait un semblant de ce qu’elle brûlait d’obtenir.
Chapitre 5
L’appartement sentait le renfermé et le sexe solitaire. Camille se tenait nue devant le miroir, le corps encore chaud et tremblant des frissons qu’elle venait de s’infliger. Le feu entre ses cuisses n’était pas éteint. Il couvait, têtu, hurlant sa frustration à chaque souvenir de bouche close et de membre retiré à la seconde critique. Se masturber rageusement ne suffisait plus. Il lui fallait autre chose. Une permission. Une transaction qui, pour la première fois, apaiserait aussi sa propre faim.
Ses yeux, cernés mais brillants d’une résolution nouvelle, se posèrent sur les chiffres écrits au crayon à lèvres sur le miroir. Elle les effaça d’un coup de pouce. Une nouvelle tarification s’imposait, plus complète, plus pragmatique.
Elle ouvrit en grand son unique valise cabossée et en sortit ses nouveaux achats, étalant le tout sur le lit défait. La nuit était froide, une vraie nuit d’automate parisien. Rester les jambes nues sous une micro-jupe était une torture et un risque. Les collants classiques étaient une prison, trop longs à retirer, impossibles à remettre discrètement. Ses doigts effleurèrent alors la petite boîte en carton qu’elle avait achetée dans une boutique discrète : des bas autofixants.
C’était la solution parfaite. Ils tenaient seuls, sans porte-jarretelles encombrant, et se retiraient – ou se remettaient – en deux secondes, d’un simple geste décollant la bande silicone du haut de la cuisse. Pratique. Rapide. Et infiniment plus sexy qu’un collant opaque, laissant cette bande de peau nue entre le bas et… le reste.
Elle choisit une paire noire, opaque, avec une fine couture dans le dos qui allongerait la ligne de ses jambes. Pour le haut, elle opta pour une robe-tunique en jersey gris foncé, longue jusqu’à mi-cuisses mais fendue sur les côtés jusqu’à la hanche. Dessous, elle enfila un bustier sans armature, en dentelle noire, qui soutenait sans contraindre et s’ouvrait par une simple agrafe frontale. L’ensemble était sobre, presque chic de loin, mais d’une praticité diabolique : la tunique glissait facilement sur les épaules ou pouvait être remontée jusqu’à la taille ; le bustier s’ouvrait en un clin d’œil ; les bas se décollaient sans lutte.
Dans sa petite pochette de satin, à côté des billets de la veille, elle glissa plusieurs préservatifs neufs, un petit tube de gel lubrifiant – « pour plus de douceur », se dit-elle avec une pointe de cynisme – et les lingettes habituelles.
Face au miroir pour l’ultime vérification, elle se vit autrement. Ce n’était plus la fille perdue dans son jean ou la bacchante vorace en robe ouverte. C’était une professionnelle qui anticipait. Une offre élargie allait être proposée ce soir, avec une douceur calculée pour ne pas effrayer la clientèle et pour lui permettre, à elle, d’atteindre enfin ce soulagement physique qui la consumait.
Elle murmura sa nouvelle gamme tarifaire dans le silence de la chambre :
« Branlette simple : trente euros. Pour les petits budgets.
Branlette espagnole : soixante. Pour ceux qui veulent du contact.
Et… pénétration. Avec capote. Cent cinquante. Pour calmer le feu. »
Elle passa un dernier coup de brosse dans ses cheveux blonds, capturant quelques mèches rebelles derrière son oreille pour dégager son piercing nasal. Son reflet lui renvoya l’image d’une femme prête au combat, armée de bas autofixants et de gel lubrifiant, marchant vers la nuit pour y vendre des fragments de chair et peut-être y voler un peu d’oubli.
Elle éteignit la lumière et sortit, laissant derrière elle l’odeur du désir solitaire et l’attente silencieuse du premier client de cette nouvelle ère.
Chapitre 6
L’homme était plus jeune que les autres, la quarantaine nette, avec une élégance froide dans son regard qui balaya Camille de la tête aux pieds. Il avait roulé sa berline noire le long du trottoir et s’était penché pour ouvrir la portière passager.
« Monte. »
Elle avait obéi, laissant la robe-tunique glisser sur ses bas autofixants avec un froissement soyeux. À l’intérieur, une chaleur artificielle régnait, mélangée à une odeur de cuir et de café.
« Ta tarification, c’est quoi ? » demanda-t-il en démarrant, les yeux rivés sur la route.
Camille énonça ses nouveaux prix d’une voix claire, sans trembler. L’homme hocha la tête.
« Cent cinquante. Accepté. Pour ce prix, je veux la levrette. Et que tu suces d’abord, pour m’exciter. »
Un frisson d’excitation et d’appréhension lui noua le ventre. Il avait l’air de savoir ce qu’il voulait. Il se gara dans un recoin sombre d’un parking de supermarché désert, sous un lampadaire au néon clignotant.
« Allez, montre-moi ça », dit-il en défaisant sa ceinture.
Ses doigts étaient rapides et efficaces pour ouvrir l’agrafe frontale de son bustier. Ses seins libérés dans la pénombre, il grogna d’approbation.
« Tourne-toi, et mets-toi comme il faut », ordonna-t-il, sa main tapotant le dossier de la banquette arrière.
Camille se hissa par-dessus la console centrale, le corps souple, sentant l’élastique des bas autofixants s’étirer sur ses cuisses. Elle prit la position à genoux, tournant le dos à l’homme qui s’était maintenant glissé derrière elle. D’un geste expert, elle décolla la bande silicone du bas gauche, libérant sa peau jusqu’à la hanche.
« Tu as la chatte offerte comme ça, c’est pratique », commenta-t-il d’une voix rauque, une main s’abattant sur sa fesse pour l’écarter.
Elle ferma les yeux, concentrée sur la sensation de ses doigts froids qui écartait ses lèvres. C’était brut, mais pas brutal. Il humecta deux doigts dans sa bouche avant de les enfoncer en elle, d’un seul coup.
« Ah ! » Laissa-t-elle échapper, son front tombant contre le cuir du siège.
Il la doigtait avec une fermeté clinique, le pouce frottant son clitoris avec une pression précise qui la fit haleter. Puis il retira ses doigts, les passant devant ses yeux.
« À ton tour. Suce-moi. Et fais-le bien. »
Elle pivota sur les genoux, le visage au niveau de sa braguette ouverte. Son sexe était déjà dressé, imposant. Elle prit une inspiration et engloutit le gland d’un mouvement fluide, laissant sa langue jouer sur le frein. Elle sentait le goût salé de son propre plaisir sur ses doigts.
« Plus profond », grogna-t-il, une main dans ses cheveux.
Elle obéit, prenant plus de longueur, jusqu’à sentir la chair tendue toucher l’arrière de sa gorge. Elle établit un rythme lent et profond, savourant le contrôle malsain qu’elle avait sur ses gémissements à lui.
« Ça suffit », dit-il soudain, la repoussant par les cheveux. « En position. Maintenant. »
Le préservatif fut déroulé en un instant. Il se pencha sur elle, son poids l’écrasant contre la banquette. La pointe de son sexe chercha son entrée, puis il poussa, s’enfonçant d’un seul coup puissant.
« Putain », souffla Camille, les doigts agrippés au cuir.
Il la prit avec une cadence implacable, chaque coup de hanche la propulsant contre le siège. La voiture oscillait doucement sur ses suspensions. La douleur initiale se mua en une brûlure exquise, en un besoin qui grandissait en elle, serrant son ventre. Elle commençait à bouger en rythme, à chercher l’angle qui frottait juste là, au plus profond.
« Oui… comme ça… » haleta-t-elle, les yeux fermés, imaginant Antoine.
Son propre orgasme montait, une vague chaude et pressante. Elle était si près…
L’homme grogna, sa respiration devint saccadée, et ses coups se firent désordonnés, plus profonds.
« Je vais… je vais venir ! » annonça-t-il, la voix étranglée.
Il s’arracha d’elle d’un mouvement sec et, retirant le préservatif d’une main tremblante, il se mit à se masturber frénétiquement. Quelques secondes plus tard, un jet chaud et épais éclaboussa le dos de sa robe et le bas de son dos nu.
Camille resta immobile, le souffle coupé, le ventre noué d’un désir inassouvi qui lui brûlait les entrailles. Elle était sur le bord, si proche, et maintenant abandonnée, vide et frémissante.
L’homme souffla, essuya son sexe avec un mouchoir et commença à se rhabiller.
« C’était bien. Tiens. » Il lui fourra les billets dans la main.
Elle descendit de la voiture sans un mot, les jambes flageolantes. L’air froid de la nuit la frappa, mais n’éteignit pas le feu entre ses cuisses. Au contraire. La frustration était devenue une chose physique, un animal rageur qui se débattait en elle. Elle remonta le bas autofixant d’un geste mécanique, la peau de sa cuisse encore moite.
Elle s’éloigna à pas lents, l’argent serré dans son poing. La voiture démarra et disparut dans la nuit. Elle était seule. Et plus excitée, plus tendue, plus désespérée de jouir que jamais.
Chapitre 7
Camille retourna à son poste, l’insatisfaction lui brûlant encore l’entrejambe. La frustration était devenue un acide dans ses veines. Une berline râpée, une Golf grise, se rangea quelques mètres plus loin. La vitre passager descendit.
Deux visages jeunes la scrutèrent. L’un, au volant, avait des cheveux courts et un sourire arrogant. L’autre, à l’arrière, plus timide, la dévorait des yeux.
« Salut. Tarif ? » lança celui du volant.
Camille s’approcha, s’accoudant à la vitre. « Cent cinquante. La pénétration. »
Les deux échangèrent un regard. « On a que deux cent quarante pour nous deux », dit le premier. « Pas assez pour deux fois ta came. »
Un éclair traversa l’esprit d’Camille. Le besoin, l’argent, et ce désir rageur qui lui vrillait le ventre. Elle pouvait tirer parti de ça.
« Écoutez », dit-elle, sa voix retrouvant une assurance basse. « Pour deux cent soixante-dix, je fais les deux. Mais c’est moi qui décide. Un de vous me baise. L’autre, je le suce. Et c’est moi qui choisis qui a quoi. »
Ils se regardèrent, surpris par son audace. Une transaction dans la transaction. Le chauffeur eut un petit rire. « T’es pas timide. D’accord. Monte. On trouve l’oseille. »
Elle s’installa à l’arrière, à côté du plus silencieux. L’odeur de cannabis rance et de vieux sandwichs régnait. Ils roulèrent un moment, discutant à voix basse, comptant des pièces et des billets froissés.
« C’est bon, on a les trente de plus », annonça finalement le conducteur en se garant dans une ruelle sombre derrière des entrepôts. Il coupa le moteur. « Alors, qui fait quoi ? »
Camille les détailla. Le chauffeur, sûr de lui, les bras musclés. L’autre, nerveux, une érection déjà visible contre son jean. C’était lui qu’elle voulait en elle. Cette tension timide, elle pourrait la dominer, la faire craquer.
« Toi », dit-elle en pointant le doigt vers le garçon à l’arrière. « Tu me baises. Et toi », elle regarda le conducteur, « tu te fais sucer. »
Le visage du plus jeune s’illumina d’un mélange de fierté et de panique. « Putain… d’accord. »
« On se dépêche », grogna le conducteur, déjà en train de sortir par la portière avant pour se glisser à l’arrière, écrasant Camille entre eux deux.
L’espace était étroit, confiné. Les mains furent partout à la fois. Camille releva sa robe-tunique jusqu’à la taille, révélant ses bas noirs et le triangle de dentelle noire de sa culotte. Le conducteur, impatient, déboutonna sa braguette d’une main ferme et sortit son sexe, déjà dur et épais.
« Allez, mets-toi à genoux par terre, entre les sièges », ordonna-t-il à son ami.
Le garçon obéit, se positionnant péniblement sur le tapis de sol usé. Camille se pencha vers le conducteur, prenant sa queue en main. Elle était chaude, lourde. Elle l’engloutit d’un mouvement lent, savourant le gémissement rauque qu’il laissa échapper.
« Ouais… comme ça, salope », haleta-t-il.
Pendant ce temps, le jeune à ses pieds tâtonnait avec son préservatif. Elle sentit ses doigts tremblants écarter le tissu de sa culotte, puis la pointe de son sexe gainé chercher son entrée. Elle se cambra, l’aidant, et il poussa.
Un « ah » étouffé lui échappa, étouffé par la chair qui remplissait sa bouche. Il était en elle, profond, maladroit mais bien présent. Elle commença à bouger la tête sur le membre du conducteur, établissant un rythme, tandis que le garçon en dessous d’elle trouvait peu à peu son tempo, ses coups de hanche gagnant en assurance.
La scène était chaotique, brutale. L’odeur de sexe et de sueur se mêlait à celle de la voiture. Camille était le point de jonction, le centre de ce circuit de désir. La sensation d’être pleine à la bouche et au sexe simultanément était écrasante, primitive. Elle ferma les yeux, et cette fois, ce n’était même plus le visage de Antoine qui venait, mais juste la pulsion pure.
Le garçon en elle accéléra, ses mains agrippant ses hanches. « Je vais… je vais venir ! » hoqueta-t-il, la voix brisée.
C’était le signal. Camille intensifia sa succion, aspirant profondément, et sentit le membre dans sa bouche durcir encore, puis pulser. Un jet chaud et salé inonda sa gorge. Elle avala, sans cesser le mouvement de ses hanches qui répondaient à celui du garçon. L’orgasme du premier homme déclencha le sien. Une vague incandescente partit de son ventre et explosa entre ses cuisses, la faisant crier contre la peau moite du sexe qu’elle venait de vider. Ses contractions intimes firent succomber le garçon, qui groyna longuement en déchargeant à son tour dans le préservatif, son corps tremblant contre le sien.
Elle se laissa retomber sur le siège, haletante, la bouche humide, le sexe palpitant de plaisir enfin assouvi. Le conducteur, essoufflé, se reculota. Le jeune se releva, titubant, et se rhabilla en silence.
« Putain », souffla le conducteur, un sourire las aux lèvres. Il lui tendit une liasse de billets. « T’assures, mec. »
Ils la déposèrent un peu plus loin, sans un mot de plus. Camille resta un moment immobile sur le trottoir, à regarder les feux arrière disparaître. Le feu en elle était éteint, remplacé par une lourdeur chaude et complète. Elle avait joui. Vraiment. Pour la première fois depuis cette nuit, c’était elle qui avait pris, et reçu. L’argent dans sa main était presque un détail. Elle respira profondément, l’air froid nettoyant la senteur de l’étreinte. Pour la première fois, elle ne pensa pas à Antoine. Elle ne pensa à rien du tout. Juste à ce silence lourd et satisfait dans tout son corps.
Chapitre 8
Le silence et la chaleur du corps d’Camille se dissipaient lentement dans l’air froid du boulevard. Elle rajustait le bas de sa robe-tunique sur ses cuisses, l’argent des deux jeunes serré au fond de sa poche. L’apaisement charnel était une lourdeur douce, mais déjà, la mécanique reprenait. Elle se dirigea vers un coin plus éclairé, près d’une bouche de métro, pour compter sa recette. C’était là qu’un autre véhicule s’arrêta.
Une citadine noire, propre et silencieuse, se cala le long du trottoir. La vitre passager descendit, révélant un homme d’une quarantaine d’années, visage anguleux et regard direct. Il portait une veste de costume.
« Tu travailles ? » demanda-t-il, sans préambule.
Camille hocha la tête, s’approchant. « Oui. C’est cent pour la pipe, cent cinquante pour la pénétration. Tout se fait avec préservatif. »
L’homme l’examina un instant, des bottes jusqu’à son visage. « Monte. »
Elle s’installa à côté de lui. L’habitacle sentait le cuir neuf et un faible parfum boisé. Il démarra, conduisant calmement vers une zone de petits squares déserts.
« Je prends la branlette espagnole », annonça-t-il alors qu’ils se garaient dans une allée sombre, bordée d’arbres.
« D’accord. C’est cent euros », précisa-t-elle, sa voix retrouvant son ton professionnel.
Il sortit son portefeuille, lui tendit un billet sans discuter. Puis il déboutonna son pantalon, libérant son sexe déjà ferme et droit. Il était propre, soigné. « Vas-y », dit-il simplement.
Camille s’humecta les lèvres. Elle défit le haut de sa robe, laissant glisser le tissu jusqu’à sa taille. Ses seins, libérés du bustier, apparurent dans la pénombre, lourds et pâles. Elle cracha dans sa paume, mélangeant sa salive à la sienne déjà présente. Puis elle prit son membre en main, l’enveloppant d’une poigne ferme et humide.
« Mets tes seins autour », ordonna-t-il, la voix légèrement altérée.
Elle s’exécuta, penchant son buste en avant. Elle emprisonna son sexe dans le canyon chaud et moite de sa poitrine, serrant ses seins l’un contre l’autre. La sensation était immédiate : la peau lisse et chaude de ses bourgeons frottait contre le membre, lubrifiée par la salive. Elle commença à bouger, de haut en bas, créant un étui de chair vivante et palpitante.
« Plus serré », gémit-il, les mains agrippant les accoudoirs.
Elle augmenta la pression de ses bras, accentuant le frottement. Le mouvement était hypnotique, son souffle court embuait légèrement la vitre. Elle pouvait sentir son sexe durcir encore, pulsant entre ses courbes. Elle accéléra le rythme, sa respiration devenant plus audible.
C’est alors qu’il posa une main sur son épaule. « Attends. »
Camille s’immobilisa, le membre toujours pris en étau entre ses seins, chaud et luisant.
« Tu pratiques la sodomie ? » demanda-t-il, son regard plongeant dans le sien.
Un frisson de refus instinctif la traversa. Elle secoua la tête, ses cheveux balayant ses épaules. « Non. C’est pas… non. Je ne fais pas ça. »
Il ne détourna pas les yeux. « Je propose deux cents euros de plus. En plus des cent. Trois cents au total. »
L’air qu’Camille inspira lui brûla les poumons. Trois cents euros. Une somme. Une frontière. Elle pensa à Antoine, à sa fausse dignité, à cette rage de se vendre qui lui collait à la peau. L’argent dans sa poche était lourd, mais trois cents euros de plus…
« C’est… c’est avec préservatif ? », finit-elle par chuchoter, sa voix à peine audible.
« Évidemment », répondit-il, un léger sourire aux lèvres.
Elle ferma les yeux un instant, sentant le poids du choix, du saut dans l’inconnu. Puis elle les rouvrit, son regard devenant vitreux, résolu.
« D’accord. »
L’homme déglutit, un éclair de satisfaction traversant ses traits. « Bien. Finis d’abord ça. »
Camille reprit son mouvement, pressant ses seins autour de lui avec une vigueur renouvelée, comme pour noyer son propre vertige dans l’action. La chaleur et la friction montaient, le sexe gonflait entre ses chairs. Elle sentait qu’il était proche, mais elle savait que ce n’était que la première étape. Le vrai prix, le vrai franchissement, attendait encore. Son cœur cognait fort contre ses côtes, anticipant déjà l’étreinte à venir, l’ultime violation consentie.
Chapitre 9
L’argent des trois cents euros brûlait la poche de sa robe. L’homme lui désigna d’un geste net la banquette arrière.
« Monte derrière. C’est plus pratique. »
Camille obéit, ses jambes molles. La peur et l’excitation nouaient un nœud brûlant dans son ventre. Elle s’installa sur la vaste banquette de cuir. L’homme se retourna, son regard sombre balayant son corps offert.
« Je vais te prendre par-derrière », annonça-t-il, sa voix devenue rauque. « Tu veux que ce soit en levrette, ou sur le dos, à te regarder ? Ou les deux ? Je peux alterner. »
La question, crue, la fit tressaillir. Elle ferma les yeux une seconde, cherchant son souffle. Puis elle les rouvrit, son regard s’obscurcissant d’une résolution sale.
« Les deux », souffla-t-elle.
Il hocha la tête, un sourire mince aux lèvres. Il sortit un préservatif de son portefeuille et le déroula lentement sur son sexe, déjà dur et impérieux. Puis il attrapa un petit flacon de lubrifiant dans la boîte à gants.
« Penche-toi. Sur les genoux. »
Le cœur battant la chamade, Camille pivota. Elle posa ses avant-bras sur l’accoudoir central, offrant ses courbes à la lueur des néons. La robe remontée sur ses reins, elle sentit l’air froid sur sa peau nue. L’homme se plaqua contre elle, son torse contre son dos. Une main s’empara de sa hanche, l’autre écarta délicatement une fesse.
Le premier contact du gel froid la fit sursauter.
« Détends-toi », murmura-t-il à son oreille, tout en appliquant la substance avec une lenteur calculée autour de son anus, puis en en introduisant un peu à l’intérieur avec le bout de ses doigts.
La sensation était étrange, invasive. Elle se mordit la lèvre, fixant le cuir noir du siège devant elle. Il se positionna, le gland de son sexe gainé pressant contre l’entrée étroite.
« Respire », ordonna-t-il.
Elle inspira un grand coup. Et il poussa.
La douleur fut vive, une brûlure déchirante qui lui arracha un cri étouffé. Elle se raidit, les doigts crispés sur le cuir.
« Attends… attends… »
Il s’immobilisa, enfoui seulement d’un premier segment. Sa main sur sa hanche se fit caressante.
« Ça passe. Laisse-toi faire. »
Elle haletait, des larmes aux yeux. Puis, progressivement, la brûlure se transforma en une pression intense, pleine, inconcevable. Il commença à bouger, de petites poussées douces et circulaires qui écartaient ses muscles récalcitrants. La douleur se mêlait à une sensation de remplissage total, obscène. Elle gémit, un son rauque et étranglé.
« C’est bon ? » demanda-t-il, sa voix tendue.
Elle ne put que hocher la tête, le front en sueur. Son propre sexe, coincé contre le siège, était dur comme de la pierre, une tension électrique qu’elle n’avait jamais connue.
Alors il changea de rythme. Les poussées douces cessèrent. Il se retira presque complètement avant de s’enfoncer d’un coup plus franc. Puis un autre. Et encore un autre.
« Oh mon Dieu… » souffla Camille, prise de vertige.
La brutalité monta d’un cran. Il n’était plus question de douceur. Il la tenait fermement par les hanches et la pilonnait maintenant avec une force mécanique, chaque coup de bassin envoyant une onde de choc dans tout son corps. Le « claquement » de leurs chairs qui s’entrechoquaient emplissait l’habitacle, rythmé par ses grognements à lui et ses halètements à elle.
« Tu prends bien mon cul ? » gronda-t-il.
La phrase, d’une vulgarité crue, acheva de la briser. L’humiliation fut parfaite, absolue. Elle était là, le visage écrasé contre le cuir, à se faire « casser le cul » pour trois cents euros par un inconnu qui lui parlait comme à une chose.
Et au cœur même de cette humiliation brûlante, dans cette douleur devenue vibration continue, quelque chose explosa en elle. Une jouissance perverse et noire remonta de ses entrailles contractées par la pénétration anale pour envahir son sexe ignoré. La friction interne devenait stimulation indirecte, folle.
« Je… je vais… » bégaya-t-elle.
Il sembla le sentir. Il ralentit une seconde pour lui ordonner : « Retourne-toi. Sur le dos. Maintenant. »
Presque défaillante, elle se laissa rouler sur le dos, les jambes relevées et écartées. Il se plaqua sur elle et s’enfonça à nouveau dans son anus sans douceur cette fois, dans cette position qui lui permettait de voir son visage tuméfié par le plaisir coupable.
« Regarde-moi », exigea-t-il.
Elle ouvrit les yeux noyés de larmes et le vit au-dessus d’elle, ses traits durcis par l’effort et la jouissance imminente.
La double violation – du corps et du regard – fut l’étincelle finale. Un spasme violent la traversa, archant son dos contre la banquette. Un cri rauque jaillit de sa gorge alors qu’un orgasme torrentiel la submergeait sans toucher son sexe directement, déclenché par le martèlement anal et l’abjection totale de la situation. Des vagues de contractions convulsives la secouèrent, si intenses qu’elles firent presque hurler l’homme en l’étreignant à son tour.
Il resta un long moment en elle pendant qu’elle tremblait de tous ses membres, les yeux perdus au plafond de la voiture où dansaient des taches lumineuses. Puis il se retira d’un mouvement mouillé.
Sans un mot il se rhabilla rapidement avant de glisser les billets supplémentaires sur son ventre encore palpitant.
« Descends », dit-il simplement.
Elle mit une éternité à rassembler ses vêtements et ses esprits chavirés devant ce portail honteux qu'elle venait de franchir pour toujours
Chapitre 10
Camille marchait en titubant. L’impression lancinante et douloureuse d’avoir été forcée, écartelée, ne la quittait pas. Chaque pas lui rappelait la violation de son dernier client, la sensation de déchirure qui se mêlait maintenant à une chaleur sourde et honteuse entre ses cuisses. Elle voulait juste rentrer, s’effondrer sur son matelas et noyer cette nuit.
Les phares d’une berline noire vinrent caresser ses bottes puis s’immobilisèrent. La vitre passager descendit. Ce n’était pas un homme seul, mais un couple. Une femme blonde d’une quarantaine d’années, élégante, lui souriait.
« Excusez-moi », dit la femme, la voix douce mais assurée. Son mari, un homme aux cheveux grisonnants, restait silencieux au volant, les yeux fixés droit devant. « Je… nous vous avons vue marcher. Vous êtes vraiment très mignonne. Et sexy à croquer. »
Camille, abasourdie, ne trouva rien à répondre. Elle se sentait sale, vulnérable.
« Voilà l’idée », poursuivit la femme, sans détour. « Moi, je veux que vous me bouffiez la chatte. Là, sur le siège arrière. Lui, il observera. Il se branlera tout seul en nous regardant. Ça vous dit ? Pour cent cinquante euros ? »
Le monde sembla vaciller autour d’Camille. L’argent était bon, très bon pour un seul acte. Et l’étrange sollicitation, le pouvoir implicite qu’on lui offrait de donner du plaisir à une autre femme sous le regard d’un homme, fit vibrer une corde trouble en elle.
« D’accord », répondit-elle d’une voix qu’elle ne reconnut pas.
Elle monta à l’arrière. La femme vint la rejoindre, son parfum cher enveloppant soudain l’habitacle étroit.
« Je m’appelle Clara », murmura-t-elle en glissant une main sous la robe d’Camille pour lui pincer délicatement le téton à travers le tissu de son bustier.
Camille sursauta, un petit cri lui échappant. Devant, l’homme avait déboutonné son pantalon et sorti son sexe déjà dur, commençant une lente masturbation.
« Allez, ma belle », chuchota Clara en s’allongeant sur la banquette, relevant sa jupe droite en soie noire jusqu’à la taille. Elle ne portait pas de sous-vêtements. Sa toison pubienne était fine, soigneusement épilée, révélant des lèvres rosées et déjà humides. « Fais-moi jouir. J’ai envie de ta bouche depuis que je t’ai vue. »
Sans hésiter davantage, Camille se pencha. L’odeur musquée et sucrée de Clara la saisit, différente, excitante dans son étrangeté. Elle écarta les lèvres du bout de la langue, puis y appliqua sa bouche entière.
Clara poussa un long gémissement voluptueux, ses doigts s’enfonçant dans les cheveux blonds d’Camille pour guider le rythme.
« Oui… comme ça… tu suces si bien… sens comme je mouille pour toi… »
Camille s’abandonna à la tâche, sa langue explorant chaque pli avec une application méthodique, retrouvant dans ce corps féminin une géographie qu’elle connaissait intuitivement. Les gémissements de Clara montaient en puissance, ponctués par le frottement régulier et mouillé que produisait le mari devant.
Soudain, Clara hurla, son bassin se soulevant violemment pour plaquer son sexe contre le visage d’Camille.
« Je jouis ! Je jouis, putain ! »
La contraction puissante des muscles intimes contre sa langue déclencha chez Camille un écho de plaisir brûlant dans son propre ventre. C’est à ce moment précis que l’homme grogna, plus fort que prévu.
« Merde… je… »
Un jet chaud et épais gicla par-dessus son épaule et atterrit en plein sur la joue et la tempe d’Camille. Une perle gluante coula le long de son piercing nasal.
Le silence qui suivit ne fut rompu que par leur respiration haletante à toutes les trois. Camille se redressa lentement, le sperme tiède collant sur sa peau. Elle cligna des yeux.
Sans un mot, Clara lui tendit deux billets froissés et un troisième « pour le dérangement », avec un petit sourire presque compatissant.
Camille descendit de voiture et marcha jusqu’à chez elle comme un automate épuisé. Elle ne lava pas son visage. Elle se laissa tomber sur son lit, sentant la semence de l’inconnu sécher sur sa peau en un masque cruel et sale, et sombra dans un sommeil de plomb où les visages des hommes et des femmes se confondaient dans une même brume anonyme
Chapitre 11
La douleur la réveilla avant la lumière. Une brûlure lancinante, profonde, au plus intime d’elle-même. Camille ouvrit les yeux dans la pénombre crasseuse de sa chambre. Son visage était tendu, une croûte sèche et cassante sur sa joue et sa tempe. Elle porta une main à sa peau et ses doigts rencontrèrent le résidu granuleux du sperme de l’inconnu. L’odeur fade et tenace lui revint en plein visage.
Elle se leva avec lenteur, chaque mouvement ravivant la douleur dans son anus. C’était une sensation nouvelle, aiguë, qui lui rappelait violemment la violation de la veille, l’impression d’avoir été forcée, écartelée. Pourtant, en se dirigeant vers la salle de bain, son esprit ne se fixait pas sur l’humiliation. Il calculait.
Elle s’arrêta devant le minuscule lavabo et compta l’argent éparpillé sur la tablette. Les billets froissés, les pièces. La somme était folle. Plus qu’une semaine de salaire d’avant. Bien plus. De quoi tenir, de quoi payer ce loyer minable et même de quoi s’acheter autre chose que des nouilles. Mais le prix était inscrit dans sa chair.
Son reflet dans la glace fêlée la fixait, maculé, les cheveux en bataille. Le sperme séché dessinait une carte du déshonneur sur son visage parsemé de taches de rousseur. Elle ne le lava pas tout de suite. Elle observa. Cette fille-là avait tenu. Cette fille-là avait encaissé. Et cette fille-là avait ramassé l’argent.
La douleur lui rappela soudain sa vulnérabilité. Trois cents euros. Pour ça. Pour une souffrance qui l’empêchait de s’asseoir normalement. Un défaut dans son outil de travail. Une faiblesse que d’autres pourraient exploiter, exiger, pour moins cher.
« Il faut améliorer ce côté », murmura-t-elle à son reflet, sa voix rauque de sommeil.
L’idée était à la fois pratique et perverse. Elle n’était plus une femme blessée, elle était une professionnelle qui identifiait un point à peaufiner. Elle ouvrit le tiroir graisseux et en sortit le petit flacon de lubrifiant acheté pour ses clients. Elle le fit rouler entre ses doigts. Puis, se laissant glisser au sol, le dos contre la porte froide, elle écarta les jambes.
Son cœur battait fort, mais ce n’était pas de l’excitation. C’était de la détermination froide. Elle enduisit ses doigts de gel froid et les porta à son anus, encore douloureux et sensible au moindre effleurement. Elle respira un grand coup et appuya.
La brûlure fut immédiate, électrique. Un gémissement lui échappa. Elle s’arrêta, les yeux plissés, attendant que la vague passe. Puis elle insista, poussant lentement, millimètre par millimètre, la première phalange de son index à l’intérieur de son propre corps. La sensation était étrange, violente, une pression interne qui repoussait les limites de ce qu’elle croyait pouvoir accepter.
Elle retira son doigt, haletante. Puis elle recommença. Plus lentement. Plus de lubrifiant. Cette fois, elle parvint à s’enfoncer plus profondément, travaillant l’anneau de muscles crispés, les forçant à s’assouplir, à céder. Sa respiration sifflait entre ses dents. Des larmes de douleur pure perlaient au coin de ses yeux, mais elle ne s’arrêta pas. Elle imaginait l’homme de la veille. Elle imaginait sa queue. Elle imaginait le prochain, qui paierait peut-être plus, pour moins de résistance.
Elle ajouta un second doigt. L’étirement était presque insoutenable, une déchirure brûlante qui lui donnait la nausée. Elle bougea les doigts, un va-et-vient patient et cruel, habituant ses nerfs à l’intrusion, transformant la douleur aiguë en une sensation sourde, tolérable, presque familière. La sueur perla sur son front. Entre ses cuisses, à sa grande surprise, une chaleur humide et honteuse commençait à perler, son corps réagissant malgré tout à la stimulation violente et au pouvoir obscène qu’elle s’exerçait à elle-même.
C’était un entraînement. Une préparation. Pour les prochains. Pour l’argent. Pour qu’ils ne lui fassent plus jamais aussi mal. Pour qu’elle puisse prendre, sans faiblir, et encaisser. Elle retira ses doigits, luisants, et contempla sa main qui tremblait légèrement. La douleur était toujours là, mais elle était différente. Apprivoisée. Une frontière repoussée.
Elle se releva enfin et, pour la première fois, lava le sperme séché de son visage. L’eau était froide. La fille dans le miroir avait les yeux rouges, mais le regard était fixe. Durci. Elle avait un nouvel objectif. S’entraîner. S’endurcir. Se monnayer encore mieux.
Chapitre 12
L’argent brûlait la poche de son vieux jean. Une fièvre nouvelle poussait Camille, celle de l’investissement. Elle n’était plus seulement une marchandise, elle était son propre capital. Elle poussa la porte d’une boutique de lingerie discrète, un endroit où les prix ne criaient pas trop fort. L’intérieur était doux, feutré, sentant la poudre et la soie neuve.
Elle y passa plus d’une heure, choisissant avec un mélange de cynisme et de plaisir retrouvé. Des bas résilles noirs à coutures, un bustier en dentelle rouge sang qui comprimait ses seins en un galbe parfait, des strings minuscules en satin, et une nuisette transparente qui laissait tout deviner. Elle empila ses trouvailles sur le bras et se dirigea vers les cabines d’essayage.
Le rideau de velours était lourd. À l’intérieur, la lumière était crue. Elle se déshabilla lentement, contemplant son corps dans le miroir strié. Les marques de l’entraînement de la veille étaient invisibles, mais la résistance nouvelle était là, enfouie. Elle enfilait le bustier rouge, luttait avec les agrafes, ajustait les bas. Chaque reflet était une promesse de pouvoir. C’est alors qu’elle le vit.
Dans l’interstice entre le rideau et le montant, un reflet bougea. Un homme, la quarantaine, costume gris, se tenait immobile devant les rayons de chemises, le regard braqué sur l’ouverture. Il ne faisait aucun geste pour cacher son observation. Il maternait, purement et simplement.
Un sourire froid étira les lèvres d’Camille. Au lieu de tirer le rideau d’un coup sec, elle le laissa tel quel. Puis, elle se tourna légèrement, offrant une vue plus nette de son profil sous la dentelle, de la courbe de sa hanche où la couture du bas noir s’arrêtait. Elle prit son temps, essayant la nuisette, laissant le tissu vaporeux glisser sur ses formes, s’attardant sur le nœud entre ses seins. Elle voyait, dans le miroir, l’homme qui ne bougeait plus, pétrifié, la main serrant une chemise qu’il ne regardait pas.
Quand elle eut fini, elle s’approcha de l’ouverture. Leurs regards se croisèrent dans le miroir. Elle lui adressa un signe de tête presque imperceptible, un « viens ici » muet. La peur, l’hésitation passèrent sur le visage de l’homme. Puis la convoitise prit le dessus. Il s’approcha, jetant un coup d’œil nerveux vers une autre cabine dont le rideau était tiré, où l’on entendait une femme bouger.
Quand il fut assez près, elle écarta le rideau d’un geste vif et l’attrapa par la cravate, l’attirant à l’intérieur de l’étroit espace. L’air devint chaud, confiné, chargé du parfum de la lingerie neuve et de leur respiration.
« T’as bien regardé, hein ? » murmura-t-elle, son souffle chaud sur son visage.
Il rougit, incapable de détacher les yeux de son bustier. « Je… »
« Ta femme est là, pas vrai ? » l’interrompit-elle, d’une voix douce comme un rasoir. Elle avait aperçu l’alliance à son doigt et entendu le mouvement dans la cabine voisine. « Dans dix secondes, je pousse un coup de gueule à faire trembler tout le magasin. “Au secours ! Un pervers !”. Tu sors d’ici avec la honte au cul et probablement les flics. »
La panique s’empara de ses traits. « Non, attendez… »
« Ou alors, » continua Camille, abaissant encore le ton jusqu’au chuchotement, « tu me paies tout ça. » Elle désigna le tas de lingerie sur la banquette. « Et pour te remercier… je te suce. Ici. Maintenant. Et si tu es sage, peut-être un peu plus. »
Le dilemme se joua sur son visage en une seconde. Le risque, la honte, le désir brutal. Il regarda vers la cabine voisine, où sa femme l’attendait sans doute avec une robe. Puis son regard revint sur la dentelle rouge et la chair blanche qu’elle contenait. Il hocha la tête, frénétique.
« D’accord. Vite. »
Sans un mot, elle défit sa ceinture, sa braguette. Son sexe était déjà dur, tendu contre le coton de son caleçon. Elle l’en libéra d’une main experte, s’agenouillant sur le tapis de la cabine, renversant la pile de soie. L’odeur masculine, l’excitation coupable, emplirent l’espace clos.
Elle ne fit pas de préliminaires. Elle prit toute sa longueur d’un coup, jusqu’à ce que ses lèvres rencontrent sa toison. Il étouffa un gémissement, une main s’agrippant au portant pour ne pas tomber, l’autre serrée en un poing de tension. Elle établit un rythme implacable, profond, utilisant sa gorge, sa langue pressant le frein à chaque remontée. Les bruits humides, ses halètements à lui, le froissement des vêtements étaient assourdissants. Elle le sentit durcir encore, gonfler, les muscles de ses cuisses se tendre. Il était au bord, vite, trop vite.
« Je… je vais… »
Elle se retira juste à temps, sa bouche quittant son gland avec un *pop* sonore. Elle le regarda, les lèvres luisantes.
« Pas encore, » dit-elle, cruelle. « Tu paies d’abord. »
Haletant, il sortit son portefeuille d’une main tremblante et lui mit tous les billets qu’il contenait dans la main. Elle les prit sans les compter et les glissa sous elle, sous ses genoux.
« Maintenant, finis, » ordonna-t-elle.
Elle se pencha à nouveau, mais cette fois, elle n’utilisa que sa bouche sur le gland, une succion rapide et ferme, tandis que sa main, enduite de sa propre salive, travaillait la base avec une vélocité brutale. Il dura trois secondes. Un hoquet rauque lui échappa, puis il se vida dans sa bouche par à-coups spasmodiques, le corps secoué de tremblements. Elle le maintint, accueillant chaque jet, le goût salé et âcre emplissant sa bouche. Quand ce fut fini, elle recracha discrètement dans un morceau de l’emballage de la nuisette, essuya ses lèvges.
Il s’affaissa contre le mur, les yeux vitreux, pantalon baissé. De l’autre côté du rideau, la femme appelait, inquiète : « Chéri ? Tu as trouvé quelque chose ? »
Camille se releva, ramassa son tas de lingerie payée, et avant de sortir, elle lui murmura à l’oreille : « Merci pour le shopping. »
Elle sortit de la cabine, ajustant ses vêtements ordinaires, le visage de pierre, et passa devant la femme sans un regard. L’homme émergea une minute plus tard, livide, pour rejoindre son épouse. Camille, elle, franchit la porte du magasin, le sac plein de soie contre sa poitrine, le goût du pouvoir et du sperme encore mêlés sur sa langue.
Chapitre 13
De retour chez elle, le sac de lingerie à la main, Camille se sentait vibrer d’une énergie nouvelle. Le feu que le client du magasin avait allumé en elle couvait toujours, une chaleur insistante et humide entre ses cuisses. Elle passa à la salle de bain, ouvrit un tiroir et en sortit un petit plug anal en silicone noir, luisant et discret. Elle l’enduisit généreusement de gel, se pencha en avant devant le miroir, et l’enfonça en elle avec un long soupir. La sensation de remplissage, familière et rassurante maintenant, acheva de l’exciter. Elle était prête. Armée.
La nuit était fraîche quand elle reprit son poste, vêtue de son jean serré et d’un débardeur noir qui laissait deviner le bustier rouge en dessous. Le plug bougeait en elle à chaque pas, un rappel constant et provocant de sa détermination. Elle n’attendit pas longtemps.
Une berline silencieuse se rangea. Au volant, un homme d’une quarantaine d’années, visage neutre, costume de ville. Il baissa sa vitre.
« Tu montes ? » demanda-t-il, la voix plate.
Elle hocha la tête, ouvrit la portière arrière et s’installa. L’habitacle sentait le propre, le neutre.
« Où on va ? » demanda-t-elle, sa propre voix teintée d’une impatience qu’elle ne cherchait plus à cacher.
« Nulle part. Ici ça ira. »
Il coupa le moteur, laissant seulement les veilleuses allumées. Il se tourna vers elle, son regard la parcourant sans chaleur.
« Je veux juste une branlette, dit-il. Rien de plus. »
« Trente euros, » récita-t-elle automatiquement, le corps tendu par son propre désir refoulé.
Il sortit trois billets de dix et les posa sur l’accoudoir. « Vas-y. »
Camille s’approcha, agenouillée sur la banquette. Ses doigts défirent sa ceinture, sa braguette. Elle sortit son sexe, déjà à demi dressé. Elle le prit dans sa main, commença un mouvement de va-et-vient lent, ferme.
« Plus vite, » commenta-t-il aussitôt, les yeux rivés sur son poing qui glissait sur sa peau.
Elle accéléra le rythme, sa paume créant une friction régulière.
« Serre plus fort. Tu vois comme il gonfle ? » poursuivit-il, observateur froid. « Tu sens sous ton pouce, là, c’est le plus sensible. »
Elle ajusta sa prise, pressant là où il avait indiqué. Un grognement lui échappa.
« Voilà, c’est ça. Maintenant, utilise ton autre main. Les couilles. Prends-les, mais doucement. Presse pas trop. »
Elle obéit, encerclant son scrotum de ses doigts, le massant d’une pression circulaire. Sa respiration de l’homme s’accéléra.
« Bien. Continue comme ça. Ta main qui bouge, l’autre qui presse. Regarde, il est luisant maintenant. La pré-coupe. C’est normal. »
Elle sentait la chaleur monter en elle aussi, le plug en silicone lui rappelant sa propre disponibilité, son propre besoin inassouvi. Elle se mordit la lèvre, concentrée sur la tâche, sur les instructions techniques qui tombaient comme des ordres.
« Tu vas me faire jouir comme ça, tu vois ? Sans ta bouche. Juste avec tes mains. Plus vite. Plus fort. Frotte le gland à chaque remontée. Oui. Comme ça. »
Le rythme d’Camille devint frénétique, ses muscles lui faisant mal. L’homme se cambrait, les mains agrippées au siège, les yeux maintenant fermés.
« J’y suis presque… presque… » haleta-t-il.
Elle sentit son membre durcir encore, se tendre à l’extrême sous ses doigts. La veine battait à vive allure. Elle redoubla d’intensité, sa main n’était plus qu’un mouvement blur de va-et-vient.
« Voilà… voilà… » souffla-t-il.
Et il explosa. Une première giclée chaude et épaisse atterrit sur le débardeur noir d’Camille, tachant le tissu. Une deuxième, une troisième suivirent, plus faibles, sur sa main et sur le cuir du siège. Elle maintint sa prise jusqu’à ce que les soubresauts cessent, puis relâcha, essoufflée.
L’homme resta un moment prostré, les yeux dans le vague. Puis, sans un mot, il remit son sexe en place, reboutonna son pantalon. Il prit les billets sur l’accoudoir et les lui tendit.
« Tiens, » dit-il simplement.
Elle les prit, les fourra dans sa poche. Le liquide sur son torse commençait à tiédir, à coller au tissu. Elle descendit de la voiture, laissant l’homme repartir dans le silence. Debout sur le trottoir, la nuit l’enveloppa. Le plug en elle semblait brûler. Trente euros. Une branlette commentée. Et en elle, le feu couvait toujours, plus vif, plus exigeant que jamais.
Chapitre 14
La portière claqua à peine que les phares d’une autre voiture, un break sombre et banal, épinglaient Camille sur le trottoir. Elle cligna des yeux, l’image du sperme séchant sur son débardeur encore brûlante. La vitre conductrice descendit. Deux hommes. Des visages fatigués, des yeux qui balayaient la rue avant de se poser sur elle.
« Tu travailles ? » demanda celui du passager, la voix neutre, professionnelle.
Elle hocha la tête, méfiante. « Ça dépend de ce que vous voulez. Et du prix. »
« Monte. On discutera. »
Un ordre, pas une invitation. Le plug en elle sembla se contracter, un avertissement sourd. Elle ouvrit la portière arrière et s’installa. L’habitacle sentait le café froid et le stress.
« Alors, tes tarifs ? » reprit l’homme du passager en se tournant vers elle. Son collègue au volant gardait les yeux sur la rue.
Camille récita d’une voix plate, mécanique : « Branlette trente. Pipe cinquante. Rapport complet cent. Le reste… à négocier. »
Les deux hommes échangèrent un regard rapide, presque imperceptible. Celui du passager sortit alors un portefeuille de sa poche intérieure, mais au lieu d’en tirer des billets, il en extirpa un badge métallique qu’il fit briller sous la lumière du plafonnier.
« Police. Brigadier Morvan. Lui, c’est l’adjoint Chevalier. »
Le sol sembla se dérober sous Camille. La peur, sèche et glacée, remonta sa gorge.
« On peut faire ça de deux façons, » poursuivit Morvan, le badge toujours à la main. « Première option : on t’embarque au poste tout de suite. Outrage public à la pudeur, racolage passif. Garde à vue, procès-verbal, tout le tintouin. Ta petite vie sur le trottoir, elle est finie avant d’avoir vraiment commencé. »
Il fit une pause, laissant les mots s’enfoncer comme des clous.
« Deuxième option… » Il rangea son badge. « Tu nous rends service. À nous deux. Là, maintenant. Dans cette voiture. Et on oublie qu’on s’est croisés ce soir. »
Le silence qui suivit fut épais, chargé du ronronnement du moteur au ralenti.
« C’est… c’est du chantage, » réussit à articuler Camille, les mains tremblantes sur ses cuisses.
« C’est de la négociation, corrigea Chevalier depuis le siège du conducteur, parlant pour la première fois. Une faveur contre une autre. Tu choisis ? »
Son regard tomba sur la tache pâle et gluante sur son torse. L’humiliation de tout à l’heure était une chose. Celle-ci en était une autre, infiniment plus lourde, plus définitive. La garde à vue… Elle voyait le cachot froid, les questions interminables, le regard de Antoine s’il apprenait ça.
Elle ferma les yeux un instant. Le plug en silicone lui rappela qu’elle était déjà préparée, déjà vendue d’une certaine manière.
« D’accord, » souffla-t-elle, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes.
« Par contre… je ne bouge pas de cette voiture.
C’est ici ou rien.»
Morvan esquissa un sourire mince, sans chaleur.
« Ici ça nous va très bien.»
Il se décala sur son siège pour lui faire face pleinement tandis que Chevalier coupait le moteur et la lumière intérieure, plongeant l’habitacle dans une pénombre trouée par les réverbères extérieurs.
« Alors montre-nous ce que tu sais faire avec cette bouche dont tu parles dans tes tarifs », dit Morvan en défaisant sa ceinture d’un geste précis.
Le bruit de la fermeture éclair de Chevalier lui répondit depuis l’avant.
Ils n’allaient pas perdre de temps.
La nuit d’Camille venait de basculer dans un territoire d’une obscénité nouvelle,
où ses clients n’étaient plus des inconnus mais des hommes en uniforme,
et où le prix à payer n’était plus en euros,
mais en fragments restants de sa liberté
Chapitre 15
Un mouvement sec de la tête de Morvan ordonna à Chevalier. Sans un mot, ce dernier ouvrit sa portière, fit le tour du véhicule et s’engouffra à l’arrière, à côté d’Camille. L’espace devint étouffant, saturé de leur présence masculine et de l’autorité qui émanait d’eux.
« Allez, à genoux entre les sièges, petite, » ordonna Morvan, déjà en train de défaire sa ceinture. « Tu vas nous montrer tes talents. Un après l’autre. Moi d’abord. »
Les jambes molles, Camille obéit, s’agenouillant sur le tapis de sol. Le plug en elle fit une pression douloureuse à la nouvelle position. Morvan dégagea son sexe, déjà dur et imposant.
« Regarde-moi ça, Chevalier, » ricana Morvan pendant qu’Camille se penchait. « Elle a l’habitude. T’as vu la dégueulasse sur son t-shirt ? Du foutre tout frais. Ça doit être le menu du jour. »
Sa main s’abattit sur sa nuque, guidant brutalement sa tête vers lui. Elle prit son membre en bouche, le goût du cuir et de la sueur lui emplissant la bouche. Elle se mit en mouvement, le rythme mécanique qu’elle avait perfectionné ces dernières nuits.
« Pas mal, hein ? » dit Morvan à son collègue, les yeux rivés sur la tête blonde qui allait et venait sur son entrejambe. « Elle a une bonne gorge. Chaud et serré. »
Chevalier, assis à côté, observait, les bras croisés. « Ouais. Mais regarde-moi ce jean, complètement remonté. On voit tout son string dépasser. C’est fait exprès, ça. Pour exciter les clients avant même de commencer. Petite pute calculatrice. »
Les mots cinglaient plus fort que leurs mains. Camille ferma les yeux, essayant de se réfugier dans la technique, dans la régularité des mouvements de sa langue sur le frein.
« Plus vite, » grogna Morvan en poussant plus fort sur sa nuque. « Tu crois qu’on a toute la nuit ? »
Elle accéléra, la salive coulant sur son menton. Au bout de quelques minutes, il la repoussa d’un geste sec. « À ton tour, Chevalier. Fais gaffe, elle a les dents longues quand elle est frustrée. »
Camille se tourna, essoufflée, la bouche endolorie. Chevalier avait déjà sorti son sexe, plus mince mais tout aussi exigeant.
« Allez, suce, sale traînée, » cracha-t-il. « Et fais ça bien si tu veux éviter le poste. »
Elle s’exécuta. Pendant qu’elle travaillait sur lui, Morvan continuait son commentaire. « T’as vu la façon dont elle s’y prend ? C’est professionnel. Elle doit avoir un petit tableau de prix dans sa tête. Combien pour un frémissement, combien pour un grognement… »
« Une vraie machine, » renchérit Chevalier en lui enfonçant ses doigts dans les cheveux pour guider le rythme. « Mais une machine dégueulasse. Elle sent le foutre et la transpiration de rue. »
La honte brûlait les joues d’Camille, mêlée à une rage sourde. Ils parlaient d’elle comme d’un objet, étudiant ses réactions, critiquant sa tenue maculée, son string apparent, avec le détachement froid de techniciens évaluant du matériel. Chaque insulte était un clou planté dans le cercueil de sa dignité.
Et pourtant, sous la terreur et l’humiliation, un courant sombre et pervers coulait. Ils étaient la loi. Et là, dans l’ombre de cette voiture banalisée, c’était elle qui les faisait grogner de plaisir. Une parcelle de pouvoir, vénéneuse et désespérée, naissait au fond du gouffre.
Chapitre 16
Un clic sonore, sec. Le dos du siège passant s’affaissa brutalement. Morvan, tout en déchirant l’emballage du préservatif de ses dents, avait actionné la commande, transformant l’arrière de la voiture en un espace plus ouvert, sinistre sous les néons.
« Allez, débarrasse-toi de ça, » ordonna Chevalier, tirant sur son t-shirt maculé. « Et le jean. Tout. Garde juste le bustier. Sors-nous ces nichons. »
Les doigts engourdis par l’humiliation, Camille obéit. Le jean glissa le long de ses cuisses, l’air froid du véhicule mordant sa peau. Elle retira le t-shirt, le laissa tomber sur le sol de moquette crasseuse. Restée agenouillée entre les sièges, elle n’était plus vêtue que de son string noir et du bustier rouge à armatures. D’une pression des pouces sur ses seins rebondis, elle les libéra du tissu, les offrant à la lumière blafarde et à leurs regards avides.
« Voilà qui est mieux, » grogna Morvan en enfilant le préservatif sur… quelque chose qu’elle ne voyait pas. Il était penché, le dos à elle. « Maintenant, petite, tu vas nous divertir correctement. Chevalier ? Elle est à toi pour commencer. »
Chevalier la saisit par les cheveux et ramena sa tête vers son sexe durci. « Bouffe, salope. Et pas de dents. »
Le goût du cuir et du métal lui envahit la bouche. Elle se mit en mouvement, mécanique, le rythme appris pour survivre. Ses mains cherchèrent instinctivement à s’agripper à quelque chose, trouvant les cuisses du flic.
« Tu vois ça ? » ricana Chevalier vers son collègue, les yeux plissés de plaisir. « Une vraie machine à succion. Ça doit être son fonds de commerce. »
Derrière elle, un bruit de fermeture Éclair, un froissement de tissu. Puis une main large et rude s’empara de sa hanche, l’immobilisant.
« T’inquiète pas, ma belle, » murmura Morvan tout près de son oreille, une pointe de sadisme dans la voix. « On va bien s’occuper de toi. »
Elle sentit une pression contre l’entrée de son sexe encore sensible du viol de la veille. Une pression froide, trop rigide. L’épaisseur était inhabituelle, la longueur disproportionnée. Ce n’était pas une chair chaude et palpitante. Cela glissait avec une fluidité inorganique.
« Qu’est-ce que… » voulut-elle dire, mais sa bouche était pleine.
La pénétration commença, inexorable et étrangère. C’était lisse sous le latex, implacablement dur. Une onde de panique la submergea quand elle comprit. L’épaisseur cylindrique… la longueur… Le flash de la matraque noire accrochée à la ceinture de Morvan traversa son esprit.
« Allez, serre-toi un peu ! » gronda Morvan en poussant plus fort.
Un gémissement étouffé s’échappa de sa gorge autour du sexe de Chevalier. Les larmes lui brûlèrent les yeux alors que l’objet gainé s’enfonçait en elle avec une régularité froide et calculée, chaque poussée mesurée par le bras qui la tenait en place. Elle suçait avec une frénésie désespérée pour échapper à cette violation nouvelle et cérébrale qui distordait tout à l’intérieur d’elle.
« Ça te plaît ? » murmura Morvan d’une voix rauque en accentuant une poussée qui lui fit voir des étoiles blanches derrière ses paupières closes. « T’aimes quand c’est bien calibré ? C’est moi qui règle le tempo ici. »
Elle ne pouvait que grogner en réponse, ballottée entre les deux hommes et leurs deux outils si différents : un organique dont elle connaissait tous les signes avant-coureurs ; l’autre, un prolongement froid de leur pouvoir absolu qui s’imprimait au plus profond de son ventre avec une indifférence terrifiante
Chapitre 17
Les mains de Chevalier agrippèrent ses hanches, l’arrêtant net. « Regarde-moi cette ligne, Morvan. Juste au-dessus du bas. Cette peau toute douce, là. C’est fait pour être touché. » Ses doigts tracèrent un sillon brûlant sur la chair pâle d’Camille, juste sous l’élastique de son bas résille, avant de se refermer en une claque sèche et sonore sur sa fesse gauche.
Le choc électrisa Camille, lui arrachant un gémissement étouffé. La joue rougissait sous la morsure du cuir.
« Oh, elle aime ça », ricanait Chevalier, tandis que Morvan, derrière elle, gloussait.
« Elle aime surtout sentir qui commande. » La voix de Morvan était proche, chargée de cette satisfaction sale et familière. « Mais bon sang, attends… »
Le mouvement de va-et-vient de la matraque gainée de latex s’interrompit. Une main rude tira sur le string noir d’Camille, le décalant davantage sur le côté. Un froid soudain lui parcourut l’échine.
« Qu’est-ce que… Bordel. Regarde ça, Chevalier. »
Le silence tomba dans la voiture, coupé seulement par le souffle rauque de Chevalier dont elle suçait toujours la queue. Morvan avait cessé de bouger. Sa main s’attarda, un doigt explorant non plus son sexe, mais la base du plug anal en métal chromé qui dépassait entre ses fesses.
« Un petit joujou ? » La voix de Morvan s’était faite basse, chargée d’une excitation renouvelée. « Tu nous avais caché ça, la belle. Tu t’entraînes toute seule dans ton coin ? »
Le doigt appuya sur le renflement du plug, le faisant bouger légèrement à l’intérieur d’elle. Une vague de chaleur et de honte déferla sur Camille, mêlée à un frisson d’excitation incontrôlable. Elle serra les yeux, aspirant plus profondément la chair de Chevalier pour s’y anéantir.
« Putain, c’est vrai ? » grogna Chevalier, sa tête penchée pour tenter de voir. « Elle se balade avec ça dans le cul ? »
« Comme une vraie petite salope qui se prépare », ricana Morvan. Son doigt quitta le plug et se promena sur la peau tendue autour, taquinant l’entrée déjà distendue. « Ça change la donne, mon vieux. Si elle est déjà ouverte comme ça… »
L’implication était claire, obscène. Une nouvelle onde de panique submergea Camille, mais elle fut immédiatement subvertie par une pulsation sourde, chaude, au plus profond de son ventre. La peur se diluait dans le plaisir naissant, monstrueux et inattendu. La pression régulière de la matraque, le plug qui amplifiait chaque sensation, les commentaires dégradants… son corps répondait, trahissant son esprit.
« Elle est mouillée comme jamais », constata Morvan, sa voix empreinte d’une satisfaction terrifiante. Il glissa un doigt à la jointure de ses lèvres, puis le fit disparaître en elle, à côté de l’objet froid. La double pénétration, même partielle, lui arracha un cri étouffé, un spasme qui serra les cuisses de Chevalier.
« Bon Dieu, écoute-la ! »
« Elle en redemande. » Morvan retira lentement la matraque, le latex glissant avec un bruit humide. « C’est mon tour maintenant, Chevalier. Je vais lui donner ce qu’elle prépare depuis le début. Lâche-la. »
Chevalier, à regret, libéra sa tête. Camille, haletante, la bouche en feu et brillante de salive, vit Morvan se débarrasser du préservatif usagé et en enrouler un nouveau sur sa propre queue, dure et imposante. Ses yeux brillaient d’un désir vorace.
« À quatre pattes, sur le siège. Et garde ce jouet bien au chaud. Il va servir. »
Camille obéit, les membres tremblants, se hissant sur la banquette en cuir froissé. Elle sentait leurs regards peser sur son dos, sur la courbe de ses fesses où le plug scintillait obscènement dans la lumière blafarde. Elle ferma les yeux, et cette fois, ce ne fut pas Antoine qui apparut. Ce fut le vide. Un abysse où la honte et le plaisir se confondaient, où la soumission devenait une forme étrange et torride de pouvoir. Elle s’arc-bouta, offrant son corps aux deux hommes, et un désir sombre, vorace, commença à brûler dans ses entrailles.
Chapitre 18
Le corps d’Camille était une marchandise épuisée, un terrain de jeu pour deux. Les heures s’écoulèrent dans une brume de cuir, de sueur, et de chairs qui claquaient.
« Tourne-toi, la salope », grognait Morvan, lui enfonçant la tête sur le sexe de Chevalier alors qu’il la prenait par derrière, son plug de métal remplacé depuis longtemps par son membre gonflé. La douleur avait cédé la place à une sensation de plénitude brute, un étirement qui lui remplissait le ventre et l’esprit d’un bourdonnement vide.
« Elle adore ça, regarde-moi ce cul qui bouge », ricanait Chevalier, lui tenant les cheveux pour guider le va-et-vient de sa bouche sur lui.
Ils alternaient, s’échangent, expérimentaient. Camille à genoux pour une fellation, debout contre la portière pour une pénétration vaginale rapide et sèche, à quatre pattes sur la banquette pour recevoir l’un puis l’autre dans son cul déjà ouvert. Les insultes pleuvaient, dégradantes, mais elles glissaient sur elle maintenant, polissant l’armure de froideur qu’elle s’était forgée. L’argent était dans sa poche, lourd de billets froissés qu’ils lui avaient jetés entre deux passes. Chaque claque, chaque poussée brutale, chaque « suce » ou « écarte-toi » était une pièce de plus à la pile.
Son corps, traître, commençait à répondre autrement. La friction répétée, l’intensité mécanique, la sensation d’être un objet utilisé à satiété finirent par allumer une mèche sombre dans son bas-ventre. Une chaleur poisseuse, honteuse, montait avec chaque poussée.
« Bordel, elle est en train de mouiller pour de vrai », grogna Morvan, les doigts enfoncés dans ses hanches alors qu’il la pilonnait par derrière.
« C’est qu’une vraie pute, ça », répondit Chevalier, debout face à elle. « Allez, on lui donne son cadeau d’adieu. Viens là. »
Il l’attira à lui, s’asseyant sur le siège passager. Il la fit s’asseoir sur lui, l’enfilant d’un coup sec. Dans le même mouvement, Morvan se plaça derrière, et sans un mot, reprit sa place dans son anus déjà largement ouvert.
La double pénétration fut totale, écrasante. Elle les sentit tous les deux, leur chaleur, leur pulsation, leurs grognements synchrones. Elle était comblée, percée, réduite à une fonction. Et c’est là, dans cette ultime humiliation physique, que la tension qui couvait en elle depuis des heures se cristallisa. Un spasme violent la parcourut, indépendant de sa volonté. Son ventre se crispa, son sexe se contracta violemment autour de Chevalier, une vague de chaleur intense et liquide l’envahissant de l’intérieur. Elle jeta la tête en arrière, un cri rauque et étranglé lui échappant, tandis que les deux hommes, excités par ses convulsions, accéléraient leur rythme avant de décharger à leur tour, brutalement, en elle.
Le silence qui suivit ne fut rompu que par leur souffle haletant. Ils se détachèrent d’elle avec un bruit humide. Sans un regard, ils commencèrent à s’habiller.
« Allez, dégage », dit finalement Morvan, en ouvrant la portière côté trottoir. L’air froid de la nuit s’engouffra.
Camille, les jambes tremblantes, tenta de ramasser son jean déchiré et son string en lambeaux.
« Laisse ça. Tu rentreras comme ça. Une leçon », ricana Chevalier, lui arrachant les vêtements des mains avant de les jeter sur le siège avant.
Poussée dehors, elle trébucha sur le pavé froid. La portière claqua, et la voiture s’éloigna sans un mot de plus. Elle se tenait là, sur le trottoir désert de cette rue périphérique, vêtue seulement de son bustier noir, de ses bas résille déchirés et de ses bottes. Son corps était maculé de leurs fluides, une carte géographique de son humiliation qui brillait sur sa peau à la lueur d’un réverbère. La honte fut un raz-de-marée, brûlant ses joues et lui serrant la gorge. Elle baissa la tête et se mit à marcher, claudiquant légèrement, chaque pas un rappel du viol qu’elle venait de subir – et de l’orgasme coupable qu’elle y avait trouvé. Elle rentrerait ainsi. Parce qu’elle n’avait pas le choix.
Chapitre 19
La porte de son studio claqua derrière elle, coupant net le lien avec la rue, le froid, la honte et la violence. Les vêtements sales, le bustier et les bas déchirés, tombèrent en tas sur le carrelage froid. Elle resta un long moment sous le jet brûlant de la douche, les yeux fermés, les muscles crispés. L’eau ruisselait, rouge à certains endroits, emportant des traces de sperme et de saleté. Son corps était une carte sensible de violences : ecchymoses aux hanches, écorchures aux genoux, une douleur sourde et profonde au plus intime d’elle-même.
Pourtant, lorsqu’elle sortit, enveloppée dans une serviette rêche, son regard ne se posa pas sur le miroir embué. Il alla droit au sac en plastique qu’elle avait posé sur la table, à côté de la liasse de billets. L’argent de la nuit. L’argent des deux flics.
Le lendemain après-midi, elle marchait dans le quartier, ses économies serrées dans la poche de son manteau. Ce n’était plus pour des vêtements. Elle poussa la porte d’un sex-shop discret, l’éclairage rougeoyant, les étagères remplies de plastique et de silicone aux formes improbables. Elle ne baissa pas les yeux. Elle marcha droit vers le rayon des « entraînements ».
Elle choisit avec une froide détermination. Un kit de plugs anaux en silicone médical, de taille graduée, du plus petit au plus imposant. Un gode double, courbé, promettant une stimulation interne précise. Une paire de pinces à tétons en métal chromé. Et un carnet à la couverture noire, sobre, avec un stylo à bille.
De retour dans le silence de son studio, elle déballa ses achats avec le sérieux d’un technicien préparant son matériel. Elle aligna les plugs sur son lit. Elle ouvrit le carnet à la première page. En haut, elle inscrivit, d’une écriture nette et appliquée : **Journal d’entraînement – Protocole de résistance et de contrôle.**
Elle commença par le plus petit plug. Elle l’enduisit de gel à l’eau, s’allongea sur le dos, jambes écartées. La première insertion fut une simple formalité, une sensation de remplissage léger. Elle nota dans le carnet : *Jour 1 – Plug S – Toléré sans effort. Durée : 30 minutes. Sensation : présence neutre. Pulsation à la marche.* Elle poursuivit ses tâches ménagères, le plug en place, notant les variations de sensations, les petits spasmes involontaires.
Le vrai travail commença les jours suivants. Elle passa au plug de taille moyenne. La pression à l’insertion était plus marquée, l’étirement tangible. Elle respira profondément, se concentrant sur la relâcher des muscles, sur l’acceptation de l’intrusion. Elle nota : *Jour;
Jour 3 – Plug M – Résistance initiale. Contraction réflexe à vaincre. Durée : 45 minutes. Réaction physique : chaleur diffuse, légère transpiration. Objectif : durée 1h.* Elle s’entraînait comme un athlète, poussant ses limites, étudiant les réponses de son corps.
L’entraînement se diversifia. Elle utilisa le gode double, cherchant à reproduire la sensation d’une double pénétration, mais cette fois sous son contrôle total. Elle nota la courbure, la pression sur certaines zones, l’écho de plaisir qui naissait parfois, malgré elle, du frottement interne. Elle ajouta les pinces à tétons, ajustant la pression, chronométrant la durée de port. La douleur vive, aiguë, se transformait peu à peu en un signal électrique net, propre, qu’elle apprenait à dompter.
Ses sorties nocturnes continuaient, mais elles avaient changé de nature. C’était moins une recherche désespérée d’argent ou de sensation qu’un **terrain d’application**. Quand un client la prenait par derrière, elle notait mentalement l’angle, la profondeur, la facilité avec laquelle son corps, désormais entraîné, acceptait l’intrusion. Elle comparait avec les données de son carnet. Elle devenait experte de sa propre mécanique.
Un soir, après une passe rapide et lucrative, elle rentra et ouvrit son journal. Sous la lueur de sa lampe de chevet, elle écrivit, détaillant non pas l’humiliation, mais la performance : *Client type « pressé ». Pénétration anale rapide, position debout. Tolérance excellente, aucune contraction de rejet. Temps d’adaptation : quasi nul. Gain : 150€. Fatigue musculaire post-acte : faible.* Elle tourna la page, révélant des diagrammes qu’elle avait commencé à esquisser, traçant des courbes de tolérance, des durées optimales.
Son corps n’était plus une victime ou un objet de désir sauvage. C’était une machine qu’elle calibrait, une arme qu’elle affûtait. Chaque ligne dans le carnet était une frontière repoussée, une vulnérabilité transformée en force. Et au fond de cette froide méthodologie, une pulsion nouvelle grandissait : la fascination clinique pour les abîmes qu’elle pouvait désormais explorer sans se briser.
Chapitre 20
Les deux jours de repos avaient été nécessaires. Les bleus avaient viré au jaune-vert, la douleur profonde s’était muée en une simple sensibilité. L’argent de la nuit avec les flics, méticuleusement compté et caché, lui offrait ce luxe : souffler. Mais le vide de l’appartement la rongeait, et Antoine lui manquait avec une acuité qui la poussait, un soir, à sortir son téléphone, à défiler leurs anciens messages jusqu’à ce que la frustration et le désir la submergent. Elle s’était touchée seule, violemment, en imaginant ses mains à lui, pour finalement s’endormir épuisée et plus vide encore.
Le soir suivant, elle retourna travailler. Elle avait appris. Elle enfila une jupe en cuir souple, courte, qu’il suffisait de relever, et un haut moulant à bretelles fines, facile à baisser. Dessous, des bas résille noirs qui protégeaient à peine du froid mais excitaient les regards. C’était fonctionnel. Efficace.
Elle n’avait pas attendu longtemps lorsqu’une voiture, une compacte propre, se rangea près d’elle. La vitre passager s’abaissa. Camille s’approcha, son discours préparé aux lèvres, et s’arrêta net.
Au volant, une femme la regardait. Elle avait peut-être quarante ans, des cheveux châtains coupés au carré, un visage sérieux et des yeux qui la détaillaient sans détour. Le choc fut tel qu’Camille resta muette une seconde, son scénario intérieur s’effondrant. Une cliente ? L’idée ne l’avait jamais effleurée. Mais l’argent n’avait pas de sexe. Un client était un client. Elle se força à sourire.
« Tu montes ? » demanda la femme. Sa voix était calme, posée.
Camille hocha la tête, ouvrit la portière et s’installa. L’habitacle sentait le propre, un léger parfum floral. Pas de désinfectant, pas de relents de tabac froid.
« Où allons-nous ? » demanda Camille, retrouvant son ton professionnel.
« Ici suffira. C’est discret. » La femme coupa le contact. Elle ne bougea pas vers elle tout de suite. Elle la regarda. « Je m’appelle Claire. Je sais ce que je veux. »
« Dites. »
Claire sortit un portefeuille et posa deux billets de cent euros sur la console centrale. « Je veux jouir. Accomplir un fantasme. Tu es là pour ça. Comme avec un homme. Ton plaisir à toi… ce n’est pas l’enjeu. »
Le message était clair. Et étrangement, il libérait Camille. Pas besoin de feindre, de simuler un désir qu’elle n’avait pas. Son rôle était technique : provoquer la décharge. C’était presque réconfortant. Elle hocha à nouveau.
« D’accord. »
Sans un mot de plus, Claire écarta légèrement les jambes, sa jupe tailleur remontant sur ses cuisses. Elle ne portait pas de collant. Camille se glissa sur le siège, sa main hésitante venant se poser sur le genou de la femme, la peau chaude sous ses doigts. Elle sentit un léger frisson. Elle se pencha, et ses lèvres rencontrèrent celles de Claire dans un baiser expérimental, ferme, professionnel. La femme répondit avec une avidité contenue, sa main s’accrochant à l’épaule d’Camille.
Camille laissa ses lèvres descendre le long de son cou, dégrafa le premier bouton de son chemisier, puis le second, révélant un soutien-gorge de dentelle beige. Elle passa ses paumes sur les seins offerts à travers la dentelle, sentant les pointes durcir instantanément. Claire retint son souffle.
« Oui, » souffla-t-elle.
Chloé fit glisser les bretelles de son propre haut, libérant ses seins, et pressa sa poitrine contre celle de Claire. Le contact peau contre peau, doux et ferme, fit geindre la femme. Elle prit un sein d’Camille dans sa main, le serra, mais Camille capta son poignet et le guida vers son propre sexe.
« Touchez-vous, » ordonna-t-elle doucement. « Je vais vous regarder. »
Claire, les yeux sombres de désir, obéit. Sa main disparut sous sa jupe. Camille, agenouillée entre les sièges, observait. Elle voyait les mouvements de ses doigts sous le tissu, l’élévation de son bassin, l’accélération de sa respiration. Elle se pencha alors, écarta doucement la main de Claire, et remplaça ses doigts par sa bouche à travers la soie des sous-vêtements. Elle souffla son haleine chaude sur le sexe tendu, puis pressa ses lèvres, utilisant sa langue pour masser le petit renflement du clitoris à travers le tissu humide.
Claire poussa un cri étouffé, ses doigts s’enfonçant dans les cheveux blonds d’Camille. « Plus… directement, » haleta-t-elle.
Camille s’exécuta. D’un mouvement précis, elle fit glisser la culotte de Claire sur ses hanches, l’abaissant juste assez. Le sexe de la femme était glabre, luisant, ouvert. Camille plongea. Elle n’y alla pas avec la langue douce et exploratrice qu’elle aurait pu utiliser pour elle-même. Elle attaqua, directe, ferme, le bout de sa langue vibrant rapidement sur le clitoris gonflé, tandis que deux de ses doigts, enduits de la salive qu’elle avait pris soin de laisser couler, s’enfonçaient d’un coup dans le vagin serré.
Claire se cambra violemment, un long gémissement rauque lui échappant. « Comme ça… ne t’arrête pas… »
Camille ne s’arrêta pas. Elle établit un rythme implacable, ses doigts allant et venant en une cadence profonde et régulière, sa langue maintenant une pression continue et rapide. Elle écoutait le corps sous elle, les spasmes qui commençaient à agiter les cuisses, les jurons incohérents qui tombaient des lèvres de Claire. Elle accéléra encore, ajoutant un troisième doigt, étirant, remplissant, visant un point précis à l’intérieur qu’elle connaissait par ses propres expériences.
Le corps de Claire se raidit soudain, une tension extrême parcourant chacun de ses muscles. Un son rauque, presque un cri, fendit le silence de la voiture. Elle trembla, secouée par des ondes violentes, son ventre se contractant autour des doigts d’Camille qui continuaient leur va-et-vient pour prolonger la vague. Un filet de liquide chaud trempa la main d’Camille.
Puis ce fut le relâchement, brutal. Claire s’effondra sur le siège, haletante, les yeux fermés, le visage détendu dans une expression de satisfaction exténuée.
Camille se redressa lentement, essuyant son menton et ses doigts luisants sur un mouchoir qu’elle sortit de sa poche. Elle se rhabilla calmement, remit ses bretelles en place. Le silence n’était plus que celui de deux respirations qui se calmaient.
Claire ouvrit les yeux, un sourire las aux lèvres. Elle prit les billets et les tendit à Camille. « Merci. C’était… parfait. »
Camille prit l’argent, le glissa dans son sac. « De rien. »
Elle sortit de la voiture sans un mot de plus. L’air de la nuit lui parut plus léger. Elle n’avait pas eu de plaisir. Pas une seule seconde. Mais elle venait de gagner deux cents euros en offrant exactement ce qui était demandé. Et dans la précision technique de l’acte, dans le contrôle absolu qu’elle avait maintenu sur le corps d’une autre, elle venait de trouver une forme de pouvoir nouvelle, et terriblement excitante.
Chapitre 21
Claire referma son portefeuille, les billets déjà dans la poche du jean d’Camille. Son visage détendu affichait une satisfaction paisible qui, paradoxalement, agaça Camille. Elle avait été un outil, efficace et silencieux. Elle tourna la poignée, le déclic de la portière sonnant comme une libération.
« Attends, » dit soudain Claire.
Sa voix avait perdu sa douceur post-orgasmique. Camille se figea, une main déjà dehors dans l’air froid.
Claire avait sorti son téléphone. L’écran s’alluma, aveuglant dans la pénombre de la voiture. « Un souvenir, » murmura-t-elle, et l’appareil cliqua avant qu’Camille ne réalise.
Le flash explosa, gelant sur le rétine l’image d’Camille, bouche entrouverte, yeux écarquillés de stupeur, ses cheveux en désordre et la trace humide de leur acte encore luisante à son menton.
« Qu’est-ce que vous faites ? Effacez ça ! » protesta Camille, la voix étranglée par une indignation soudaine.
Claire esquissa un sourire énigmatique. « Pourquoi ? C’était une belle prestation. Au revoir, Camille. » Elle mit le contact, le moteur romonnant doucement, un ultimatum poli.
Impussante, la gorge serrée par un mélange de rage et d’humiliation, Camille recula d’un pas. La voiture s’éloigna, l’emportant avec elle ce fragment de honte capturé en pixels. Elle resta un moment sur le trottoir, les poings serrés, à maudire sa naïveté. L’argent dans sa poche lui brûlait soudain.
La suite de la nuit se fit mécanique, comme pour se purger de cette perte de contrôle. Les clients se succédèrent à un rythme soutenu, presque sans pause. Un homme nerveux dans une berline, les mains moites. Un autre, plus âgé, au regard triste. Un troisième qui parlait trop. À chacun, elle offrait le même menu réduit, limitant les risques, reprenant le contrôle là où elle l’avait perdu. Des branlettes rapides et expertes, des pipes efficaces où elle fixait un point vague sur le tableau de bord, son esprit ailleurs. Elle refusa toute pénétration, repoussant les mains trop aventurières avec une fermeté glaciale. « Juste la bouche, ou rien. » Ils cédaient tous, pressés par le désir et la nuit.
Chaque fois qu’elle sentait un client approcher de son orgasme, elle accélérait le rythme, pressant pour en finir, pour empocher les billets et passer au suivant. Sa mâchoire commençait à lui faire mal, un léger lancinament sourd à la base du crâne. Son corps fonctionnait, mais il était vide, une coquille tendue travaillant à la chaîne. L’excitation étrange et sale qu’elle avait parfois éprouvée était absente, remplacée par une irritation sourde. Elle avait besoin de quelque chose de plus, de cette pression qui la remplissait et la faisait oublier, mais aucun des hommes de cette nuit ne le lui offrirait.
La dernière voiture partit. Minuit était passé depuis longtemps. Elle resta seule sur le trottoir désert, les bras croisés sur sa poitrine. La frustration était un poids lourd et chaud en bas de son ventre. Une tension qui ne demandait qu’à être rompue, mais qu’aucune de ces bouches ou mains anonymes n’avait su apaiser. Elle était irritée, tendue, pleine d’une énergie nerveuse qui tournait à vide.
Elle rentra chez elle, ses pas claquant avec colère sur le trottoir. La porte de son studio claqua derrière elle, un écho brutal dans le silence. Elle se déshabilla, jetant ses vêtements en un tas sur le sol, et se regarda dans le miroir de la salle de bain. Son reflet lui renvoya l’image d’une femme aux yeux cernés, à la bouche légèrement tuméfiée, au corps couvert de marques fugaces laissées par des mains étrangères. La photo de Claire lui revint en mémoire, et elle ferma les yeux, serrant les paupières pour chasser l’image.
Le besoin était là, physique, impérieux. Un besoin qu’elle seule pourrait combler ce soir. Elle marcha jusqu’au lit, ouvrit le tiroir de sa table de nuit, et en sortit le plug anal en métal, froid et lourd dans sa paume. Elle le prit, non pas comme un outil d’entraînement, mais comme une promesse de plénitude. Une façon de reprendre possession.
Chapitre 22
Le soir suivant, Camille reprit son poste avec une détermination de fer. Le souvenir de l’appareil photo de Claire était une brûlure sèche derrière ses paupières. Il fallait effacer ça, noyer cette vulnérabilité capturée sous des couches de transactions anonymes.
Elle enchaîna trois passes rapides, trois bouches qui ne comptaient pas. Des gueules floues, des voix indistinctes. Elle pratiquait la fellation avec l’efficacité d’un robot, stoppant net avant la finition, recrachant, exigeant le paiement.
« Attends, je vais jouir ! » protesta le troisième, rouge et essoufflé.
« Non. Prix de base. Fini. Descendez, » répliqua-t-elle d’une voix plate, en essuyant ses lèvres du dos de la main.
Il jura mais lui tendit les billets froissés. La voiture s’éloigna dans un crissement de pneus.
C’est alors qu’une vieille berline grise se gara lourdement le long du trottoir. La vitre passager était baissée, laissant échapper une bouffance d’air chaud, de bière et de fumée acre. Camille distingua trois silhouettes à l’intérieur.
Deux hommes sur la banquette avant. Le conducteur, un type large au cou rasé, avait les yeux vitreux. Son passager, plus jeune, les cheveux gras, riait pour rien en se tournant vers l’arrière. Et à l’arrière, une fille. Très jeune. Quinze, seize ans maximum. Elle fixait ses genoux, les épaules remontées jusqu’aux oreilles.
« Salut poupée ! Tu bosses ? » beugla le passager, sa voix pâteuse.
Camille sentit un premier frisson d’alerte lui parcourir l’échine. Elle s’approcha néanmoins. « Ça dépend de ce que vous voulez. Et du prix. »
Le conducteur la détailla de la tête aux pieds, son regard trainant sur son bustier noir et son jean moulant. « T’es bien foutue. On veut du vrai. Pas des léchouilles à moitié. »
« Combien ? » demanda Camille, le menton levé.
Les deux hommes chuchotèrent un instant. « Deux cents pour toi », dit finalement le conducteur en sortant un portefeuille. « Cent maintenant, cent après. »
C’était beaucoup plus que ses tarifs habituels pour un service complet. La somme agissait comme un anesthésiant sur sa prudence. Elle prit le premier billet, le glissa dans sa botte.
« Monte derrière avec Chloé », ordonna le passager en désignant d’un signe de tête la jeune fille à l’arrière.
Camille contourna la voiture et ouvrit la portière arrière. La fille – Chloé – se recroquevilla contre sa propre portière, comme pour disparaître dans la tapisserie usée. Elle ne la regardait pas.
Camille s’installa au centre, le cuir crasseux crissant sous elle.
« Allez, montre-nous ce que tu sais faire », dit le passager en se penchant entre les sièges avant.
Le conducteur avait déjà déboutonné son jean et sorti sa queue, molle d’abord puis durcissant rapidement sous leurs regards à tous.
Sans un mot, Camille se pencha vers l’avant. Ses cheveux blonds tombèrent en rideau entre le siège avant et l’arrière, créant une intimité factice avec cet organe tendu et veineux qu’elle prit en bouche d’un mouvement expert. Le goût de sel et de tissu sale lui envahit la langue.
« Putain, elle aspire comme une pro ! » grogna le conducteur en renversant la tête contre l’appui-tête.
« Laisse-moi voir », ricana le passager.
Pendant qu’elle suçait avec un rythme profond et régulier, sentant l’homme gonfler dans sa gorge, des mains agrippèrent sa taille par-derrière. C’était le passager qui s’était contorsionné pour atteindre son jean. Il fit descendre le denim et la culotte d’un geste brusque.
« Oh ouais ! Regarde-moi ce cul ! » s’exclama-t-il en lui donnant une claque sur la fesse.
La peau claqua dans l’habitacle étouffant.
« Et là-dedans… t’as un truc ? » continua-t-il en écartant ses fesses du bout des doigts.
La base du plug anal pressait contre son orifice.
« Un petit jouet ? Salope, t’es prévue pour tout », rigola-t-il.
Il se débarrassa vite fait de son propre pantalon et guida son sexe à l’entrée de sa chatte déjà humide malgré elle – humide de tension et de cet argent qui pesait dans sa botte. Il pénétra d’un coup sec qui fit gémir Camille, un son étouffé par la queue qu’elle avait encore dans la bouche.
La voiture était pleine de leurs bruits : les grognements sourds du conducteur dont elle pompait la verge à pleine gorge, les souffles rauques du passager qui la pilonnait par derrière avec une cadence saccadée d’homme ivre, et les commentaires salaces qu’ils échangeaient par-dessus son corps courbé.
« T’as vu comme elle prend bien ? »
« Son cul là… il est serré à mort avec son truc à l’intérieur… »
« Elle doit adorer ça… Hein salope ? Tu kiffes te faire remplir des deux côtés ? »
Camille fermait les yeux, concentrée sur sa tâche double : accélérer le rythme de sa bouche pour finir celui-là vite, et serrer ses muscles internes pour que celui qui la prenait par-derrière jouisse rapidement aussi. C’était une équation mécanique à résoudre dans une cacophonie nauséabonde.
Et pendant tout ce temps, au bord de son champ de vision réduit à l’entrejambe du conducteur et au tissu du siège avant, il y avait Chloé. La jeune fille regardait droit devant elle, par la fenêtre, les poings serrés sur ses cuisses. Son visage était un masque de gêne absolue, de honte par procuration si intense qu’elle semblable vouloir se dissoudre dans le siège. Elle ne regardait jamais directement la scène, mais elle ne pouvait pas ne pas la voir ni l’entendre. Son silence était plus assourdissant que tous les grognements des hommes.
Le corps d’Camille était utilisé comme un objet de plaisir et de conversation crue entre deux types défoncés, sous le regard horrifié d’une adolescente témoin malgré elle. Et au milieu de cette triangulation dégradante, elle suçait et serrait les dents tandis qu’on la chevauchait avec force, cherchant uniquement le moment où le poids du deuxième billet viendrait remplacer celui des corps qui s’acharnaient sur elle
Chapitre 23
Les deux hommes ne tinrent pas longtemps à ce rythme soutenu. Le conducteur jouit le premier, un grognement guttural lui échappant tandis qu’un jet tiède et salé inondait le fond de la gorge d’Camille. Elle avala par réflexe, sans expression.
« Putain, quel vide-grenier ! » s’exclama le passager, accélérant aussitôt ses propres mouvements. Quelques à-coups brutaux plus tard, il se raidit à son tour, enfonçant son sexe au plus profond d’elle avec un râle sourd. Un flot de chaleur se répandit dans son ventre. Il s’affaissa sur son dos, haletant.
« Bon boulot, salope. T’es une machine, » dit le conducteur en reboutonnant son jean d’une main molle.
Le passager se redressa, extrayant son membre mouillé. « Ouais, un corps de fou. Vraiment. »
Dans le silence lourd qui suivit, l’air était saturé de l’odeur du sexe et de la transpiration aigre. Le passager se pencha vers Chloé, toujours prostrée à l’arrière.
« Allez, poupée. Paie-la et descends-la. On a fini. »
La jeune fille sursauta comme électrocutée. Sans un mot, elle fouilla dans un petit sac en bandoulière et en sortit un billet de cent euros froissé qu’elle tendit vers Camille, évitant toujours son regard.
Camille prit l’argent. Sa main effleura celle de Chloé. Elle sentit un petit bout de papier plié glisser dans sa paume en même temps que le billet.
« Descends, » répéta l’homme avec impatience.
Camille ouvrit la portière et mit pied à terre. L’air frais de la nuit lui frappa le visage comme une gifle bienvenue. Elle rajusta rapidement son jean et son bustier avant que la berline ne redémarre dans un nuage de fumée d’échappement, emportant avec elle les deux hommes et le silence écrasant de la jeune fille.
Seule sur le trottoir, elle déplia le morceau de papier. À la lumière blafarde d’un réverbère, elle lut, écrit d’une écriture nerveuse et adolescente : *« J’ai besoin de parler. SVP. – Chloé »* suivi d’un numéro de téléphone portable. Camille froissa le mot et le fourra au fond de sa poche avec un haussement d’épaules fatigué. Un autre problème qui n’était pas le sien.
Elle n’eut pas à attendre longtemps pour le client suivant. Une voiture familiale sobre se rangea doucement. Au volant, Camille reconnut aussitôt la femme : Claire. Celle de la veille. Celle du téléphone et de la photo volée.
Un mélange de rage froide et d’appréhension noua l’estomac d’Camille. Elle s’approcha, le visage fermé.
« Vous montez ? » demanda Claire par la vitre baissée. Son ton était différent : plus grave, plus direct.
« Vous avez ma photo. Qu’est-ce que vous voulez de plus ? De l’argent pour ne pas la diffuser ? » cracha Camille.
« Non. Montez. S’il vous plaît. C’est important. Ce n’est pas… ce que vous croyez. »
Intriguée malgré elle par le sérieux inhabituel de la cliente, Camille ouvrit la portière passager et s’installa. L’habitacle sentait le propre, le cuir neutre.
Claire ne démarra pas tout de suite. Elle tourna son visage vers Camille. « Écoutez-moi. Je vais vous dire quelque chose que vous ne savez pas. Sur Antoine. »
Le nom fit l’effet d’un coup de poing en pleine poitrine à Camille. « Quoi ? Qu’est-ce que vous savez sur lui ? Qui êtes-vous ? »
« Je suis policière, » dit Claire calmément. « Brigade de protection des témoins. Antoine… il s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment il y a quelques mois. Il a vu des choses clés dans une enquête très sensible. Des gens très dangereux qui ont compris qu’il était un témoin gênant.»
Camille sentait son cœur battre à tout rompre contre ses côtes.
« Il nous a contactés par peur pour sa vie… et pour la vôtre », continua Claire en la regardant droit dans les yeux.
« Quand il vous a quitté si brutalement… c’était sur notre conseil. Une mise à distance forcée pour vous protéger tous les deux, mais surtout vous. Nous pensions que si vous étiez séparés, vous seriez moins en danger, moins facile à repérer comme un moyen de pression contre lui.»
Le monde bascula autour d’Camille.
« Il ne vous a pas quittée parce qu’il ne vous aimait plus », murmura Claire avec une froide compassion.
« Il vous a quittée parce qu’il vous aimait trop.»
Un sanglot rauque monta dans la gorge d’Camille aussitôt étouffé.
« Je… je le savais », parvint-elle à chuchoter des lèvres blêmes.
« Au fond… je savais qu’il m’aimait encore.»
Chapitre 24
Le silence dura quelques secondes, énorme. Camille fixait le pare-brise, l’esprit en miettes. Antoine. Protégé. En danger. Et il l’aimait.
« Hier soir… », reprit Claire, sa voix modulée rompant le charme. « Ce moment avec vous. C’était… technique, efficace. Mais pour moi, c’était plus. J’ai des besoins, moi aussi. Des envies qui ne s’arrêtent pas au poste de police. »
Camille se tourna vers elle, les yeux rougis. « La photo ? »
« Pour vous revoir facilement », admit Claire sans détour, un léger sourire aux lèvres. « J’ai raconté la scène à mes collègues ce matin. En montrant la photo sur mon téléphone, pour le contexte. C’est là que… Antoine l’a vue par-dessus mon épaule. Il a pâli comme un linge. Il a reconnu votre tatouage, vos taches de rousseur… Il a failli tout lâcher, là, devant tout le monde. »
Le cœur d’Camille fit un bond douloureux. « Il est là ? Dans votre bureau ? »
« Sous protection, oui. Il nous a suppliés de vous trouver, de vous sortir de la rue. Il pensait que vous aviez sombré par chagrin… » Claire posa une main sur son avant-bras. « Pourquoi le faites-vous vraiment ? »
La voix d’Camille se brisa. « Au début, pour survivre. Sans lui… plus de loyer, plus rien. Et puis… j’ai cru que si je me perdais assez, il reviendrait me sauver. Un appel au secours tordu. Maintenant… c’est une habitude. Une cage dont je connais les barreaux. »
Claire observa son visage défait, ses mains qui tremblaient malgré sa volonté de fer.
« Écoutez », dit-elle doucement mais avec cette autorité qui ne discutait pas. « Je vais vous payer une passe supplémentaire. Deux cents euros pour me rendre un service *à moi*. Montez derrière. »
Stupéfaite, Camille obéit, glissant sur la banquette arrière en cuir froid.
Claire se retourna, un jeu de menottes chromées dans une main. « Posez vos mains sur l’appuie-tête central. Ne vous inquiétez pas. »
Le métal froid encercla ses poignets avec un claquement sec et définitif. Puis Claire actionna un levier, faisant basculer la banquette arrière presque à l’horizontale. Camille se retrouva couchée sur le dos, menottée à la voiture même, vulnérable et offerte.
« Ce que vous endurez… la force que ça demande », murmura Claire en se penchant sur elle.
Ses doigts agiles défirent la braguette du jean d’Camille, puis tirèrent le pantalon et la petite culette en même temps, les descendant le long de ses jambes jusqu’aux chevilles. L’air frais de l’habitacle caressa son sexe nu.
« Vous avez un corps de fou, Camille », continua Claire d’une voix posée et admirative tandis qu’elle s’agenouillait entre ses cuisses écartées par la position. « Sculpté par l’épreuve. Tendue à craquer. Je vais juste prendre soin de lui un instant. Vous n’avez rien à faire. Laissez-vous faire. »
Sans attendre de réponse, elle se pencha et posa sa bouche sur elle.
La première caresse de sa langue fut longue, plate et délibérée, remontant lentement toute la longueur de sa fente déjà moite des précédentes passes et de l’adrénaline du choc émotionnel. Camille retint son souffle.
« Détendez-vous », ordonna Claire entre deux passages savants de langue qui s’attardaient sur son clitoris déjà durci.
Elle ne léchait pas avec avidité ou voracité, mais avec une expertise concentrée et pleine d’intention. Sa langue traçait des cercles précis, puis des lignes droites, sondait doucement son entrée avant de remonter exercer une pression exquise sur le point le plus sensible.
« C’est ça… vous êtes si forte », murmurait Claire contre sa peau chaude, ses paroles vibrantes ajoutant à la sensation.
La tension dans le ventre d’Camille n’était plus seulement sexuelle ; c’était un tourbillon où se mêlaient la révélation sur Antoine, la brutalité des dernières heures, et cette douceur inattendue et contrôlée d’une autre femme qui voyait en elle plus qu’un corps à utiliser – qui voyait sa résistance.
La langue de Claire s’acharnait maintenant avec une régularité implacable sur son clitoris gonflé et hypersensible, tandis qu’un doigt glissé en elle ajoutait une profondeur nécessaire au bord du vertige.
« Lâchez prise », insista Claire, sa main libre venant se poser sur le ventre palpitant d’Camille comme pour y ancrer l’onde montante.
Camille ferma les yeux. Elle arrêta de combattre – combattre les clients, combattre sa honte, combattre son désir pour Antoine. Sous cette langue experte et ces mots d’une étrange tendresse dominante, elle se permit simplement de *sentir*. Une vague brillante et brûlante prit naissance au plus profond de son bassin et remonta comme une marée inarrêtable.
Son corps se cambra malgré les menottes, un cri étouffé lui échappant lorsqu’elle sombra dans un orgasme violent et cathartique qui la secoua des pieds à la tête, vidant momentanément son esprit de tout ce qui n’était pas ce plaisir explosif et libérateur.
Quand les dernières vagues se dissipèrent, Claire s’écarta calmement et essuya délicatement son menton du revers de la main avant de libérer ses poignets du métal froid.
« Voilà », dit-elle simplement en tendant deux billets neufs.
« Rentrez directement chez vous maintenant. Ne traînez pas dehors cette nuit. Je vais réfléchir à comment faire pour que vous puissiez contacter Antoine en sécurité. Je vous recontacte demain.
Camille remonta son pantalon d'une main tremblante encore parcourue de frissons résiduels.
Chez elle.
Où elle allait enfin pouvoir chercher un moyen,
trouver une faille,
pour atteindre celui pour qui,
dans l'ombre,
tout avait commencé
Chapitre 25
La nuit était déjà vieille quand Camille poussa la porte de son studio. L’orgasme forcé par Claire, les révélations sur Antoine, tout formait un magma brûlant et contradictoire dans sa poitrine. Son corps était encore tendu, vibrant de l’humiliation récente et de la douceur étrangère. Dans le silence de la pièce, une autre pensée émergea, nette et inquiète : la fille. Chloé.
Elle attrapa son téléphone, les doigts agiles malgré la fatigue. Le message était bref.
> **Camille** : C’est Camille, de l’autre nuit. Tu vas bien ? Ils t’ont fait du mal après ?
La réponse fut presque instantanée, comme si la jeune fille guettait.
> **Inconnu** : nan ça va. ils savent pas que j’ai parlé.
> **Inconnu** : t’as l’air de savoir comment faire de l’argent vite toi.
> **Inconnu** : j’en ai besoin moi aussi. pour me casser d’ici.
Le cœur d’Camille se serra. Elle s’assit sur le bord de son lit, le clavier numérique éclairant son visage fatigué.
> **Camille** : C’est quoi ton prénom déjà ?
> **Inconnu** : Chloé.
> **Camille** : Écoute Chloé, ce que je fais… c’est pas une solution. C’est un trou. Tu tombes dedans, tu remontes plus.
> **Chloé** : t’es bien dedans pourtant. tu gagnes.
> **Camille** : Je gagne de la honte et des bleus. Ces mecs dans la voiture… ton frère et l’autre… ils te forcent ?
> **Chloé** : ils disent que je dois aider la famille. que c’est ma part. ils me donnent les sachets à porter en ville. les flics regardent jamais une gamine comme moi.
> **Chloé** : faut 800 balles pour le train et un mois de colocation que j’ai repérée à Lyon.
> **Camille** : 15 ans, Chloé… T’as 15 ans. Le soir, sur le trottoir, c’est pire que tout ce que tu peux imaginer.
> **Chloé** : et rester là c’est mieux ? au moins sur le trottoir c’est MOI qui vends mon cul. pas EUX qui le vendent à ma place sans que je touche un rond.
La phrase frappa Camille en plein ventre. Elle ferma les yeux, revoyant la silhouette frêle et terrorisée sur la banquette arrière. Une colère sourde monta en elle, mêlée à une terrible empathie.
> **Camille** : On se voit demain. Parle à personne.
> **Chloé** : où ?
> **Camille** : Centre commercial Beaugrenelle. 15h. Le café au premier étage.
> **Chloé** : ok. merci.
Camille posa le téléphone. La pièce lui sembla soudain plus étroite, plus misérable. Sur la table, l’argent de Claire était empilé nettoiement à côté des liasses froissées des passes précédentes. Une fortune de honte.
Elle se leva, se dirigea vers la petite armoire, et sortit une boîte en carton dissimulée sous des draps. À l’intérieur, ses outils : des jouets en silicone froid, des lubrifiants cliniques, le carnet où elle notait ses performances comme des données techniques. La machine bien huilée qu’elle avait construite pour survivre.
Demain, elle allait rencontrer une gamine qui voulait y entrer volontairement.
« Putain », murmura-t-elle dans le silence.
Elle ouvrit le carnet à une page vierge. Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait y écrire après cette rencontre. Un plan ? Un avertissement ? Ou simplement le prix exact qu’une âme de quinze ans pouvait rapporter sur le marché noir du désir ?
La nuit devant elle était vide de clients. Pour la première fois depuis longtemps, elle en fut presque reconnaissante.
Chapitre 26
Le centre commercial Beaugrenelle bourdonnait d’une activité douce, un samedi après-midi. Camille, adossée au comptoir du café du premier étage, voyait Chloé arriver de loin. La gamine se faufilait entre les familles et les groupes d’ados, son sweat à capuche gris trop grand pour elle, le regard fuyant.
« T’as fait attention ? » demanda Camille en la faisant asseoir à une table éloignée.
Chloé hocha la tête, glissant la capuche en arrière. Ses cheveux bruns étaient coupés court et maladroitement. « Ils pensent que je suis à la bibliothèque. » Sa voix était un murmure, mais ses yeux, noisette et cernés, fixaient Camille avec une intensité troublante.
Elles commandèrent deux sodas. Le silence qui suivit était tendu.
« Pourquoi tu veux faire ça, Chloé ? Vraiment ? » interrogea Camille, posant les coudes sur la table.
« J’ai dit. Pour me barrer. » Chloé serra son verre entre ses mains. « Ils… mes frères. Ils me donnent des sachets à porter. Des petites choses. Mais ils parlent de plus en plus de moi comme d’un… produit. Un truc qu’ils pourraient louer à leurs potes. J’ai entendu. »
Un frisson glacé parcourut l’échine d’Camille. « Viens chez moi. Je te cache. Je te donne une part de ce que je gagne, le temps que tu aies ton pécule pour Lyon. »
Chloé secoua la tête avec une violence soudaine. « Non. Je veux pas partir en ayant une dette envers toi. Une dette envers quelqu’un d’autre, ça change rien. Je veux gagner ma part moi-même. »
La détermination dans sa voix était si crue qu’elle en était presque effrayante. Camille soupira, se passant une main dans les cheveux. Elle prit une grande inspiration.
« D’accord. Mais… tu sais faire quoi ? Avec un homme ? T’as déjà… pris des vêtements pour ça ? » La question était directe, technique.
Chloé rougit légèrement, mais son regard ne baissa pas. « Non. Je suis vierge. Pour tout. » Elle avala sa salive. « À part les films pornos que je mate parfois sur le téléphone de mon frère quand il dort… j’y connais rien. Mais je regarde bien. J’apprends vite. »
Camille ne put s’empêcher de laisser échapper un rire bref, sans joie. C’était trop absurde, trop tragique. Cette gosse de quinze ans qui pensait que le porno était un manuel d’instruction.
« Désolée », dit-elle en voyant l’expression de Chloé se fermer. « C’est pas toi que je ris. C’est tout ce bordel. » Elle vida son verre d’un trait. L’air conditionné lui glaçait la peau sous son t-shirt léger.
« Allez », dit-elle en se levant soudain. « On reste pas plantées là à ressasser l’horreur. Viens, on va faire les boutiques. Se détendre un peu avant de… de parler stratégie. »
Chloé parut surprise, mais elle suivit Camille hors du café, dans le dédale des enseignes lumineuses. Elles errèrent un moment sans but précis devant les vitrines de vêtements bon marché.
« Tu vois quelque chose qui te plairait ? » demanda Camille devant un rayon de robes.
Chloé haussa les épaules. « J’ai rien à mettre dessous qui aille avec. »
Le sous-entendu fit sourire amèrement Camille. « Pour le trottoir, c’est moins ce qu’il y a dessus que ce qu’on laisse voir dessous qui compte », murmura-t-elle, comme pour elle-même.
Elle s’arrêta devant une boutique de lingerie aux néons roses. À travers la vitrine, des bustiers et des strings étincelaient sous les spots.
« Tu rentres chez toi ce soir », dit Camille en se tournant vers Chloé, sa voix redevenue grave. « Tu fais semblant de rien. Moi, je bosse cette nuit. On se rappelle demain matin, très tôt. Et là… on fait un plan pour toi qui ne soit pas juste te jeter sous les premières voitures venues. D’accord ? »
Chloé la regarda longuement, cherchant la tromperie dans ses yeux tachés d’or par le réverbère intérieur du centre commercial.
« D’accord », finit-elle par répondre.
Elles se séparèrent près des ascenseurs, Chloé disparaissant dans la foule comme une ombre inquiète. Camille resta un instant immobile, le parfum sucré du fast-food et le bourdonnement des familles lui semblant soudain aussi irréels qu’un décor de cinéma. Elle avait quinze ans elle aussi, dans sa tête en ce moment : quinze ans et prête à tout brûler pour ne plus appartenir à personne.
Sauf qu’elle avait déjà tout brûlé.
Et cette gosse voulait allumer le même feu
Chapitre 27
« C’est ici », dit Camille en poussant la porte vitrée de la boutique aux néons roses. Un nuage de parfum synthétique, un mélange écœurant de vanille et de fleurs artificielles, les accueillit. Des présentoirs surchargés de dentelle noire et rouge stripaient les murs.
Chloé la suivit, les bras croisés sur son sweat, comme pour se protéger. Ses yeux s’agrandirent en parcourant les étagères : des strings minuscules, des porte-jarretelles aux élastiques agressifs, des bustiers à armatures qui promettaient des miracles.
« Tu prends ta taille », indiqua Camille en désignant un rayon. Sa voix était neutre, professionnelle. Elle espérait que la crudité des objets, leur absence totale de romance, leur fonction purement mercantile, allait opérer comme une douche froide. « Pour le haut, prends une taille au-dessus si tu veux que ça serre à l’endroit… stratégique. »
Chloé hocha la tête, muette. Elle attrapa au hasard deux ensembles : un noir, un rouge. Camille ajouta une petite robe en satinette, du genre qui se déboutonne vite, et un bustier à bretelles fines.
« Vas-y, essaie », l’encouragea-t-elle, poussant la jeune fille vers une cabine aux rideaux trop courts. « Je vais voir pour moi. »
Elle fit semblant de farfouiller parmi les bodys tandis que Chloé, raide, disparaissait derrière le tissu bordeaux. Le froissement du plastique et des étiquettes lui parvenait, ponctué de petits soupirs étouffés. Elle attendit quelques secondes.
« Alors ? Ça va ? » demanda-t-elle à travers le rideau.
« C’est… bizarre », répondit la voix étouffée de Chloé. « Ça tire partout. »
Camille sourit amèrement. *Parfait*, pensa-t-elle. Elle s’approcha discrètement du rideau. De l’autre côté, dans le couloir de passage, quelques clientes déambulaient, indifférentes. Elle saisit délicatement le tissu entre le pouce et l’index, et l’écarta de quelques centimètres, juste assez pour créer une fente.
Un instant, rien. Puis elle vit Chloé, de profil, scrutant son reflet dans le miroir. La jeune fille portait le bustier noir. Il lui comprimait la poitrine naissante, créant une bosse artificielle au-dessus du bonnet trop large. La culotte, trop grande aussi, bridait ses hanches étroites. Elle avait l’air d’une enfant déguisée.
C’est à ce moment qu’une silhouette passa dans l’ouverture. Une femme d’une cinquantaine d’années, un sac à main au coude, jeta un coup d’œil distrait vers la cabine. Son regard croisa celui du reflet de Chloé dans le miroir.
Chloé sursauta comme électrocutée. Un cri étouffé lui échappa. Elle se plaqua contre la paroi de la cabine, hors de la ligne de mire, ses mains agrippant désespérément le bustier sur sa poitrine.
« Ferme ça ! » chuchota-t-elle, paniquée.
Camille laissa retomber le rideau, calmement. Elle attendit que le bruit des pas s’éloigne.
« Chloé ? » dit-elle, voix basse.
« Oui ? »
« Sors de là. »
Le rideau s’entrouvrit à nouveau, timidement. Le visage de Chloé, blême, apparut. « Elle m’a vue », murmura-t-elle, honteuse.
« Bien sûr qu’elle t’a vue », répondit Camille, sans élever la voix. « C’est le but. »
Chloé la fixa, incrédule.
« Écoute-moi bien », poursuivit Camille, en se penchant légèrement pour que seules elles deux entendent. « Le soir, sur le trottoir, il n’y a pas de rideau. Il y a des phares de voiture qui t’éclairent comme un lapin dans un champ. Il y a des regards qui te déshabillent avant même que tu aies ouvert la bouche. Tu penses pouvoir te cacher ? Se cacher, c’est ce que font les bonnes petites filles qui ont peur. Les filles qui veulent de l’argent, elles se montrent. Elles offrent le spectacle. C’est ça, le prix. Pas juste ce qui se passe dans la voiture. Le prix, c’est d’être vue. Jugée. Désirée comme un morceau de viande, avant même d’avoir dit bonjour. »
Elle vit les mots frapper Chloé de plein fouet. La jeune fille déglutit, son regard noisette brillant d’un mélange d’horreur et de compréhension.
« Tu veux toujours le faire ? » insista Camille, espérant une dernière fois que la peur l’emporterait.
Chloé ferma les yeux un instant. Quand elle les rouvrit, une étrange détermination, froide et cassante, y avait pris place. Elle respira un grand coup.
« Oui », dit-elle simplement.
Elle recula dans la cabine. Camille vit son reflet dans le miroir, droit maintenant. La jeune fille prit une autre tenue, la rouge celle-là. Puis, au lieu de se tourner vers le mur, elle se planta délibérément face à la fente du rideau. Ses mains tremblaient encore, mais elle les posa sur ses hanches, dans une pose qu’elle avait dû voir dans un de ces films pornos volés. Elle leva le menton.
Elle était là, offerte au regard potentiel de n’importe qui passant dans l’allée. Vulnérable. Terrifiée. Mais visible.
Camille sentit un pincement au cœur. Ce n’était pas de la découragement qu’elle avait semé. C’était une première leçon. Une initiation cruelle. Et Chloé venait de la passer.
« Bien », murmura Camille, plus pour elle-même que pour l’autre. Elle laissa le rideau entrouvert.