L'ombre d'Antoine près d'Alex

A couple shares an intimate, tense moment at a dimly lit bar.

# Camille Libre Les doigts d’Alex glissaient sur le verre glacé de son gin tonic. Le bar, un lieu à l’atmosphère chaude et tamisée, bruissait de conversations feutrées et de rires discrets. Thomas était en déplacement, une semaine à Berlin

Chapitre 1

Les doigts d’Alex glissaient sur le verre glacé de son gin tonic. Le bar, un lieu à l’atmosphère chaude et tamisée, bruissait de conversations feutrées et de rires discrets. Thomas était en déplacement, une semaine à Berlin. Leur appartement lui avait paru trop silencieux, trop grand ce soir-là. Alors elle avait enfoncé un jean moulant, un top noir qui soulignait sa poitrine généreuse, et était sortie chercher un peu de mouvement.

Elle sentait les regards. Ils glissaient sur la courbe de ses hanches, s’attardaient sur la naissance de sa poitrine offerte par le décolleté. Alex fixait les bulles qui montaient dans son verre, un léger sourire aux lèvres. Elle n’était pas venue pour ça. Ou pas encore.

Une ombre s’approcha et se posa sur le tabouret voisin. « Tu bois seule ? » Une voix masculine, posée, sans agressivité.

Alex leva les yeux. L’homme était grand, la peau lisse du crâne brillant doucement sous les lumières, une expression sérieuse mais avec une lueur de défi au fond de ses yeux bruns. Elle reconnut cette lueur. Celle du jeu.

« Ça se voit ? » répondit-elle, sans ciller.

Il commanda un whisky. « Antoine. » Il tendit la main. Un geste poli, presque professionnel.

« Alex. » Sa paume était chaude et ferme. Elle la retira lentement.

La conversation s’engagea, banale d’abord. Le temps, la musique, la foule. Puis, subtilement, elle dévia. Antoine parlait avec une assurance tranquille, mais ses yeux ne quittaient presque jamais les siens, comme s’il cherchait à lire au-delà des mots. Lorsqu’il décrivit un voyage à Barcelone, sa main effleura par mégarde son avant-bras nu. Un contact électrique, bref. Alex sentit un petit frisson lui parcourir l’échine. Elle ne recula pas.

« Et ton compagnon ? » demanda-t-il, si naturellement que la question parut innocente.

« En voyage. »

Un silence s’installa, lourd de sous-entendus. Antoine avala une gorgée de son whisky, son regard s’assombrit. « Ça doit te laisser du temps pour toi. »

C’était là. L’avance. Délibérée, mais voilée d’une politesse trompeuse. Alex sentit une chaleur familière s’allumer dans son ventre. L’idée, interdite et excitante, de jouer avec le feu. De laisser cette tension monter, goutte à goutte. Elle tourna son verre entre ses doigts, faisant tournoyer le citron.

« Peut-être, » murmura-t-elle, avant de porter enfin le verre à ses lèvres, laissant son regard croiser celui de Antoine au-dessus du bord. La tension n’était plus un petit frisson. C’était une onde chaude et insistante qui pulsait en elle, lui rappelant chaque parcelle de son corps, chaque endroit où le tissu de ses vêtements frottait contre sa peau. Elle savait exactement où cela menait. Et pour la première fois depuis que Thomas était parti, elle avait envie de se laisser conduire.


Chapitre 2

Antoine reposa son verre sur le comptoir et fit pivoter son tabouret, l’espace entre eux devenant intentionnellement plus étroit.

« Ça, ça te laisse du temps pour penser, » dit-il, sa voix un peu plus grave. « Pour explorer ce que tu veux vraiment, quand personne est là pour regarder. »

Alex sentit la pression s’accroître, comme une main invisible autour de sa nuque. Elle maintint son regard sur le gin tonic, mais le mouvement de rotation du verre se fit plus lent, plus conscient.

« Je pense assez quand Thomas est là aussi, » elle répondit, son ton léger, presque détaché.

Un léger sourire apparut sur les lèvres de Antoine, un sourire qui connaissait la valeur d’un défi. « C’est différent. L’absence… elle creuse des espaces. Des espaces où les idées peuvent devenir plus… physiques. »

Il tendit la main et toucha le bord de son verre, ses doigts se posant à quelques millimètres de ceux d’Alex. « Tu imagines des choses, dans ces espaces ? »

Le contact était presque là. La chaleur de son corps, l’intention de ses mots. Alex retira sa main et la posa sur son genou. « J’imagine beaucoup de choses. La plupart ne sont pas destinées à être partagées avec un étranger dans un bar. »

Antoine ne se laissa pas démonter. Il se pencha un peu plus, sa voix devenant un murmure confidentiel qui traversait le bruit du lieu. « Un étranger, c’est parfois la personne idéale. Il n’a aucun préjugé. Il ne connaît pas les règles. Il peut juste… répondre à ce qui est là, devant lui. »

Alex tourna enfin son visage vers lui, le fixant directement. « Et qu’est-ce qui est là, devant vous, Antoine ? »

Il ne bougea pas, ses yeux plongant dans ceux d’Alex avec une intensité calme. « Une femme qui a l’air d’avoir décidé de venir ici pour être vue. Une femme dont chaque mouvement, chaque petit ajustement de son corps sur ce tabouret, dit qu’elle est consciente de l’attention qu’elle attire. Et une femme qui, lorsqu’on lui offre une évasion claire, choisit de rester assise et de jouer avec son verre plutôt que de partir. »

Les mots étaient précis, tranchants. Ils découpaient la situation et la posaient devant elle, nue. Alex sentit un frisson parcourir ses bras. Elle n’avait pas parlé de Thomas, de son absence. Il avait extrapolé, calculé. Et il avait visé juste.

« Vous analysez beaucoup, » dit-elle, une défense faible.

« Je vois beaucoup. Et ce que je vois maintenant… » Il laissa sa phrase suspendue, ses yeux parcourant lentement la ligne de son épaule, la courbe que son top révélait. « C’est que tu trembles légèrement. Pas de peur. D’anticipation. »

C’était vrai. Un tremblement imperceptible mais réel, niché dans ses muscles. Alex l’ignora. Elle prit une longue gorgée de son gin tonic, laissant l’acidité et le froid lui traverser la gorge.

« L’anticipation peut être pour beaucoup de choses, » elle dit, reposant le verre avec un petit clic déterminé. « Le retour à la maison. Un bain chaud. Un livre. »

Antoine rit, un rire doux et sûr. « Un bain chaud. Bien sûr. » Il se redressa légèrement, mais son regard ne la libéra pas. « Tu veux que je sois plus direct, Alex ? Je le peux. Je peux te dire que je sais que ton compagnon est loin. Je peux te dire que j’ai une chambre, un endroit privé, quelques minutes de marche. Je peux te dire que je n’ai rien à demander, rien à attendre de toi après cette nuit. Je peux te dire que l’offre est là, claire, sans attache. »

Il avait dit chaque phrase lentement, comme on pose des cartes sur une table. C’était une invitation brute, dépouillée de tout romantisme feint. L’avance était maintenant précise, un chemin tracé devant elle.

Alex le repoussa, non avec violence, mais avec une fermeté froide. Elle croisa ses bras, créant une barrière physique entre eux. « Et je peux vous dire, Antoine, que je ne suis pas une opportunité à saisir dans l’absence de quelqu’un. Que ces ‘espaces’ que vous imaginez, je les remplis avec ce que *je* choisis, pas ce que quelqu’un propose dans un bar. »

Le silence qui suivit était électrique. Antoine l’observa, son expression se durcissant légèrement, mais sans colère. Il avait été rejeté, clairement. Mais la tension entre eux n’était pas rompue ; elle était simplement comprimée, renvoyée dans le corps d’Alex qui continuait de vibrer d’une énergie qu’elle refusait de nommer.


Chapitre 3

La main de Antoine était une brûlure douce à travers le tissu léger du chemisier. Alex sentit chaque pore de sa peau se hérisser sous ce contact, un frisson incontrôlable lui parcourant l’épaule et descendant le long de sa colonne vertébrale. Elle ne bougea pas. Le jeu avait changé ; il ne demandait plus, il prenait un territoire minuscule, un premier pas.

« Tu as beau parler de bains chauds et de livres, » murmura-t-il, son souffle chaud effleurant son oreille, chargé de l’odeur du whisky et d’une intention indéniable. « Mais ton corps répond déjà à une autre histoire. »

Ses doigts glissèrent lentement, de la courbe de son biceps jusqu’au pli intérieur de son coude, une caresse linéaire et insistante. Alex ferma les yeux une seconde, capturant la sensation. La résistance qu’elle avait opposée n’était pas tombée ; elle s’était transformée en une membrane fine et vibrante entre son refus verbal et la réponse physique qu’elle ne pouvait plus nier.

« Je n’ai pas dit non pour jouer plus longtemps, » dit-elle, mais sa voix était plus basse, rauque.

« Je sais, » répondit Antoine sans cesser son mouvement. « Tu as dit non parce que tu es loyale. Parce que c’est ce qu’on doit dire. Mais maintenant… maintenant nous sommes au-delà des mots. »

Il se pencha encore plus près, ses lèvres frôlant la coque de son oreille. « Je vais te ramener chez moi, Alex. Pas pour te prendre. Pour te donner le silence dont tu as besoin pour cesser de penser. Pour remplir ces espaces dont tu parles avec autre chose que du vide ou des remords. »

Sa main quitta son bras et vint se poser sur sa taille, au-dessus du jean. Une pression ferme, possessive.

« Et tu vas me suivre, » continua-t-il dans un murmure qui était presque un ordre enveloppé de velours. « Non pas parce que je t’y force, mais parce que tu veux savoir ce qui se cache derrière cette porte que tu entrouvres depuis que tu es assise ici à me défier avec tes yeux. »

Alex rouvrit les yeux et tourna enfin la tête vers lui. Le visage de Antoine était tout proche, ses traits nets sous les lumières tamisées du bar. Il ne souriait plus. Il y avait dans son regard une assurance absolue, un calme qui avalait ses doutes comme un océan avale des cailloux.

Elle le regarda fixement, cherchant une faille, une hésitation.

Il n’y en avait pas.

Alors elle fit le geste minuscule et décisif : elle posa sa main sur la sienne, celle qui encerclait sa taille. Non pour la retirer. Pour sentir la chaleur de sa paume contre ses propres doigts.

« Quelques minutes de marche seulement ? » demanda-t-elle, écho à son offre initiale.

Un éclair très sombre passa dans les yeux bruns de Antoine – celui du vainqueur qui voit le seuil franchi sans fracas.

« Juste le temps pour toi de décider si tu montes avec moi ou si tu rentres seule dans ton appartement trop silencieux. »

Il se leva alors, sans précipitation mais avec une fluidité naturelle qui montrait qu’il avait toujours été sûr de cet instant.

Il attendit.

Alex prit une dernière gorgée d’air – cet air lourd du bar mêlé à celui du désir naissant – puis elle fit glisser son corps du tabouret haute taille avec une grâce consciente d’être observée par cet homme-là seul maintenant.

Sans un mot de plus, elle hocha imperceptiblement la tête.

Antoine lui tendit la main non pour l’aider à descendre – elle n’en avait pas besoin – mais pour que leurs paumes se rencontrent et s’enroulent l’une dans l’autre dans un contact franc et chaud qui scellait leur sortie commune vers la nuit dehors.

La marche à travers les rues tièdes fut silencieuse.

Antoine marchait à côté d'elle sans lui serrer la main comme on guide un enfant ; leurs doigts restaient entrelacés avec une pression égale qui parlait davantage que toute parole désormais possible entre eux tandis qu'ils se dirigeaient vers ce lieu privé où promesses allaient devenir corps contre peau nue au rythme haletant...


Chapitre 4

La porte de l’appartement de Antoine se referma dans un chuintement sourd, coupant net les bruits de la rue. L’obscurité était presque totale, seulement trouée par la lueur bleutée d’un réveil digital et les reflets de la ville qui filtraient entre les lamelles des stores. L’air y était immobile, chaud, chargé du parfum discret du bois et du cuir.

Alex resta figée une seconde, le dos contre la porte, à écouter le silence. Puis les pas de Antoine se rapprochèrent. Il ne l’attira pas vers lui. Il se contenta de poser une main à plat sur la porte, près de sa tempe, enfermant son espace sans la toucher.

« Tu trembles toujours, » constata-t-il, sa voix un murmure rêche dans le noir.

« C’est froid, le métal de la porte, » mentit-elle, le souffle court.

Il rit, un souffle bref et chaud contre sa joue. « Mentir maintenant, c’est inutile. »

Ses doigts abandonnèrent la porte et vinrent se poser sur sa hanche, à travers le jean. Une pression ferme, directrice. Elle se laissa guider, les talons résonnant faiblement sur le parquet, vers la masse plus sombre du canapé. Quand l’arrière de ses genoux heurta le bord, elle s’assit. Antoine la rejoignit, le cuir craquant sous son poids.

Pendant un long moment, il ne fit rien. Il la regardait, ses yeux s’étant habitués à l’obscurité. Puis, lentement, il prit sa main et l’entraîna vers lui. Il la posa sur son torse, sous sa chemise entrouverte. La peau était chaude, lisse, et elle sentit le battement régulier et fort de son cœur sous sa paume.

« À ton tour, » dit-il simplement.

Ses propres doigts, timides d’abord, explorèrent la texture de son abdomen, les muscles tendus. En réponse, la main de Antoine se posa sur sa cuisse, remontant avec une lenteur exaspérante le long du jean. Elle s’arrêta à l’ourlet de son top.

« Tu parles beaucoup moins qu’au bar, » observa-t-elle, pour combler le vertige.

« Je fais autre chose, maintenant. »

Sa main glissa sous le tissu léger du top, la paume à plat contre la peau nue de son ventre. Alex retint un soupir. Ses doigts à elle se crispèrent sur son torse.

« Et tu fais quoi, exactement ? » demanda-t-elle, un défi dans la voix.

« Je te donne ce que tu es venue chercher. La preuve que ton corps peut avoir une conversation sans ton cerveau. »

Sa main monta d’un coup, sans hésitation, et enveloppa sa poitrine par-dessus son soutien-gorge. Le contact fut si direct, si possessif, qu’Alex ferma les yeux. Il se pencha alors, ses lèvres frôlant son oreille, et la chaleur de son souffle se mêla aux mots qu’il commença à égrener, bas et nets.

« Je vais détacher ça, ce satin. Je vais sentir tes seins lourds dans mes mains, et ta peau qui devient brûlante. Je vais prendre ton mamelon entre mes lèvres et tu vas cambrer ton dos contre ce cuir. »

Chaque phrase était un coup sourd, un acte prédit qui s’imprimait dans sa chair. Ses doigts, sous son top, dessinèrent des cercles autour du sein qu’il tenait, passant si près du mamelon déjà durci à travers la dentelle qu’elle gémit.

« Et après ? » parvint-elle à chuchoter, la tête renversée contre le dossier, offrant son cou.

« Après, » murmura-t-il, sa bouche descendant le long de sa joue, frôlant sa bouche sans l’embrasser, « tu vas me dire exactement où tu veux ma main. Sur ta cuisse. Entre tes cuisses. Sur ce jean trop serré que tu portes comme une armure. Et tu vas me le demander. Pas avec des mots polis. Avec la voix que tu caches. Celle qui tremble pour de vrai. »

Il accentua sa pression sur son sein, et un flot de chaleur liquide se répandit dans le bas de son ventre. Elle était coincée entre sa main experte et ses paroles crues, chaque sens assailli, chaque défense fondant dans l’obscurité silencieuse de l’appartement. La conversation avait changé de langue. Et son corps, à présent, répondait phrase après phrase.


Chapitre 5

« Demande-le, » répéta Antoine, sa main immobilisée sur son sein, une menace de plaisir figée dans l’obscurité. « Dis-moi où tu veux que ma main aille. Tu sais où. »

La bouche d’Alex était sèche. La pulsation entre ses cuisses était devenue un battement sourd et impérieux, un tambour de guerre qu’elle ne pouvait plus ignorer. Le jean la serrait, devenu une torture exquise.

« Entre mes jambes, » chuchota-t-elle. La voix était rauque, étrangère. Pas celle de la femme qui discutait politique au bar. Celle de la femme qui s’était laissée conduire ici.

Un souffle de victoire passa sur les lèvres de Antoine. Il ne bougea pas tout de suite. « Où, exactement ? »

Elle ferma les yeux, humiliée et excitée par la précision exigée. « Sur le jean. Juste là… là où je suis le plus tendue. »

Sa main quitta enfin sa poitrine, glissa le long de son ventre, et vint se poser à plat, lourde et chaude, sur la fourche serrée du jean. La pression était immédiate, parfaite. Alex gémit, la tête renversée en arrière.

« C’est ça, » murmura-t-il, son autre main venant relever sa mâchoire pour la forcer à le regarder. Ses yeux brillaient dans la pénombre. « Tu vois ? Tu n’as plus besoin de penser. Ton corps sait parler. »

Il commença à frotter, une pression circulaire et ferme à travers le tissu rugueux. La friction était à la fois trop faible et trop intense, la séparation du tissu un supplice. Elle se cambra, cherchant plus de contact.

« C’est… c’est suffisant, » mentit-elle encore, les mots s’étranglant dans sa gorge.

Antoine rit. « Non. Ce n’est jamais suffisant. Tu veux sentir ma peau contre la tienne. Tu veux que mes doigts t’ouvrent. » Sa voix se fit plus basse, plus incantatoire. « Je vais défaire ce bouton. Je vais tirer la fermeture éclair, et le son va résonner dans tout ton corps. Et puis je vais glisser ma main à l’intérieur, et trouver ta petite culotte déjà trempée. »

Chaque phrase était un acte anticipé, un futur immédiat qui la faisait frémir. Il avait raison. Elle le voulait. Elle voulait l’effraction de sa main sous le tissu, la honte et le soulagement du contact direct.

« Fais-le, » ordonna-t-elle, ses propres mains s’agrippant à ses épaules.

Il la regarda une seconde, puis ses doigts se mirent à l’œuvre. Le déclic du bouton fut effectivement assourdissant. Le bruit métallique de la fermeture lui arracha un soupir aigu. Puis, la main de Antoine disparut à l’intérieur du jean.

La chaleur qu’il trouva là la fit sursauter. Ses doigts contournèrent l’élastique de sa culotte, s’enfoncèrent dans la soie humide, et trouvèrent le centre palpitant de son désir. Alex cria, un son court et rauque, quand son majeur s’enfonça en elle d’un seul mouvement.

« Antoine… »

« Dis-moi, » coupa-t-il, son souffle court contre sa tempe tandis que son doigt commençait un va-et-vient lent et profond. « Dis-moi ce que tu ressens. »

« Je… Je te sens partout. Tu remplis tout. » Les mots sortaient entre deux halètements. « C’est… c’est trop et pas assez. »

Il ajouta un second doigt, l’étirement provoquant un mélange de douleur et d’extase qui lui fit voir des étoiles. « Et ça ? »

« Plus fort, » supplia-t-elle, ses hanches commençant à bouger d’elles-mêmes, suivant le rythme qu’il imposait. « Je veux… Je veux sentir que tu me possèdes. Vraiment. »

C’était la vérité, nue et crue. L’idée de Thomas, l’appartement silencieux, la loyauté – tout cela se dissolvait dans la sensation immédiate, présente, de ces deux doigts en elle, de cette voix qui lui racontait exactement ce qu’il était en train de lui faire. C’était un effacement. Une possession.

Antoine accéléra le mouvement, sa paume frottant maintenant avec insistance contre son point le plus sensible à chaque plongée. La vague montait, implacable, un raz-de-marée de sensations qui submergeait toute pensée.

« Tu es à moi, ce soir, » grogna-t-il, ses dents plantées doucement dans le lobe de son oreille. « Seulement à moi. Ton corps le sait. Il le crie. »

Elle n’eut pas le temps de répondre. La pression en elle atteignit un point de rupture. Elle se tendit, arc-boutée contre lui, un cri étouffé lui échappant alors que la vague commençait à déferler, inarrêtable, la submergeant dans un torrent de blanc chaud et de secousses incontrôlables. C’était un climax brutal, volé, qui la vida de toute force et la laissa pantelante, le visage enfoui dans le cou de Antoine, ses doigts toujours enfoncés en elle, prolongeant les derniers soubresauts.

Un long silence suivit, brisé seulement par leurs respirations haletantes. Antoine retira lentement ses doigts, le geste presque tendre. Il les porta à ses lèvres et les goûta, sans ciller, son regard fixé sur son visage défait.

« La preuve, » dit-il simplement.

Alex, le corps encore parcouru de frissons, sentit une vague de honte chaude la submerger, suivie d’un étrange sentiment de paix. Elle avait franchi la ligne. Il n’y avait plus de retour en arrière possible. Elle était là, dans l’obscurité d’un appartement inconnu, trempée et possédée, et la seule chose qui lui restait à faire était de regarder l’homme qui venait de la faire jouir droit dans les yeux, et d’accepter ce qu’elle avait choisi.


Chapitre 6

Le silence qui suivit était différent. Plus profond, plus chargé. L’odeur de leur transpiration et de leur sexe se mêlait dans l’air immobile de la chambre.

Antoine lécha ses doigts avec une lenteur théâtrale, ses yeux ne quittant pas ceux d’Alex. « Tu as un goût de mer salée et d’interdit. C’est délicieux. »

Alex détourna le regard, une vague de rougeur lui brûlant les joues. Le sentiment de honte était là, tapi, mais il était distant, comme étouffé par la chaleur lourde qui persistait dans son ventre et entre ses cuisses. Elle se sentait vidée, et pourtant… pleine. Pleine de lui, de cette violation consentie.

« Je ne suis pas censée aimer ça, » murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour lui.

Antoine se pencha, posant ses deux mains de part et d’autre de sa tête sur l’oreiller, l’emprisonnant sous son corps. « Mais tu aimes ça. Tu l’as adoré. Ton corps est encore en train de trembler. » Il baissa les yeux vers sa poitrine qui se soulevait rapidement. « Regarde-toi. »

Elle ferma les yeux, incapable de soutenir son regard triomphant. « Arrête. »

« Non. » Sa voix était douce mais inflexible. « Tu vas garder les yeux ouverts. Tu vas me regarder pendant que je te prends pour de vrai. »

Les paupières d’Alex s’ouvrirent brusquement. « Quoi ? »

« Tu as cru que c’était fini ? » Un sourire cruel jouait sur ses lèvres. « Ça, c’était juste la signature. Le pacte. Maintenant, je veux le corps du délit. »

Il recula, ses mains attrapant la ceinture de son jean. D’un geste sec, il la défit, le bruit du cuir glissant dans les passants résonnant comme un coup de fouet. Alex le regarda, hypnotisée, tandis qu’il se débarrassait de son pantalon et de son caleçon d’un même mouvement.

Il était nu. Grand, pâle dans la pénombre, et d’une érection imposante et droite qui semblait défier la faible lumière. Elle avala sa salive, une nouvelle onde de désir, pure et animale, annihilant les derniers vestiges de sa retenue.

« Lève-toi, » ordonna-t-il.

Elle obéit, se mettant sur ses jambes chancelantes. Il s’approcha, la poussant doucement contre le mur froid. La surface glacée contre son dos nu la fit frissonner.

« Maintenant, à moi, » dit-il, ses mains agrippant ses hanches pour la tourner, la plaquant face au mur.

Alex sentit la rugosité du plâtre contre ses paumes, ses seins écrasés contre la surface. Derrière elle, la chaleur de Antoine l’enveloppait. Une de ses mains se glissa entre son dos et le mur, remontant pour s’enfoncer dans ses cheveux et tirer doucement sa tête en arrière. L’autre main se posa sur sa hanche, l’index pointant vers le bas, vers la jointure de ses cuisses encore humides et offertes.

« Tu es ouverte pour moi, » murmura-t-il à son oreille, son souffle chaud. « Tu m’attends. »

Elle sentit la tête ferme et chaude de son sexe chercher, tâtonner contre sa fesse, puis glisser plus bas, se presser contre l’entrée de son intimité. Un gémissement lui échappa, un mélange d’appréhension et d’anticipation brutale.

« Dis-le. Dis que tu me veux là. »

« Je… je te veux là, » haleta-t-elle, son front contre le mur.

« Où ? »

« En moi. Prends-moi. »

C’était tout ce qu’il attendait. Il n’y eut pas de douceur, pas de lenteur exploratoire. Il poussa.

L’intrusion fut immédiate, totale, un remplissage brutal qui lui coupa le souffle. Elle cria, un son étouffé par le mur. Ce n’était pas la douce pénétration de ses doigts. C’était une revendication, une prise de territoire. Il était large, et il s’enfonça jusqu’à la garde d’un seul mouvement puissant des hanches, la clouant contre le plâtre.

« Mon Dieu… » souffla-t-elle, les yeux écarquillés, incapable de penser à autre chose qu’à cette sensation d’être fendue, occupée, possédée.

« Oui, » grogna Antoine, commençant à bouger.

Le rythme qu’il imposa était implacable. Des coups courts et profonds qui faisaient claquer leur chair, un bruit humide et obscène qui rythmait leurs souffles rauques. Sa main dans ses cheveux maintenait sa tête en arrière, l’empêchant de se cacher. L’autre main quitta sa hanche pour se refermer sur son sein, le pétrissant avec une brutalité qui la fit gémir de plus belle.

« Tu es à moi, maintenant, » répétait-il, sa voix rauque contre sa nuque. « Tout à moi. Rien d’autre n’existe. »

Et c’était vrai. Le mur, la pièce, le monde extérieur, Thomas… tout disparaissait. Il n’y avait plus que cette colonne de feu qui la transperçait, encore et encore, et la voix de l’homme qui la tenait captive. Le plaisir montait, différent, plus profond, ancré dans cette soumission totale. Il fouillait en elle, touchant un endroit qui la faisait trembler de la tête aux pieds à chaque coup.

« Antoine… je… je vais… »

« Viens, » ordonna-t-il, accentuant la puissance de ses coups. « Viens sur ma queue. Lâche tout. »

L’ordre fut la clef. La vague se brisa, non plus en douceur comme la première fois, mais dans un spasme violent et électrique. Elle hurla, son corps secoué de convulsions incontrôlables, se contractant autour de lui de façon presque douloureuse. Elle sentit son propre plaisir jaillir, chaud, tandis qu’il continuait à la prendre, prolongeant son orgasme jusqu’à la limite du supportable.

C’est alors qu’il grogna, un son profond et animal, et qu’il se planta en elle une dernière fois, vibrant. Elle sentit la pulsation chaude et liquide de sa jouissance à l’intérieur d’elle, une marque ultime, intime.

Pendant un long moment, ils restèrent ainsi, collés l’un à l’autre, haletants contre le mur. Puis, lentement, il se retira, la laissant flageoler. Il la rattrapa avant qu’elle ne tombe, la retournant pour la serrer contre lui. Ils glissèrent ensemble au sol, sur le tapis, dans un enchevêtrement de membres tremblants.

Il ne dit rien. Il passa simplement un bras autour de ses épaules, l’attirant contre son torse moite. Alex, le visage caché contre son cou, sentit les battements fou de son cœur ralentir peu à peu. L’odeur de leur acte était partout. En elle. Sur elle. La preuve était désormais absolue, irrécusable. Elle avait franchi toutes les lignes, et dans le silence qui suivit l’orage, il n’y avait plus de place pour le remords, seulement l’étrange et terrible paix de l’accompli.